Li­mo­nest : le scé­na­rio mor­bide se pré­cise

Quatre hommes com­pa­raissent au­jourd’hui pour avoir re­ven­du le pré­cieux mé­tal ar­ra­ché aux ca­davres du ci­me­tière pa­ri­sien de Pan­tin (Seine-Saint-De­nis).

Le Parisien (Essonne) - - La Une - PAR LOUISE COLCOMBET

ILS ONT SANS DOUTE eu les dents trop longues… Quatre hommes, dont trois fos­soyeurs, com­pa­raissent au­jourd’hui de­vant le tri­bu­nal de Bo­bi­gny (Seine-Saint-De­nis) pour vol ag­gra­vé et, pour deux d’entre eux, vio­la­tion de sé­pul­ture et at­teinte à l’in­té­gri­té d’un ca­davre. Des dé­lits pas­sibles de cinq ans de pri­son qui re­couvrent une réa­li­té pour le moins sor­dide : ces hommes, em­ployés de la mai­rie de Pa­ris et af­fec­tés à l’en­tre­tien du ci­me­tière pa­ri­sien ins­tal­lé sur la com­mune de Pan­tin (Seine-Saint-De­nis), sont sus­pec­tés de s’être ser­vis sur les ca­davres qu’ils étaient cen­sés veiller en leur ar­ra­chant leurs dents en or… Un mé­tal pré­cieux qu’ils re­ven­daient au poids dans les nom­breuses bou­tiques spé­cia­li­sées qui ont fleu­ri ces der­nières an­nées avec l’en­vol du cours. Ils au­raient ain­si em­po­ché à eux quatre près de 20 000 € entre 2009 et 2012 — une es­ti­ma­tion basse, l’or den­taire pou­vant aus­si être payé en es­pèces… Pour leur dé­fense, les fos­soyeurs, dont David B., pré­sen­té par tous comme « l’ins­ti­ga­teur » de cette pra­tique, ont ar­gué qu’ils la pen­saient lé­gale, en tout cas to­lé­rée et cou­rante dans ce mi­lieu. David B. af­firme tou­te­fois n’avoir ja­mais agi que dans le cadre de son tra­vail et sur des tombes dites « en déshérence », celles dont les conces­sions sont ar­ri­vées à échéance et qui ne sont pas re­nou­ve­lées… Des sé­pul­tures ou­bliées, comme leur lo­ca­taire, qu’il faut alors vi­der et re­mettre en état pour les re­vendre. C’est dans ces uniques oc­ca­sions, sou­tient David B., qu’il au­rait « trou­vé » ces dents ain­si que quelques bi­joux. « Il n’a ja­mais eu l’in­ten­tion de vo­ler qui que ce soit, il s’agis­sait pour lui d’ob­jets aban­don­nés, abonde son avo­cat, Me Yves Cres­pin. Il voyait ce­la comme une forme de com­plé­ment de sa­laire », ose même le pé­na­liste, qui conteste le vol et plaide la bonne foi de son client. Sauf qu’à l’ex­pi­ra­tion du dé­lai de conces­sion, dents, bagues et gour­mettes de­ve­naient en réa­li­té pro­prié­té de la Ville de Pa­ris, à qui ap­par­tient le ci­me­tière…

Une ligne de dé­fense éga­le­ment in­com­pa­tible avec les cir­cons­tances dans les­quelles la po­lice a été ame­née à s’in­té­res­ser à ce pe­tit tra­fic. C’est la BAC qui avait re­pé­ré par ha­sard David B. et l’un de ses amis, en

DES TOMBES EN DÉSHÉRENCE

pleine nuit du 26 novembre 2012, le long du mur d’en­ceinte. Tous deux étaient équi­pés d’une lampe fron­tale, de chaus­sures de sé­cu­ri­té et d’une barre à mine… Dans leurs poches : une di­zaine de dents en or ma­cu­lées de terre fraîche.

David B. main­tient qu’il était sim­ple­ment ve­nu ré­cu­pé­rer du ma­té­riel pro­fes­sion­nel avec l’aide de son ami, le­quel a avoué qu’ils ve­naient d’ou­vrir une di­zaine de tombes, avant de se ré­trac­ter. Qu’im­porte, la jus­tice n’est pas dupe et pense qu’ils ont men­ti comme des ar­ra­cheurs de dents : l’équi­pée noc­turne au­rait bien eu pour but de for­cer les sé­pul­tures, « en de­hors de tout cadre ad­mi­nis­tra­tif » cette fois, sou­ligne la juge d’ins­truc­tion dans son or­don­nance de ren­voi.

Un ex­cès de cu­pi­di­té qui a per­mis de mettre au jour les pra­tiques de David B., ac­cu­sé d’avoir in­ci­té ses col­lègues à lui cé­der dents et bi­joux, qu’il re­ven­dait moyen­nant une pe­tite com­mis­sion. La tran­sac­tion s’ef­fec­tuait alors di­rec­te­ment au-des­sus de la tombe, à l’aide d’une ba­lance de pré­ci­sion… A l’époque des faits, 1 g d’or — une dent en pèse en­vi­ron 4 — se né­go­ciait en­vi­ron 43 €.

Pan­tin (Seine-SaintDe­nis), hier.

Les fos­soyeurs ont agi sur des tombes dont les conces­sions, ar­ri­vées à échéance, n’avaient pas été re­nou­ve­lées.

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