La France veut sau­ver Saad Ha­ri­ri

Pa­ris, qui garde une pe­tite in­fluence au Li­ban, joue les bons of­fices entre les puis­sances ri­vales de la ré­gion.

Le Parisien (Essonne) - - Politique - PAR PHILIPPE MARTINAT

UN CROCHET PAR RYAD la se­maine der­nière pour un en­tre­tien de trois heures avec le prince hé­ri­tier d’Ara­bie saou­dite, Mo­ham­med ben Sal­mane, sui­vi de la ré­cep­tion hier à l’Ely­sée du mi­nistre des Af­faires étran­gères du Li­ban. Em­ma­nuel Ma­cron « mouille la che­mise », comme l’en a pu­bli­que­ment fé­li­ci­té Alain Juppé, pour ai­der le Li­ban à sor­tir de la crise dans la­quelle il se trouve plon­gé de­puis la dé­mis­sion sur­prise de son Pre­mier mi­nistre, Saad Ha­ri­ri, le 4 no­vembre.

Si la di­plo­ma­tie fran­çaise ne mé­nage pas ses ef­forts dans ce dos­sier li­ba­nais aux mul­tiples di­men­sions, c’est sans doute pour sai­sir l’op­por­tu­ni­té de jouer ses cartes dans une ré­gion où le poids des Etats-Unis reste pré­pon­dé­rant. Mais c’est aus­si parce que le spectre de la guerre plane à nou­veau sur le Li­ban. « Ce pays, tré­sor de co­exis­tence entre les com­mu­nau­tés, doit être pré­ser­vé de ce qui peut le dé­sta­bi­li­ser », af­firme-t-on dans l’en­tou­rage du pré­sident Ma­cron. Ins­tal­lé à la tête du gou­ver­ne­ment du Pays du cèdre de­puis no­vembre 2016, Saad Ha­ri­ri, dont le père Ra­fic a été as­sas­si­né en 2005, pro­ba­ble­ment par le Hez­bol­lah, le tout-puis­sant par­ti chiite, a an­non­cé su­bi­te­ment de­puis l’Ara­bie saou­dite sa dé­mis­sion, en dé­non­çant la main­mise de l’Iran, pro­tec­teur du Hez­bol­lah, sur son pays. Dans une interview sur­réa­liste don­née de­puis Ryad à une chaîne de té­lé­vi­sion contrô­lée par sa fa­mille, Saad Ha­ri­ri a ex­pli­qué qu’il n’était pas dé­te­nu contre son gré et qu’il ren­tre­rait bien­tôt au Li­ban. « Il avait l’air très fa­ti­gué et ten­du, note l’une de ses amies li­ba­naises. Nor­ma­le­ment, il est très sou­riant, dé­con­trac­té et c’est un homme cha­leu­reux. Là, il était clair qu’il n’était pas libre de ses mou­ve­ments. »

Né à Riyad en 1970 et ma­rié à une Saou­dienne, Saad Ha­ri­ri, qui dis­pose de la double na­tio­na­li­té, a gran­di en Ara­bie saou­dite, dont il par­tage la culture et le mode de vie. Chef de file de la com­mu­nau­té sun­nite au Li­ban, Ha­ri­ri est long­temps pas­sé pour l’homme des Saou­diens. « Ces der­niers sont très re­mon­tés contre lui car ils le consi­dèrent comme un chef de gou­ver­ne­ment faible qui a lais­sé les cou­dées franches au Hez­bol­lah », ex­plique une source li­ba­naise.

Le Pre­mier mi­nistre, dont le groupe de BTP Sau­di Oger est par ailleurs dans une si­tua­tion fi­nan­cière cri­tique, a dû com­po­ser avec le pré­sident du Li­ban, Mi­chel Aoun, un ch­ré­tien al­lié du Hez­bol­lah chiite. Après avoir ré­cla­mé le re­tour de son Pre­mier mi­nistre à Bey­routh, Aoun a aus­si dé­pê­ché à Pa­ris son mi­nistre des Af­faires étran­gères, Ge­bran Bas­sil, qui n’est autre que… son gendre.

La di­plo­ma­tie fran­çaise, qui sou­haite le re­tour dans ses fonc­tions de Saad Ha­ri­ri, dis­pose de quelques atouts dans sa mé­dia­tion. « La France a la ca­pa­ci­té de par­ler à tout le monde », re­lève un di­plo­mate li­ba­nais. No­tam­ment aux Ira­niens qui ap­pré­cient que Ma­cron ne re­mette pas en cause — comme le fait avec vé­hé­mence l’Amé­ri­cain Trump — l’ac­cord sur le nu­cléaire. Mais peut-être pas au point de re­te­nir le Hez­bol­lah, son bras ar­mé au Li­ban comme en Sy­rie…

ÉTATS-UNIS

Le mi­nistre amé­ri­cain de la Jus­tice, Jeff Ses­sions, a as­su­ré hier que la dé­ci­sion de nom­mer ou non un pro­cu­reur spé­cial pour en­quê­ter sur l’af­faire des e-mails d’Hilla­ry Clin­ton se­ra prise « ra­pi­de­ment ». « Vous pou­vez être cer­tain que (cette dé­ci­sion) se­ra prise sans in­fluence politique », a-t-il dé­cla­ré à la Chambre des re­pré­sen­tants. Do­nald Trump a ré­cla­mé à de nom­breuses re­prises que son an­cienne ad­ver­saire soit pour­sui­vie en jus­tice.

SY­RIE

La coa­li­tion an­tid­ji­ha­diste me­née par les Etats-Unis ne quit­te­ra pas la Sy­rie et l’Irak tant que les pour­par­lers sous l’égide de l’ONU à Ge­nève n’au­ront pas pro­gres­sé, a pré­ve­nu le mi­nistre amé­ri­cain de la Dé­fense, James Mat­tis.

L’HOMME DES SAOU­DIENS

Ely­sée (Pa­ris VIIIe), hier. Le mi­nistre des Af­faires étran­gères li­ba­nais, Ge­bran Bas­sil, s’est en­tre­te­nu avec le chef de l’Etat.

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