La vraie na­ture d’Al­trad

Le pré­sident de Mont­pel­lier, homme d’af­faires au par­cours hors normes, est au coeur d’un scan­dale qui se­coue la Fé­dé­ra­tion fran­çaise. Il fas­cine au­tant qu’il fait peur.

Le Parisien (Essonne) - - Rugby - PAR OLI­VIER FRAN­ÇOIS (AVEC D.O.)

SA VOIX FLUETTE, hé­si­tante par­fois, contre­dit ses yeux per­çants. Une sorte d’am­bi­va­lence émane d’em­blée de sa pe­tite sil­houette. Cha­leu­reux ? Froid ? Af­fable ? In­sen­sible ? Mo­hed Al­trad n’est pas bien grand (1,70 m) mais il fait trem­bler le monde mus­clé du rug­by. Sa réus­site, son cu­lot étonnent, d’au­tant plus que le per­son­nage est dif­fi­cile à cer­ner.

Au dé­tour d’une vie digne d’un hé­ros de ro­man com­men­cée en Sy­rie il y a 66 ans en­vi­ron (il ne connaît pas sa date de nais­sance), l’en­tre­pre­neur, écri­vain, pré­sident de club dont les mé­thodes ap­pa­raissent bru­tales voire illé­gi­times aux yeux de ses concur­rents, pro­voque au­jourd’hui une le­vée de bou­cliers au­tour de lui. L’homme, ac­cu­sé de vou­loir faire main basse sur le rug­by en s’as­su­rant les ser­vices de Ber­nard La­porte, le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion, est aus­si re­dou­table en af­faires que re­dou­té.

On connaît à peu près tout de la vie de Mo­hed Al­trad. Ou plu­tôt, on ne connaît rien. Sa nais­sance en plein dé­sert, entre 1948 et 1951, fruit du viol com­mis par un chef de tri­bu bé­douine, la ré­pu­dia­tion, puis la mort de sa mère dans les jours qui ont sui­vi, sa jeu­nesse à Ra­q­qa, grâce à l’aide d’un cou­sin, son ar­ri­vée à Mont­pel­lier avec 200 francs en poche, ses études d’in­gé­nieur, ses créa­tions d’en­tre­prises, dont celle du groupe Al­trad, en 1985, qui de­vien­dra lea­deur mon­dial de la four­ni­ture de ma­té­riel in­dus­triel dans le BTP… Son par­cours donne le tour­nis. Au­jourd’hui, l’homme d’af­faires pèse 2,7 Mds€ et se re­trouve 36e for­tune de France. Il a été élu meilleur en­tre­pre­neur mon­dial de l’an­née 2015 et a par­lé de­vant Ba­rack Oba­ma.

Un beau ta­bleau des­si­né par le pin­ceau d’un ca­rac­tère in­flexible, qui a tout de même pro­duit quelques dé­gâts sur sa route. « Mo­hed, il vaut mieux être son ami que son en­ne­mi, sou­ligne l’un de ses col­la­bo­ra­teurs. Au pre­mier abord, on a l’im­pres­sion que c’est un bon père de fa­mille (NDLR : il a cinq en­fants nés de deux unions), et puis, pe­tit à pe­tit, on se rend compte qu’il ne faut pas s’op­po­ser à lui. Sur rien. Il peut de­ve­nir dur, très dur même. Et il a tou­jours le der­nier mot. »

« Ce n’est pas quel­qu’un à qui on passe la main dans le dos, ra­conte un autre. Et il reste très dis­tant, même dans les mo­ments de joie. Par contre, il peut être gla­çant quand on le contre­dit. » Ro­bins Tchale-Wat­chou, vi­ré de Mont­pel­lier sans ma­nière en fin de sai­son der­nière et pré­sident du syn­di­cat des joueurs, s’est op­po­sé à lui. « C’est quel­qu’un de ver­ti­cal, dit-il. Il y a de la bru­ta­li­té en lui, comme chez beau­coup de pa­trons. »

Il est ar­ri­vé dans le monde ovale sans rien y connaître, en 2011. « Le club de Mont­pel­lier était en dif­fi­cul­té, comme il s’agit de ma ville et que je lui dois beau­coup, j’ai ac­cep­té de l’ai­der », ra­conte Mo­hed Al­trad. En fait, il en a pris les rênes, avec l’am­bi­tion d’être dans ce do­maine, aus­si, le nu­mé­ro un. « On peut pen­ser ce que l’on veut de lui, moi-même j’ai des choses à lui re­pro­cher, mais s’il n’était pas là, le club n’exis­te­rait plus », af­firme Tchale-Wat­chou. Son di­vorce avec Fa­bien Gal­thié, alors en­traî­neur du MHR, adu­lé puis dé­tes­té par Al­trad, les li­mo­geages, les re­mo­de­lages, ef­fec­tués à coup de mil­liers, voire de mil­lions d’eu­ros, ont dé­voi­lé peu à peu le vi­sage d’un milliar­daire ca­pri­cieux et ir­ré­duc­tible. Cer­tains ra­content à mots cou­verts qu’ils se sont sen­tis me­na­cés.

Après avoir vou­lu ra­che­ter le club de Glou­ces­ter, fi­na­le­ment pas im­pos­sible, Al­trad s’est rap­pro­ché de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise dont il est de­ve­nu spon­sor. Ses liens tis­sés avec La­porte, au­quel il avait fait si­gner un contrat per­son­nel, avant qu’il ne soit dé­non­cé, font dé­sor­mais beau­coup ja­ser. « C’est loin d’être fi­ni, as­sure un proche. Mo­hed ira jus­qu’au bout, jus­qu’à ce qu’il ar­rive où il vou­lait. Per­sonne ne l’en em­pê­che­ra. »

« MIEUX VAUT ÊTRE SON AMI » UN COL­LA­BO­RA­TEUR IL IRA JUS­QU’AU BOUT

Ces der­niers mois, Mo­hed Al­trad s’est beau­coup rap­pro­ché de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise — dont il est de­ve­nu le spon­sor — et de Ber­nard La­porte, son pré­sident.

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