Les com­mu­nistes au pied du mur

Le PCF veut faire de la Fête de l’Hu­ma, ce week-end à La Cour­neuve, un grand « ras­sem­ble­ment an­ti-Ma­cron ». Le par­ti, me­na­cé par la concur­rence des In­sou­mis, doit sur­tout se trans­for­mer.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - POLITIQUE - PAR QUEN­TIN LAURENT @Quen­tin_Laurent

LE ROUGE a per­du de son vif. Des cen­taines de mil­liers de per­sonnes vont se mas­ser ce week-end à La Cour­neuve (Seine-SaintDe­nis) pour la tra­di­tion­nelle Fête de l’Hu­ma — grand raout convi­vial et po­li­tique des com­mu­nistes de France et de la gauche en gé­né­ral — mais le PCF, lui, a ra­re­ment connu une si­tua­tion aus­si dif­fi­cile.

« Ça a été une an­née com­pli­quée », concède Pierre Laurent, le se­cré­taire na­tio­nal du par­ti. Ab­sent de la course à la pré­si­den­tielle, pour avoir sou­te­nu Jean-Luc Mé­len­chon (lui-même ab­sent de la fête), les com­mu­nistes ont été qua­si in­vi­sibles pen­dant toute la cam­pagne. Le lea­deur de la France in­sou­mise a tra­cé seul son sillon et n’a ja­mais mis en va­leur ses al­liés.

La sé­quence lé­gis­la­tive a of­fert une vic­toire en trompe-l’oeil aux com­mu­nistes. Certes, ils ont pro­gres­sé, pas­sant de 7 à 11 sièges de dé­pu­tés, mais leur score na­tio­nal, lui, a en­core chu­té. Seuls 2,72 % des élec­teurs ont glis­sé un bul­le­tin PCF au pre­mier tour. « De­puis quelques an­nées, les ré­sul­tats élec­to­raux ne sont pas bons, re­con­naît El­sa Fau­cillon, 36 ans, dé­pu­tée des Hauts-deSeine. Le par­ti a be­soin de se ré­vo­lu­tion­ner, de re­pen­ser son uti­li­té dans la so­cié­té. »

« On a été ringardisés par la France in­sou­mise », re­con­naî­ton dans les ins­tances du PCF. Nombre de ses élec­teurs ont d’ailleurs dé­fi­ni­ti­ve­ment mi­gré chez Mé­len­chon. « Je veux bien qu’ils se ré­jouissent d’avoir 11 dé­pu­tés, mais il n’en reste pas moins que si on re­garde leur score na­tio­nal ils sont en dé­clin constant », raille-t-on du cô­té des In­sou­mis, où l’on es­time que les com­mu­nistes doivent « se dé­pas­ser » s’ils veulent tout sim­ple­ment sur­vivre.

UNE CONSUL­TA­TION POUR RÉ­VO­LU­TION­NER LE PAR­TI

Le par­ti va ou­vrir lun­di une grande consul­ta­tion na­tio­nale afin de son­der ses adhé­rents sur les chan­tiers à mettre en place pour lui per­mettre de muer. « Il faut chan­ger nos modes de com­mu­ni­ca­tion, d’or­ga­ni­sa­tion », dé­taille Pierre Laurent, qui ne fait pas non plus du chan­ge­ment de nom du par­ti un ta­bou. Là en­core, les troupes sont di­vi­sées.

Le mot « com­mu­nisme » est un re­père pour cer­tains, mais aus­si un re­pous­soir pour une par­tie de l’élec­to­rat. « On n’a pas réus­si à se dé­bar­ras­ser d’un cer­tain nombre de cli­chés », es­time Pierre Laurent. Lui veut « ou­vrir le par­ti », as­sure qu’il y a « une pré­sence forte de nos idées dans la so­cié­té » et rap­pelle que le PCF pos­sède « un énorme po­ten­tiel mi­li­tant ». Ils sont plus de 55 000 mi­li­tants ac­tifs à jour de co­ti­sa­tion. Un grand con­grès na­tio­nal se tien­dra en juin ou en sep­tembre 2018 pour concré­ti­ser le lif­ting au­quel as­pire le par­ti.

En at­ten­dant, le PCF veut conti­nuer à mo­bi­li­ser contre l’ac­tuel gou­ver­ne­ment et sa ré­forme du Code du tra­vail. Il sou­haite faire de la Fête de l’Hu­ma « le plus grand ras­sem­ble­ment an­ti-Ma­cron ». Le PS, le mou­ve­ment de Be­noît Ha­mon (M1717) et quelques dé­pu­tés In­sou­mis y sont pré­sents. « La pré­si­dence Ma­cron peut ren­for­cer le par­ti com­mu­niste », pro­phé­tise par ailleurs le porte-pa­role Oli­vier Dar­ti­golles. A condi­tion que le PCF, di­mi­nué, en­tame sa propre « ré­vo­lu­tion ».

La Cour­neuve (Seine-Saint-De­nis), hier. Si la Fête de l’Hu­ma va réunir des mil­liers de per­sonnes, Pierre Laurent, se­cré­taire na­tio­nal du PCF

es­père quant à lui réunir son par­ti et, sur­tout, le ré­or­ga­ni­ser.

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