« Elle se­ra tou­jours fille de notre com­mune »

Klé­ber Cou­sin, an­cien maire de Suèvres, où est en­ter­rée l’en­fant

Le Parisien (Essonne) - - Fait Du Jour - DE NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE LOUISE COLCOMBET, À SUÈVRES (LOIR-ET-CHER)

LES FLEURS et les an­ge­lots s’en­tassent sur la pe­tite tombe blanche, dans le rang des en­fants. « Voyez, elle a tou­jours été fleu­rie de­puis. Trente ans, dé­jà ! » s’émeut Klé­ber Cou­sin, l’an­cien maire de Suèvres, où est en­ter­rée « la pe­tite in­con­nue de l’au­to­route A 10 », peut-on lire sur la stèle. L’an­cien agri­cul­teur, alors maire de ce vil­lage de 1 600 âmes et au­jourd’hui âgé de 93 ans, avait presque per­du es­poir de connaître un jour le nom et l’his­toire de cette en­fant mar­tyre. « C’est un sou­lage- ment, je sau­rai donc la vé­ri­té avant de mou­rir, grâce à cette chose for­mi­dable, l’ADN… », souffle le vaillant re­trai­té.

C’est lui, avec le cu­ré de la pa­roisse, qui avait dû or­ga­ni­ser l’en­ter­re­ment comme l’im­pose la loi, le corps ayant été dé­cou­vert sur sa com­mune. « Nous n’étions qu’une di­zaine, mais je peux vous dire que l’émo­tion était là, se sou­vient Ma­ri­nette Dael. Le cu­ré avait eu les mots justes, et bien des larmes ont cou­lé… », pour­suit celle qui, comme d’autres mains ano­nymes, a veillé à la fleu­rir au fil des ans. « C’était notre rôle de veiller sur elle », dit-elle sim­ple­ment.

POUR UNE SÉ­PUL­TURE « AVEC SON NOM COM­PLET »

« Je re­vois en­core mon ma­ri et mon fils por­ter en terre le pe­tit cer­cueil », s’émeut à son tour Ge­ne­viève Bois­set, 86 ans, veuve du garde cham­pêtre de l’époque. Avec les gen­darmes, ce­lui­ci avait en­suite « plan­qué » jour et nuit, un mois du­rant, dans une mai­son face au ci­me­tière, au cas où un proche se ma­ni­fes­te­rait. En vain. « Ils nous avaient mon­tré une pho­to du corps, lâche Ge­ne­viève, le coeur en­core ser­ré par cette vi­sion. On voyait le sang qui cou­lait, avec les traces de mor­sures… Cette his­toire m’a long­temps fait du cha­grin, mais je la croyais re­fer­mée. »

Opi­niâtres, les gen­darmes n’ont ja­mais lâ­ché. « Dès qu’un bou­quet était dé­po­sé avec une carte de vi­site ils ve­naient la cher­cher pour l’ana­ly­ser, des ca­mé­ras ont été ins­tal­lées… Leur achar­ne­ment a payé », sa­lue Raphaël Pille­boue, qui avait suc­cé­dé à Klé­ber Cou­sin à la mai­rie.

De fait, c’est son suc­ces­seur qui or­ga­ni­se­ra, sans doute, et le jour ve­nu, une nou­velle cé­ré­mo­nie. « Elle pour­ra en­fin avoir une sé­pul­ture digne de ce nom, avec son nom com­plet, sa date de nais­sance… », se ré­jouit ain­si Phi­lippe La­mou­reux, hé­ri­tier de ce dos­sier dou­lou­reux. Ma­ri­nette comme Ge­ne­viève y se­ront « évi­dem­ment ». « Cette pe­tite se­ra tou­jours fille de notre com­mune », abonde Klé­ber Cou­sin.

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