ES­PAGNE POR­TU­GAL

Le Parisien (Essonne) - - Sports - PROPOS RE­CUEILLIS PAR SYL­VIE DE MACEDO

A L’OC­CA­SION de la sor­tie de son livre en France « Mère cou­rage », Do­lores Avei­ro nous re­çoit à la mi-mai dans un des hô­tels de luxe du VIII ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. Une ma­quilleuse veille à son image, une de ses proches contrôle les ques­tions. En tant que ma­man de Cris­tia­no Ro­nal­do, rien ne doit être lais­sé au ha­sard. Mais der­rière cette com­mu­ni­ca­tion maî­tri­sée, on dé­couvre sur­tout une femme aux mul­tiples vies. Il y a d’abord cette en­fance mi­sé­rable mar­quée par la mort de sa mère, son pla­ce­ment en or­phe­li­nat et les coups re­çus ; puis ces heures de la­beur pour nour­rir ses en­fants et en­fin l’ar­ri­vée de ce fils pro­dige, son qua­trième et der­nier. A tra­vers son his­toire, c’est un por­trait in­time du quin­tuple Bal­lon d’or qu’elle nous offre.

Votre fils connais­sait-il tout votre pas­sé ?

DO­LORES AVEI­RO. Je lui ai tou­jours tout ra­con­té pour qu’il puisse don­ner de la va­leur à ce qu’il a. Je l’ai fait avec tous mes en­fants. Et lorsque je leur ra­conte cer­tains mo­ments de ma vie, ce­la les rend tristes. On pleure en­semble.

Sa­vait-il que vous vou­liez avor­ter lorsque vous étiez en­ceinte de lui ?

Oui, bien sûr. Au­jourd’hui en­core, on en parle. J’avais dé­jà trois en­fants et je suis tom­bée en­ceinte à 30 ans. On avait dé­jà tel­le­ment de pro­blèmes d’ar­gent… J’ai tout fait pour avor­ter, mais en­core heu­reux que Dieu n’a pas vou­lu. C’était le des­tin et je crois au des­tin. On ne sait ja­mais ce qu’un en­fant peut ap­por­ter à ses pa­rents. Ro­nal­do en est la preuve.

On ap­prend aus­si dans le livre que vous avez im­mi­gré à Pa­ris pour faire vivre votre fa­mille. Où était-ce ?

C’était à une pe­tite heure de Pa­ris, je ne me sou­viens plus où exac­te­ment. C’était il y a qua­rante et un ans. Je fai­sais le mé- nage chez des par­ti­cu­liers. Je ne suis res­tée que cinq mois. J’avais dû lais­ser deux en­fants à Ma­dère. C’était si dur. Je pleu­rais chaque jour. Mais c’est une grande fier­té de re­ve­nir dans cette ville tout en me re­mé­mo­rant le che­min par­cou­ru.

Vous avez long­temps vé­cu dans un ex­trême dé­nue­ment. Au­jourd’hui, vous êtes à l’abri fi­nan­ciè­re­ment. Quel rap­port avez-vous avec l’ar­gent ?

J’ai connu beau­coup de dif­fi­cul­tés, mais je tra­vaillais dur pour que mes en­fants aient de quoi man­ger. Ce n’était pas du luxe, mais ils n’ont ja­mais man­qué de nour­ri­ture à table. Au­jourd’hui, grâce à Dieu, j’ai un fils qui me donne tout. Mais je ne gas­pille pas car on ne sait pas de quoi se­ra fait de­main.

Ce­la fait quoi d’être la ma­man de l’un des meilleurs joueurs du monde ?

C’est une grande fier­té. Par­tout où je vais, quand on sait que je viens du Por­tu­gal, on me dit « Ah, le pays de Ro­nal­do. » Mon fils est connu dans le monde en­tier. Comment ne pas en ti­rer une grande fier­té ?

Est-ce dif­fi­cile aus­si ?

Au dé­but oui car je n’étais pas ha­bi­tuée aux cri­tiques.J’en ai beau­coup pleu­ré. Mais Ro­nal­do me di­sait : « Ma­man, tu dois t’ha­bi­tuer. Le monde est ain­si. »

Comment était Cris­tia­no Ro­nal­do en­fant ?

Il a tou­jours été un en­fant humble avec un coeur im­mense et les pieds sur terre. C’est tou­jours le cas. Le bal­lon est vite de­ve­nu sa pas­sion. Si quel­qu’un lui of­frait un autre jouet, ce­la ne l’in­té­res­sait pas. Tout comme l’école. Le bal­lon était plus im­por­tant que tout. C’est ce qui le ren­dait heu­reux. Quand il a com­men­cé à jouer vers 5-6 ans, on a vite vu qu’il avait du ta­lent. Mais ja­mais je n’ai pen­sé qu’il irait aus­si loin.

Quel mo­ment de sa vie pro­fes­sion­nelle vous a pro­cu­ré le plus de bon­heur ?

Lors de sa pre­mière sé­lec­tion avec le Por­tu­gal (NDLR : le 20 août 2003) et à l’Eu­ro 2004. Voir mon fils avec mes idoles, ce fut une émo­tion très forte. Je me suis même éva­nouie en le voyant avec eux en train de chan­ter l’hymne.

Quel match de votre fils vous a fait le plus souf­frir ?

La fi­nale, ici à Pa­ris lors de l’Eu­ro (1-0). Pour une mère, voir son fils à terre (NDLR : bles­sé au ge­nou , Ro­nal­do avait été éva­cué sur une ci­vière ), c’est de la souf­france. Il avait tel­le­ment mal. Mais avec la vic­toire, ses dou­leurs ont toutes dis­pa­ru. Cette fi­nale, ce fut de la pure fo­lie, le mo­ment le plus im­por­tant de sa car­rière.

Quel fils est-il ?

Très tendre. Il me dit sou­vent « je t’aime ». Pour la Fête des mères, il m’a en­voyé un bou­quet de fleurs et un bi­jou avec un pe­tit mes­sage di­sant : « tu es la meilleure ma­man du monde ». Il est très sen­sible. Il pleure fa­ci­le­ment. Il lui suf­fit d’avoir un ami à la mai­son qui lui ra­conte un pro­blème de fa­mille ou quand il voit des re­por­tages sur des en­fants qui souffrent, les larmes lui viennent vite…

« POUR NOUS, SES SOEURS, SON FRÈRE, C’EST EN­CORE LE PE­TIT BÉ­BÉ DE LA MAI­SON » DO­LORES AVEI­RO, LA MA­MAN DE CRIS­TIA­NO RO­NAL­DO

A vous en­tendre, on a l’im­pres­sion qu’il est le pe­tit chou­chou de la fa­mille…

C’est le pe­tit der­nier. Au­jourd’hui, c’est un homme évi­dem­ment. Mais pour nous, ses soeurs, son frère, c’est en­core le pe­tit bé­bé de la mai­son. Et avec son sta­tut, sa no­to­rié­té, on es­saie en­core plus de le pro­té­ger.

Où le voyez-vous jouer après le Real Ma­drid ?

Il a été si bien re­çu à Man­ches­ter que j’ai­me­rais le voir re­tour­ner là-bas. Mais c’est sa vie, c’est lui qui dé­cide.

Et pas Pa­ris ?

Oui, pour­quoi pas. Mais ma pré­fé­rence, c’est Man­ches­ter.

* « Mère cou­rage » aux Edi­tions Mi­chel La­fon. Prix : 16,95 €.

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