Ventes pu­bliques, ventes pri­vées

Face à une offre de­ve­nue foi­son­nante, les ache­teurs d’ob­jets d’art ont au­jourd’hui l’em­bar­ras du choix entre ventes pu­bliques ou ventes pri­vées, en ligne ou en live

Le Nouvel Économiste - - LA UNE - SO­PHIE SÉBIROT

Mode du vin­tage, col­lec­tion­neurs en quête per­pé­tuelle de la perle rare, le mar­ché de l’art se porte bien. Les ventes aux en­chères dans le do­maine des arts et an­ti­qui­tés ont en­re­gis­tré une hausse de 5,4 % en 2017 par rap­port à 2016. Aux tra­di­tion­nelles mai­sons de ventes s’ajoutent dé­sor­mais de nom­breux sites de ventes aux en­chères ou de ventes pri­vées. Les ache­teurs n’ont que l’em­bar­ras du choix pour dé­ni­cher l’ob­jet de leur rêve. Un choix qui se­ra dic­té par leur pro­fil et le bud­get consen­ti.

Avant In­ter­net, le monde était simple. Pour ache­ter aux en­chères, il suf­fi­sait de se rendre dans l’une des quelque 400 salles des ventes de l’Hexa­gone ou de faire son offre d’achat par té­lé­phone. De­puis In­ter­net, puis de l’en­trée en vi­gueur de la loi de 2011 au­to­ri­sant les ventes pri­vées, une foul­ti­tude d’autres ac­teurs est ap­pa­rue : sites de ventes aux en­chères comme eBay ou Ca­ta­wi­ki, et sites de ventes pri­vées comme Lot­pri­vé et Ex­per­tis­sim. De leur cô­té, les mai­sons de ventes ont mis sur pied des ventes “live” (ver­sion In­ter­net du té­lé­phone) et des ventes “on­line” (vente qui se dé­roule uni­que­ment sur In­ter­net), soit di­rec­te­ment, soit via un por­tail tel que In­te­ren­chères ou Drouot Di­gi­tal. Face à ce foi­son­ne­ment, il est de­ve­nu complexe pour l’ama­teur d’art de sa­voir où et comment ache­ter au mieux. Les ventes pu­bliques comme pri­vées ayant cha­cune leurs avan­tages et leurs in­con­vé­nients, le pro­fil de l’ache­teur et sur­tout son bud­get dic­te­ront son choix.

Une ques­tion de pro­fil

Les sites In­ter­net de ventes aux en­chères ou de ventes pri­vées s’adressent en gé­né­ral à un pu­blic de néo­phytes ou d’ama­teurs qui n’ont ni le temps d’al­ler en salles des ventes

ou qui s’y sentent mal à l’aise. JeanPierre Ose­nat, pré­sident du Syndicat des mai­sons de ventes vo­lon­taires (Sy­mev), re­con­naît que les ventes pu­bliques peuvent in­ti­mi­der les

non-ini­tiés : “il existe une frange de la po­pu­la­tion qui n’ose pas fran­chir le seuil d’une salle des ventes”. “Il existe un dé­fi­cit de com­pré­hen­sion, une ap­pré­hen­sion de la part des ache­teurs qui n’ont pas l’ha­bi­tude des ventes

aux en­chères”, ren­ché­rit Ro­main Mon­teaux-Sar­mien­to, di­rec­teur de la com­mu­ni­ca­tion et du mar­ke­ting de

Ta­jan. “Chez Ta­jan, nous ac­cueillons tout le monde de la même ma­nière ; nous sommes une pe­tite bou­tique de luxe qui ap­porte conseils et ser­vices.”

Une ques­tion de temps

Ache­ter en ventes pu­bliques né­ces­site de la pa­tience et du temps. “Les contraintes tem­po­relles sont in­hé­rentes

aux ventes aux en­chères”, sou­ligne Ro­main Mon­teaux-Sar­mien­to. La cons­ti­tu­tion des ca­ta­logues et la com­mu­ni­ca­tion qui en­tourent les ventes peuvent en ef­fet prendre plu­sieurs se­maines. “Cer­tains ache­teurs ne veulent plus at­tendre une vente et sou­haitent ache­ter im­mé­dia­te­ment une oeuvre d’art”, ad­met Ro­main Mon­teauxSar­mien­to. Ces contraintes tem­po­relles sont moins pré­gnantes sur In­ter­net. “Nous ne sommes pas sou­mis à un ca­len­drier de ventes, ni à un ti­ming”, sou­ligne Fran­çois Bour­goin, di­rec­teur des ven­deurs pro­fes­sion­nels et des par­te­na­riats eBay en France, qui pour­suit: “eBay est une porte ou­verte sur le pro­duit rare et unique, ou­verte 7/7, 24/24 et 365 jours

par an”. Même son de cloche chez Ca­ta­wi­ki. “Il n’est pas né­ces­saire d’at­tendre plu­sieurs mois avant que l’ob­jet ne soit mis aux en­chères”, in­dique

Cy­rille Coif­fet, di­rec­teur gé­né­ral de Ca­ta­wi­ki France.

Fran­çois Bour­goin re­con­naît ce­pen­dant que l’achat im­mé­diat a dé­trô­né les en­chères sur eBay : “les ventes aux en­chères re­pré­sentent dé­sor­mais moins de 20 % des ventes d’art et d’an­ti­qui­té. Nous conti­nuons à of­frir ce ser­vice, car cer­tains ache­teurs ap­pré­cient l’adré­na­line que pro­curent ces ventes”. Vendre ou ache­ter en ligne né­ces­site tout de même un mi­ni­mum de pa­tience. Sur Ca­ta­wi­ki, l’ob­jet de­vra être ex­per­ti­sé, ce qui peut prendre 7 jours, puis at­tendre la vente dans sa ca­té­go­rie. Sur eBay, les en­chères peuvent du­rer jus­qu’à 30 jours. En outre, chi­ner sur In­ter­net pour dé­ni­cher la perle rare peut s’avé­rer chro­no­phage.

