Le fan­tasme de l’au­to­gué­ri­son au tri­bu­nal

Un mé­de­cin est ju­gé au­jourd’hui pour avoir van­té les ef­fets d’une thé­ra­pie contre le si­da ou le can­cer, ba­sée sur la psy­cho­lo­gie, et qui peut faire cou­rir des risques aux adeptes.

Le Parisien (Essonne) - - Faits Divers - LOUISE COLCOMBET

IL PEN­SAIT vivre cen­te­naire. Claude Sak­sik est dé­cé­dé en 2007 des suites d’un can­cer, à l’âge de 68 ans. Cet an­cien ki­né­si­thé­ra­peute re­con­ver­ti dans la vente de ma­té­riel mé­di­cal a tou­jours re­fu­sé de se soi­gner, pré­fé­rant à la chi­mio­thé­ra­pie les pré­ceptes de la « biologie to­tale des êtres vi­vants », une mé­thode d’au­to­gué­ri­son lar­ge­ment dé­criée qui fonde le trai­te­ment du ma­lade sur la simple ré­so­lu­tion d’un conflit d’ordre psy­cho­lo­gique, qui se­rait lui-même à l’ori­gine du mal. Son créa­teur, le doc­teur Claude Sab­bah, un an­cien gé­né­ra­liste mar­seillais, est consi­dé­ré comme « le dis­ciple fran­çais le plus connu » de Ryke Geerd Ha­mer par la Mis­sion in­ter­mi­nis­té­rielle de vi­gi­lance et de lutte contre les dé­rives sec­taires (Miviludes). Vé­ri­table bête noire de la Miviludes, cet ex-mé­de­cin al­le­mand a été interdit d’exer­cer et plu­sieurs fois condam­né outre-Rhin, mais aus­si en France, après le dé­cès de plu­sieurs adeptes. Il se­rait au­jourd’hui ac­tif en Bel­gique et en Suisse. ju­gé au­jourd’hui à Mont­pel­lier (Hé­rault) après la plainte dé­po­sée dès 2004 par Ma­ryse Sak­sik. A l’époque, son ma­ri souffre d’un can­cer de la pros­tate qu’il re­fuse de soi­gner de­puis trois ans. « Il était to­ta­le­ment en­doc­tri­né, se sou­vient-elle. Il écou­tait les cas­settes de Sab­bah à lon­gueur de jour­nées, cou­rait à ses confé­rences, dé­pen­sait beau­coup d’ar­gent. Dès que je fai­sais une cri­tique, il se met­tait en co­lère, di­sait que je n’avais pas la connais­sance. » Lors­qu’elle convainc son ma­ri de consul­ter un spé­cia­liste, il est trop tard : les mé­ta­stases se sont pro­pa­gées, le can­cer touche dé­sor­mais les os. Il lui se­ra fa­tal. « Jus­qu’au bout, pour­tant, il a cru qu’il gué­ri­rait grâce à la biologie to­tale », sou­pire-t-elle. Sur son lit de mort, l’homme fi­ni­ra par lui don­ner rai­son, se di­sant dans un écrit « vic­time de [ses] croyances et de ses mar­chands d’illu­sion ».

Maigre con­so­la­tion pour celle dont la re­vanche ju­di­ciaire a, en outre, un goût amer. Ini­tia­le­ment pour­sui­vi pour une foule d’in­frac­tions, dont abus de fai­blesse et ho­mi­cide in­vo­lon­taire, Claude Sab­bah ne com­pa­rait fi­na­le­ment que pour… pu­bli­ci­té men­son­gère. La jus­tice, qui n’a pu étayer les autres ac­cu­sa­tions, lui re­proche de s’être van­té à tort, via des pros­pec­tus, livres, ou sur son site In­ter­net, de pou­voir gué­rir le si­da ou le can­cer avec un taux de réus­site de « 100 % » grâce à une mé­thode « non va­li­dée scien­ti­fi­que­ment ».

Vic­time d’un AVC et hé­mi­plé­gique, Claude Sab­bah, qui risque de fortes amendes, a fer­mé bou­tique en 2008… non sans avoir for­mé de nom­breux élèves, qui, eux, sont tou­jours en ac­ti­vi­té. « Les si­gna­le­ments sont très nom­breux », s’alarme ain­si Jean-Fran­çois Ottan, de l’Unad­fi, as­so­cia­tion qui épaule les vic­times de sectes et qui s’est consti­tuée par­tie ci­vile. « Rares sont ceux, en re­vanche, qui osent dé­po­ser plainte », dé­plore-t-il. Sol­li­ci­té, l’avo­cat de Claude Sab­bah n’a pas sou­hai­té s’ex­pri­mer.

Nogent-sur-Marne(Val-de-Marne), hier. « Jus­qu’au bout, mon ma­ri a cru qu’il gué­ri­rait grâce à la biologie to­tale », re­grette Ma­ryse Sak­sik, qui a por­té plainte contre le doc­teur Sab­bah, l’homme qui a conseillé à son époux l’au­to­gué­ri­son plu­tôt que la chi­mio­thé­ra­pie.

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