A Londres avec un Beatles, Rin­go Starr

Rin­go Starr, ex-bat­teur des Beatles, sort son 19e al­bum aujourd’hui. Ren­contre à coeur ou­vert à Londres.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - LA UNE - DE NOS ENVOYÉS SPÉ­CIAUX À LONDRES (ROYAUME-UNI) TEXTES : ÉRIC BU­REAU PHO­TO ET VI­DÉO : FRÉ­DÉ­RIC DUGIT

On a du mal à croire que Rin­go Starr a 77 ans, qu’il est le doyen des lé­gendes des six­ties. En jean et bas­kets, por­tant un col­lier avec le sym­bole pa­ci­fiste et une boucle d’oreille en forme d’épingle à nour­rice, c’est un éter­nel jeune homme que l’on ren­contre mer­cre­di à Londres. En bon Amé­ri­cain d’adop­tion qu’il est de­ve­nu en dé­mé­na­geant à Los An­geles dans les an­nées 1980, Rin­go Starr ne vous serre pas la main, pour évi­ter de par­ta­ger vos miasmes, mais claque son coude contre le vôtre en sou­riant… Et il ne se cache pas der­rière la pro­mo­tion de son 19e al­bum so­lo, « Give More Love », pour évi­ter de par­ler des Beatles. Au contraire, le bat­teur des Fab Four aime par­ta­ger ses sou­ve­nirs. Alors que beau­coup de stars des six­ties sont en panne de créa­ti­vi­té, vous sor­tez votre 2e al­bum en deux ans. Com­ment l’ex­pli­quez-vous ?

