100 % du PIB, nous y sommes

Le fran­chis­se­ment, même tem­po­raire, de ce seuil sym­bo­lique est un très mau­vais si­gnal.

Le Nouvel Économiste - - LA UNE - MÉCOMPTES PUBLICS, FRAN­ÇOIS ECALLE

L’In­see vient de ré­vi­ser le mon­tant de la dette pu­blique, en y in­té­grant celle de SNCF Ré­seau, pour la si­tuer à 98,2 % du PIB fin 2016 et 98,5 % fin 2017.

Comme je l’ex­pli­quai dans une pré­cé­dente chro­nique, il ar­rive sou­vent que la dette pu­blique aug­mente au cours des pre­miers mois de l’an­née et di­mi­nue au cours des sui­vants, sur­tout à cause du ca­len­drier de re­cou­vre­ment des im­pôts (no­tam­ment des im­pôts lo­caux).

Elle a ain­si aug­men­té de 2,7 points de PIB au pre­mier se­mestre 2017, puis di­mi­nué de 2,3 points au deuxième. Ce­la si­gni­fie, sous ré­serve de nou­velles ré­vi­sions, que l’In­see fe­ra ap­pa­raître dans sa pro­chaine pu­bli­ca­tion de la dette pu­blique tri­mes­trielle, le 28 sep­tembre, un en­det­te­ment su­pé­rieur à 100 % du PIB au 30 juin 2017. Pour les mêmes rai­sons, et nous le sau­rons aus­si le 28 sep­tembre, il est bien pos­sible que la dette ait de nou­veau dé­pas­sé le seuil de 100 % du PIB en juin 2018 (elle a dé­jà aug­men­té de 0,8 point de PIB au pre­mier tri­mestre). Compte te­nu des pers­pec­tives ma­croé­co­no­miques et des ob­jec­tifs de fi­nances pu­bliques du gou­ver­ne­ment, le plus vrai­sem­blable est qu’elle res­te­ra néan­moins au-des­sous de 100 % du PIB à la fin de 2018 et des an­nées sui­vantes. Il n’em­pêche que le fran­chis­se­ment, même tem­po­raire, de ce seuil est un très mau­vais si­gnal. La France est certes très loin de la faillite et elle conti­nue­ra long­temps à em­prun­ter fa­ci­le­ment, mais au­cun pays ne peut lais­ser sa dette pu­blique aug­men­ter in­dé­fi­ni­ment. À un mo­ment ou un autre, il faut la ré­duire et plus elle est im­por­tante, plus c’est dou­lou­reux. Or le fran­chis­se­ment, même tem­po­raire, du seuil de 100 % si­gni­fie que nous ne maî­tri­sons tou­jours pas nos comptes publics.

Dan­ge­reuse di­ver­gence en Eu­rope entre le Nord et le Sud

Sur­tout, un autre si­gnal ap­pa­raî­tra dans les pro­chains mois: alors que la dette pu­blique de la France tan­gen­te­ra le seuil sym­bo­lique de 100 % du PIB, la dette pu­blique de l’Al­le­magne pas­se­ra au-des­sous du pla­fond de 60 % fixé par les trai­tés eu­ro­péens: elle était seule­ment de 64,1 % du PIB à la fin de 2017 après avoir bais­sé de 4,1 points pendant l’an­née.

Ce double si­gnal nous aver­tit que le fos­sé éco­no­mique et cultu­rel est de plus en plus pro­fond entre, d’une part, une Eu­rope du Nord at­ta­chée au res­pect des règles et à la maî­trise des fi­nances pu­bliques, et d’autre part, ce que les Al­le­mands ap­pellent par­fois le “club Mé­di­ter­ra­née” des pays qui ont des concep­tions op­po­sées de la po­li­tique éco­no­mique.

Alors que les na­tio­na­lismes et les ré­gio­na­lismes se dé­ve­loppent sou­vent en Eu­rope parce que leurs par­ti­sans ont le sen­ti­ment d’être des four­mis payant in­dû­ment pour des ci­gales, cette di­ver­gence entre le Nord et le Sud est très dan­ge­reuse. Si les ac­teurs des mar­chés fi­nan­ciers se mettent dans la tête que cette force cen­tri­fuge pour­rait conduire un jour à un écla­te­ment de la zone eu­ro, le taux d’in­té­rêt payé par la France pour­rait for­te­ment aug­men­ter et en­traî­ner une dé­rive in­con­trô­lée de l’en­det­te­ment pu­blic.

Le site www.fi­pe­co.fr dé­ve­loppe les ana­lyses de Fran­çois Ecalle.

La France est certes très loin de la faillite et elle conti­nue­ra long­temps à em­prun­ter fa­ci­le­ment, mais au­cun pays ne peut lais­ser sa dette pu­blique aug­men­ter in­dé­fi­ni­ment

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