Une ques­tion de prix Le bud­get dont dis­pose l’ache­teur entre éga­le­ment en ligne de compte. Les sites en ligne se sont plu­tôt po­si­tion­nés sur les ob­jets in­ter­mé­diaires. “Notre ob­jec­tif est de dé­mo­cra­ti­ser les ventes aux en­chères. Nous vi­sons la qua­li­té dans des gammes de prix al­lant de 150 à 15 000 eu­ros prin­ci­pa­le­ment. Nous ven­dons des ob­jets de qua­li­té, voire ex­cep­tion­nels”, ex­plique Cy­rille Coif­fet, qui pour­suit: “nous al­lons mettre en vente pro­chai­ne­ment un Mu­rillo es­ti­mé à 200 000 eu­ros”. “Les ventes en live concernent da­van­tage

De­puis In­ter­net, puis de l’en­trée en vi­gueur de la loi de 2011 au­to­ri­sant les ventes pri­vées, une foul­ti­tude d’autres ac­teurs est ap­pa­rue : sites de ventes aux en­chères et sites de ventes pri­vées, ventes live et ventes on­line

les ob­jets in­ter­mé­diaires, confirme

Jean-Pierre Ose­nat. Les ache­teurs qui ont des bud­gets im­por­tants vont dans

les ventes pu­bliques.” Ef­fec­ti­ve­ment, se­lon le CVV (Con­seil des ventes vo­lon­taires, l’au­to­ri­té de ré­gu­la­tion des ventes pu­bliques), les trois pre­mières mai­sons de ventes (Ch­ris­tie’s, So­the­by’s et Art­cu­rial) ont concen­tré 79 % des lots ad­ju­gés à 25 000 eu­ros mi­ni­mum (hors frais).

La ba­taille des com­mis­sions

L’un des atouts des ventes en ligne,

qu’elles soient pri­vées ou aux en­chères, ré­side dans des com­mis­sions moindres. eBay s’ad­juge 6,5 % de com­mis­sion pour les arts et an­ti­qui­tés. “Nos frais s’élèvent à 15 % TTC pour le ven­deur et 9 % TTC pour l’ache­teur. Nous re­don­nons ain­si du pou­voir d’achat aux ven­deurs et aux ache­teurs”, in­dique Cy­rille Coif­fet, qui pour­suit : “on peut s’in­ter­ro­ger sur les com­mis­sions des mai­sons de ventes clas­siques qui at­teignent par­fois 25 % et même plus. Quel est le ser­vice rendu pour de tels frais?” “Le mon­tant des com­mis­sions s’ex­plique par le fait que nous de­vons payer la com­mu­ni­ca­tion de la vente, notre per­son­nel, les ca­ta­logues et les lo­caux”, ré­torque Maître Ose­nat. Et ce der­nier de faire re­mar­quer que Ves­tiaire Col­lec­tive, site de ventes pri­vées d’ob­jets de mode vin­tage, prend 30 % de com­mis­sions. Au­jourd’hui, cer­taines mai­sons ré­duisent les frais pour les ven­deurs afin de les at­ti­rer à nou­veau dans les salles des ventes, où le pu­blic se fait plus rare. “Nous as­sis­tons à une re­la­tive pau­pé­ri­sa­tion des ven­deurs ; en consé­quence, les salles des ventes pro­posent des frais moins éle­vés aux ven­deurs, voire des frais sym­bo­liques”, fait re­mar­quer Catherine Cha­de­lat, pré­si­dente du CVV.

Une ques­tion d’ex­per­tise

L’achat d’une oeuvre d’art est avant tout un achat plai­sir. Il est tou­te­fois re­com­man­dé de se ren­sei­gner sur les oeuvres et leurs cotes afin d’ache­ter au juste prix et d’évi­ter

toute mau­vaise sur­prise. “Pour les néo­phytes, il est im­por­tant, avant de se lan­cer dans l’achat d’une oeuvre d’art, de prendre la tem­pé­ra­ture du mar­ché, de se ren­sei­gner sur les sites agré­ga­teurs, re­gar­der les ca­ta­logues des ventes, ren­con­trer des spé­cia­listes et prendre plu­sieurs avis”, ex­plique

Ro­main Mon­teaux-Sar­mien­to. “Les com­mis­saires-pri­seurs ven­dront au juste prix, car ils connaissent les prix et la cote des oeuvres. Ils étu­dient les fluc­tua­tions du mar­ché de l’art”, fait va­loir

Maître Ose­nat. “Les mai­sons de ventes ont une ex­per­tise, un sa­voir-faire et un

Il est im­por­tant avant de se lan­cer dans l’achat d’une oeuvre d’art de prendre la tem­pé­ra­ture du mar­ché, se ren­sei­gner sur les sites in­ter­net, les sites agré­ga­teurs, re­gar­der les ca­ta­logues des ventes, ren­con­trer des spé­cia­listes et prendre plu­sieurs avis

“Les ventes en live concernent da­van­tage les ob­jets in­ter­mé­diaires. Les ache­teurs qui ont des bud­gets im­por­tants vont dans les ventes pu­bliques.”Jean-Pierre Ose­nat, Sy­mev.

“Nous as­sis­tons à une re­la­tive pau­pé­ri­sa­tion des ven­deurs ; en consé­quence, les salles des ventes pro­posent des fraismoins éle­vés aux ven­deurs, voire des frais sym­bo­liques.” Catherine Cha­de­lat,Con­seil des ventes vo­lon­taires.

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