« Nous avons vé­cu une vraie crise sa­ni­taire »

Le Parisien (Essonne) - - Fait Du Jour - Alain-Mi­chel Ceretti PRÉ­SIDENT DE FRANCE AS­SOS SAN­TÉ PRO­POS RE­CUEILLIS PAR FL.M.

ALAIN-MI­CHEL CERETTI, 55 ans, est le pré­sident de France As­sos San­té, un col­lec­tif re­grou­pant 72 as­so­cia­tions d’usa­gers de la san­té. Il est aus­si connu pour avoir été le fer de lance de la ba­taille contre les in­fec­tions no­so­co­miales après le scan­dale de la Cli­nique du sport en 1997. Les pa­tients ont-ils été en­ten­dus ? ALAIN-MI­CHEL CERETTI. Oui, et je di­rai même plus : c’est la pre­mière fois que la pres­sion des ma­lades fait plier aus­si ra­pi­de­ment les au­to­ri­tés. On va faire re­ve­nir des pro­duits que l’on avait dit sor­tis du mar­ché. On a ra­re­ment vu ce­la. Pé­ti­tion, ma­ni­fes­ta­tion, in­ter­ven­tion de people, la mo­bi­li­sa­tion po­pu­laire a été très im­por­tante…

Et pour cause, avec les ré­seaux so­ciaux, les pé­ti­tions en ligne, les alertes se pro­pagent très vite. Une nou­velle ère s’ouvre. L’im­pli­ca­tion des pa­tients dans leur trai­te­ment, leur be­soin lé­gi­time d’in­for­ma­tion ne pour­ra plus ne pas être pris en compte. Nous avons vé­cu là une vraie crise sa­ni­taire. J’en suis per­sua­dé, en termes de ges­tion, il y au­ra un avant et un après-Levothyrox.

Par manque d’in­for­ma­tion, beau­coup ont eu l’im­pres­sion d’être la « qua­trième roue du car­rosse »…

Je ne le sais que trop bien. Ma femme, qui prend ce mé­di­ca­ment, n’avait pas été in­for­mée du chan­ge­ment. Son phar­ma­cien avait seule­ment par­lé d’un « chan­ge­ment de pa­cka­ging » ! Elle a de­puis des cé­pha­lées et d’im­por­tantes dou­leurs ar­ti­cu­laires.

A qui la res­pon­sa­bi­li­té ? L’Agence du mé­di­ca­ment a non seule­ment été prise en dé­faut d’in­for­ma­tions mais aus­si d’ap­pré­cia­tion des risques. Elle a mal an­ti­ci­pé les dés­équi­libres d’un mé­di­ca­ment dont je rap­pelle qu’il est pris par 3 mil­lions de per­sonnes. Une lettre a été en­voyée aux pro­fes­sion­nels de san­té, mais ce n’est pas suf­fi­sant et pas à la hau­teur de l’en­jeu de san­té pu­blique. Je me fé­li­cite de sa de­mande de ren­contre avec les as­so­cia­tions de pa­tients, mais je re­grette que les au­to­ri­tés n’aient pas com­men­cé par là, au lieu de tout faire à l’en­vers et avec du re­tard.

Que faire à l’ave­nir ?

Dé­ve­lop­per un vrai sys­tème d’in­for­ma­tion aux pa­tients, avec un bud­get dé­dié. Pour­quoi ne pas tra­vailler sur une ap­pli­ca­tion mo­bile, plus ef­fi­cace que cer­tains cour­riers pa­pier ? Nous aus­si, dans les as­so­cia­tions, nous de­vons étu­dier les nou­velles fa­çons d’in­ter­agir. La Toile est sou­vent le pre­mier re­fuge des pa­tients. La fin an­non­cée du mo­no­pole par le la­bo­ra­toire Merck est-elle une bonne chose ?

Ab­so­lu­ment. Tout mo­no­pole en­traîne un dik­tat de prix et de condi­tions com­mer­ciales. Il fait cou­rir un risque aux ma­lades en cas de chan­ge­ment de stra­té­gie du la­bo­ra­toire. La concur­rence est beau­coup plus saine. Re­gar­dez : là, nous avons eu de fait 3 mil­lions de pa­tients ex­po­sés au chan­ge­ment. Si Merck n’avait pas eu le mo­no­pole, seule une par­tie l’au­rait été.

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