Ces deux Qué­bé­cois nous laissent cois

SCÈNE L’un chante, l’autre ra­conte. Mais Pierre La­pointe et Fred Pel­le­rin par­tagent la même ori­gine, le Qué­bec, et se dis­tinguent par leur vrai ta­lent.

Le Parisien (Essonne) - - Loisirs - PAR SYL­VAIN MERLE Fred Pel­le­rin, « Un vil­lage en trois dés », au Théâtre de l’Ate­lier (Pa­ris XVIIIe), jus­qu’au 5 no­vembre. De 10 à 33 €.

Fred Pel­le­rin, le « conteux » qué­bé­cois, re­prend son bâ­ton de… conteur pour un nou­veau voyage hors du temps. Di­rec­tion Saint-Elie-de-Cax­ton, son vil­lage na­tal qu’il ra­conte à lon­gueur de spec­tacles, dé­pei­gnant avec ten­dresse et drô­le­rie l’his­toire pas­sée, ac­tuelle ou ima­gi­naire d’une com­mu­nau­té. Il l’agran­dit à chaque fois, pré­sen­tant au pu­blic un ou deux nou­veaux per­son­nages. On peut connaître son uni­vers et re­trou­ver avec plai­sir ses marques, ou le dé­cou­vrir et se lais­ser em­bar­quer sans ré­serve, hap­pé par la force du ré­cit.

« TOUT CROCHE »

Dans « Un vil­lage en trois dés », ac­tuel­le­ment au Théâtre de l’Ate­lier, à Pa­ris (XVIIIe), Pel­le­rin évoque Elie, le pre­mier cu­ré du bourg, et Alice, la pos­tière au grand coeur qui soi­gnait les plaies à l’âme en ré­pon­dant aux cour­riers adres­sés… aux morts. Re­mon­tant à la nais­sance of­fi­cielle de Saint-Elie, le 12 avril 1865, date de créa­tion de la pa­roisse, Pel­le­rin ra­conte les deux cu­rés jouant aux dés la purge d’al­ler éri­ger cette nou­velle église au mi­lieu des bois…

« Ad­mettre le ha­sard, c’est nier l’exis­tence de Dieu », re­fuse net le plus jeune, dé­si­gné d’of­fice. Il part donc à la ren­contre de ses fu­turs pa­rois­siens, une ga­le­rie de per­son­nages aus­si tru­cu­lents les uns que les autres. Mé­ho, le bar­bier qui boit trop et coiffe « tout croche » (NDLR : tout de tra­vers), le for­ge­ron qui « sacre » à tout-va — « sa­crer », c’est, en qué­bé­cois, ju­rer en usant d’un lexique re­li­gieux —, sa fille Lu­rette, la belle, ou en­core la veuve aux cent vaches, rousse, vive et « très bonne pour le mo­ral ».

Ti­gnasse blonde et pe­tites lu­nettes cer­clées, Pel­le­rin a des airs du Grand Du­duche de Ca­bu. Seul sur scène avec sa gui­tare pour quelques chan­sons, il livre un ré­cit très drôle dans une langue gour­mande, na­tu­rel­le­ment ima­gée et riche en néo­lo­gismes.

Ef­fleu­rant avec dé­li­ca­tesse le re­gistre de l’émo­tion au dé­tour d’une phrase ou d’un mot, il teinte de ce qu’il faut de fan­tas­tique son ré­cit — une femme avec 473 fils, un cu­ré croi­sant son double, une fillette res­sem­blant à tout le vil­lage — pour em­bal­ler l’ima­gi­naire d’un pu­blic sous le charme. Quel voyage !

Le « conteux » Fred Pel­le­rin, comme on dit au Qué­bec, ra­conte son vil­lage na­tal, Saint-Eliede-Cax­ton, à tra­vers des per­son­nages hauts en cou­leur.

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