Mbap­pé, 19 ans et bien­tôt pa­tron

Les Bleus, qui en­tament leur com­pé­ti­tion de­main face à l’Aus­tra­lie, peuvent comp­ter sur leur at­ta­quant.

Le Parisien (Essonne) - - La Une - DE L’UN DE NOS EN­VOYÉS SPÉ­CIAUX DO­MI­NIQUE SÉ­VÉ­RAC AVEC RONAN FOLGOAS À KA­ZAN (RUSSIE)

« JE VAIS DIS­PU­TER MA PRE­MIÈRE GRANDE COM­PÉ­TI­TION. C’EST LE BON MO­MENT. J’ES­PÈRE QUE ÇA VA MAR­CHER POUR MOI ET L’ÉQUIPE. »

IL NE PORTE PAS le bras­sard de ca­pi­taine et ne né­go­cie pas les primes avec Noël Le Graët, le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion. Ça, c’est le do­maine ré­ser­vé des cadres, Llo­ris, Va­rane et Ma­tui­di. Mais il n’est pas dit qu’il at­tende long­temps pour fou­ler ce grand monde de plain-pied. Dans un Eu­ro (2020), au pire une Coupe du monde au Qa­tar (2024), il de­vien­dra le pa­tron des Bleus, leur lea­der, leur ba­ro­mètre et la per­sonne qui les in­carne le mieux.

De­puis quinze mois, Ky­lian Mbap­pé tra­vaille pour de­ve­nir tout ce­la à la fois, un jour, sous la tu­nique tri­co­lore. Il y a ce qu’il fait sur le ter­rain, avec 15 sé­lec­tions, 4 buts et 5 passes dé­ci­sives. Il dresse un bi­lan po­si­tif : « J’ai beau­coup ap­pris, di­sait-il mer­cre­di à Is­tra. J’ai pris un peu plus d’im­por­tance au fil de mes sé­lec­tions. Je vais dis­pu­ter ma pre­mière grande com­pé­ti­tion. C’est le bon mo­ment. J’es­père que ça va mar­cher pour moi et l’équipe. » De­main contre l’Aus­tra­lie, sous les yeux de son père, on at­ten­dra dé­jà beau­coup de lui.

Il y a aus­si ce qu’il dit, lui qui mé­lange spon­ta­néi­té et ré­flexion dans son verbe. Gi­roud « est plus un point de fixa­tion où il faut tour­ner au­tour ». Il n’en di­ra pas plus. Com­pa­ré à son di­thy­rambe sur Dem­bé­lé, on com­prend tout : « Jouer avec Ous­mane, c’est fa­cile, tout le monde au­rait une re­la­tion tech­nique avec lui. C’est un joueur per­cu­tant, ca­pable de jouer en une touche, qui va vite, qui a les deux pieds… Voi­là, ça fait pas mal pour un joueur, hein ? ! » « C’est une gé­né­ra­tion qui a vrai­ment l’ha­bi­tude de bien com­mu­ni­quer et qui a un com­por­te­ment d’adulte, de res­pon­sable, c’est pas des ga­mins ! », souf­flait hier ma­tin Noël Le Graët en pre­nant exemple sur les propos de Mbap­pé. « Leur ma­tu­ri­té est as­sez in­vrai­sem­blable », ajou­tait-il.

Il y a en­fin une ma­nière de s’af­fir­mer en cou­lisses. Il n’est pas rare que l’at­ta­quant fasse pas­ser ses mes­sages au­près des re­lais de Des­champs pour don­ner ses pré­fé­rences. C’est que le no 10 des Bleus — un autre sym­bole du pou­voir, ver­sion ro­man­tique — se sent à l’aise en bleu. Comme au PSG, les Tri­co­lores penchent vers l’avant. Comme à Pa­ris, il aime se rap­pro­cher du puis­sant qui per­son­ni­fie la sé­lec­tion ou l’équipe : Griez­mann ici, Ney­mar là-bas. Il aime dif­fu­ser l’idée qu’il ap­par­tient, lui, au go­tha mon­dial quand Gi­roud reste rem­pla­çant à Ar­se­nal ou Chel­sea et La­ca­zette en de­hors des 23 de Des­champs.

Mais sa vo­lon­té de prendre toute la place qu’il mé­rite (spor­ti­ve­ment) se pro­longe par­fois d’une en­vie de prendre toute la place qu’il croit mé­ri­ter, mé­dia­ti­que­ment par exemple. Le jeune in­ter­na­tio­nal, aux hu­meurs chan­geantes, au­ra le cu­lot pour cer­tains d’af­fi­cher ses bou­de­ries lors des en­traî­ne­ments ou le tou­pet pour d’autres de quit­ter de ma­nière spec­ta­cu­laire et en mon­dio­vi­sion la séance après le tacle de Ra­mi mar­di. Ar­ro­gance ? « Je ne peux pas chan­ger ce que les gens pensent. Je n’ai pas trop à me jus­ti­fier, même si je peux com­prendre que l’on in­ter­prète les images d’une cer­taine fa­çon. Je fais avec, et ça ne m’em­pêche pas de dor­mir. »

De­puis le dé­but de la pré­pa­ra­tion, Mbap­pé perd sou­vent ses matchs contre l’équipe de Pog­ba aux en­traî­ne­ments. Le se­cond aime cham­brer de ma­nière os­ten­ta­toire le pre­mier. Il y a des rires et des codes de la jeu­nesse mais aus­si une forme de ri­va­li­té sourde entre les deux plus gros sa­laires de la sé­lec­tion (au-des­sus de 15 M€ par sai­son). Ils s’ap­pré­cient parce qu’ils s’ad­mirent mu­tuel­le­ment mais se mé­fient de la me­nace et de l’im­por­tance mé­dia­tiques que l’autre prend. Le pou­voir est une conquête.

Gle­bo­vets (Russie), lun­di. En plus d’une pré­sence dé­sor­mais bien af­fir­mée sur le ter­rain, Ky­lian Mbap­pé cherche dé­sor­mais à faire gran­dir son in­fluence en cou­lisses.

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