RIN­GO STARR. Je ne peux pas dire que je me sente jeune, ça non, mais je me sens bien, plein d’éner­gie. Je fais at­ten­tion à ce que je mange, je prends soin de mon corps, j’es­saye pour mon es­prit. C’est im­por­tant d’avoir des choses à faire. Et je fais ce que j’aime, jouer de la bat­te­rie, écrire, pas­ser du temps avec des mu­si­ciens, par­tir en tour­née. Le pu­blic sent que je l’aime, il m’aime en re­tour, mes concerts sont de grandes fêtes de l’amour. Dans votre al­bum comme sur les ré­seaux so­ciaux, vous par­lez beau­coup d’amour. Tout le temps ! « Peace and love ! » (Il fait le V avec ses doigts en le di­sant.) Je suis un pro­duit des six­ties, du « flo­wer po­wer ». Je ne l’ai pas in­ven­té mais je veux gar­der vi­vante cette tra­di­tion. Car on a bien be­soin d’amour. Je suis aus­si un en­fant de la guerre (NDLR : il est né en 1940 à Li­ver­pool). Le chaos, l’en­fer, j’ai connu ce­la toute ma vie. Et je rêve qu’un jour le monde soit « peace and love ». Mais ce n’est pas un slo­gan po­li­tique. Votre al­bum est très éclec­tique. Pour­quoi ? J’ai toutes ces mu­siques en moi. Le blues, la coun­try, la pop, le folk, le rock, les bal­lades. Il y en a une pour ma femme, Barbara. Sur la­quelle joue un cer­tain McCart­ney… Oui, mon très bon ami Paul est ve­nu à Los An­geles. J’étais en train d’en­re­gis­trer et je lui ai de­man­dé de jouer de la basse sur « Show Me the Way », chan­son pour ma femme qui me te­nait à coeur. Il a ac­cep­té. Et puis je lui ai par­lé de cette autre chan­son sur un groupe qui re­par­tait sur la route, « We’re on the Road Again »… Il m’a dit OK, et c’était un bon­heur. Votre ami­tié est in­des­truc­tible ? C’est mon frère pour tou­jours. Quand il vient à L.A., on se voit tou­jours. Pa­reil quand je viens en Angleterre. Vous avez peu joué en­semble sur scène de­puis la fin des Beatles, en 1970. Pour­quoi ? Il fait ses tour­nées, je fais les miennes. Nous sommes d’une époque où nous vou­lions juste jouer. Dans des clubs, des ma­riages, n’im­porte où. Au dé­part, per­sonne n’ima­gi­nait que ce se­rait si gros. Et nous jouons en­core, c’est gé­nial. Une tour­née en­semble est im­pos­sible ? Im­pos­sible ! Nous ne le fe­rons ja­mais. Nous étions quatre dans le groupe, pas deux. Je ne parle pas pour Paul, mais je pense qu’il est sur la même lon­gueur d’onde. De­puis six al­bums, je ra­conte beau­coup mes sou­ve­nirs, je rends hom­mage aux mu­si­ciens qui m’ont mar­qué, mais ça s’ar­rête là. Vous ren­dez aus­si hom­mage à votre femme, avec la­quelle vous vi­vez de­puis trente-sept ans… Oui, je parle de Barbara (NLDR : Bach, une ex-James Bond Girl) dans cinq chan­sons. (Il rit.) Nous nous sommes sau­vés mu­tuel­le­ment. Mais elle m’a sau­vé plus que je ne l’ai sau­vée. Il y a eu aus­si des bas, des larmes… J’es­saye d’être le plus hon­nête pos­sible. Vous pen­sez sou­vent aux Beatles ? Et com­ment ! Vous ne pou­vez pas ou­vrir une ra­dio sans en­tendre les Beatles. Nous étions très proches, quatre gar­çons qui s’ai­maient, et nous fai­sions de la mu­sique gé­niale. Il n’y a pas eu que des su­per mo­ments mais, mu­si­ca­le­ment c’était tou­jours bien. Je ne passe pas ce­pen­dant ma vie à par­ler des Beatles, je ne m’as­sois pas pour me gar­ga­ri­ser qu’on a fait ça ou ça. Mais j’ai beau­coup ai­mé le do­cu­men­taire « Eight Days a Week ». C’était très émou­vant, ce­la m’a rap­pe­lé tant de bons sou­ve­nirs. Et les spec­ta­teurs ont ap­pris plein de choses… Vous sa­vez pour­quoi on a ar­rê­té les tour­nées ? Sur scène, on ne s’en­ten­dait pas. Notre ma­té­riel n’était pas du tout adap­té. De si pe­tits haut-par­leurs pour de si grands stades ! On en­ten­dait plus les cris que notre mu­sique… John et George me manquent. Je les aime. Est-ce dif­fi­cile d’être un Beatle ? C’est beau­coup plus fa­cile qu’à l’époque, vous vou­lez dire. La pres­sio­net 1970 était des dingue. an­nées On 1960 me re­con­naî­tap­pris à vivre tou­jours,avec. Il n’y mai­sa plus j’ai de pres­sion. Paul McCart­ney nous a dit qu’il al­lait sans pro­blème au su­per­mar­ché. Vous aus­si ? Bien sûr. J’adore faire les courses, du shop­ping. Quand je suis en tour­née, j’aime al­ler dans les ma­ga­sins d’ali­men­ta­tion dié­té­tique et com­pa­rer les pro­duits. Que faites-vous quand vous ne faites pas de mu­sique ? Je peins, je mé­dite… Je fais de la mé­dia­tion trans­cen­dan­tale de­puis 1968, de­puis la ren­contre des Beatles avec le Ma­ha­ri­shi (NDLR : leur gou­rou in­dien). Ce­la fait long­temps que vous n’avez pas joué à Pa­ris. Re­vien­drez-vous ? On parle d’une tour­née pour l’an pro­chain et évi­dem­ment Pa­ris se­ra au pro­gramme. Une pe­tite salle, 2 000 à 4 000 places pour moi. Les salles de 10 000 places, c’est pour Paul !

“C’EST BEAU­COUP PLUS FA­CILE [D’ÊTRE UN BEATLES] QU’À L’ÉPOQUE ”

Londres (Royau­meU­ni), mer­cre­di. Rin­go Starr, 77 ans, en­vi­sage une tour­née à Pa­ris l’an­née pro­chaine.

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