Il conduit sans per­mis pen­dant 26 ans… sans le sa­voir !

En mai, Fré­dé­ric veut ob­te­nir un per­mis in­ter­na­tio­nal, mais ap­prend que son pré­cieux pa­pier rose est an­nu­lé de­puis 1991 pour « rai­son ju­di­ciaire ». Im­pos­sible, puisque son ca­sier est vierge.

Le Parisien (Essonne) - - La Météo - PAR FLORIAN LOI­SY @flo­rian­loi­sy

ON LUI PRO­POSE D’ABORD DE REPASSER LE PER­MIS

C’ est une his­toire unique. Fré­dé­ric, 54 ans, a son per­mis en poche et conduit de­puis 1982 sans ren­con­trer de pro­blème. Mais il a ré­cem­ment dé­cou­vert que son pré­cieux pa­pier rose était en fait an­nu­lé de­puis fé­vrier 1991. Une er­reur ad­mi­nis­tra­tive ré­ta­blie voi­ci quelques jours par les ser­vices du mi­nis­tère de l’In­té­rieur. Cet ha­bi­tant de Morangis, di­rec­teur fi­nan­cier dans une grande en­tre­prise, a donc cir­cu­lé « sans per­mis » du­rant vingt­six ans sans le sa­voir.

Fré­dé­ric s’aper­çoit de cette ano­ma­lie en mai. Il pré­pare alors un voyage en Afrique du Sud avec sa fa­mille et dé­cide de de­man­der à la pré­fec­ture d’Evry l’équi­va­lence de son per­mis de conduire au ni­veau in­ter­na­tio­nal. On lui ré­pond par cour­rier que son pré­cieux do­cu­ment rose n’est plus va­lable. « J’ai pour­tant re­çu des re­traits de points pour de pe­tits ex­cès de vi­tesse », souffle-t-il. Fré­dé­ric contacte le com­mis­sa­riat de Sa­vi­gny-sur-Orge. On lui ré­pond qu’il y a « quelque chose sur son dos­sier », mais rien ne peut lui être com­mu­ni­qué par té­lé­phone. Il est in­vi­té à se rap­pro­cher de la pré­fec­ture. « Mais avoir quel­qu’un au té­lé­phone à Evry, c’est mis­sion im­pos­sible », sou­pire Fré­dé­ric. Il tente alors sa chance au­près de la pré­fec­ture de La Ro­chelle (Cha­rente-Ma­ri­time), qui lui avait dé­li­vré son pré­cieux sé­same en 1982.

« Là, on m’a ex­pli­qué que mon per­mis était an­nu­lé par dé­ci­sion d’un tri­bu­nal en 1991 », dé­taille ce­lui qui a rou­lé près de 700 000 km de­puis cette date. Pris dans les méandres de l’ad­mi­nis­tra­tion, il veut com­prendre. « On m’a ré­pon­du que rien n’était in­for­ma­ti­sé à l’époque, donc qu’il était im­pos­sible de sa­voir. » Il y au­rait eu « une er­reur de sai­sie dans le nom ou le nu­mé­ro de per­mis de conduire d’un condam­né », in­dique un ma­gis­trat.

Seule so­lu­tion pro­po­sée à Fré­dé­ric : repasser le per­mis. « Mais c’est hors de ques­tion, je n’ai rien à me re­pro­cher », lance-t-il. Sai­si du dos­sier, son avo­cat Me Re­my Jos­seaume ef­fec­tue une re­quête au­près du mi­nis­tère de l’In­té­rieur, contes­tant cette an­nu­la­tion « pour rai­son ju­di­ciaire ». Cinq mois plus tard, alors que l’avo­cat s’ap­prête à dé­po­ser un re­cours au tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif, les ser­vices de l’Etat « re­va­lident » son per­mis. « Sans un mot d’ex­cuse ni la moindre ex­pli­ca­tion, re­grette Fré­dé­ric. Seul, je n’au­rai ja­mais pu me dé­fendre, j’ai dé­pen­sé 1 800 €. Si j’avais été contrô­lé, j’au­rais pu être pla­cé en garde à vue. Ma pa­tronne ne vou­lait plus que je conduise, alors que je par­cours près de 30 000 km par an en moyenne. » Me Jos­seaume va de­man­der une ré­pa­ra­tion du pré­ju­dice. « Il ar­rive qu’il y ait une er­reur à un mo­ment don­né de la chaîne, plaide Em­ma­nuel Barbe, dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel à la sé­cu­ri­té rou­tière. Lorsque nous avons été sai­sis, nous avons ra­pi­de­ment re­mé­dié au pro­blème. »

Morangis, hier. Pour se dé­fendre, Fré­dé­ric a dé­pen­sé 1 800 € en frais d’avo­cat.

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