Les tirs « im­pru­dents » aug­mentent chez les po­li­ciers

Un rap­port de la po­lice des po­lices sou­ligne la mul­ti­pli­ca­tion d’in­ci­dents pré­oc­cu­pants, dé­mon­trant un manque de for­ma­tion des fonc­tion­naires.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAITS DI­VERS - PAR JEAN-MI­CHEL DÉ­CU­GIS

« J’AI MAL­EN­CON­TREU­SE­MENT ti­ré, la car­touche est pas­sée à tra­vers la porte, puis à tra­vers le mur en plâtre pour fi­nir dans une ar­moire mé­tal­lique si­tuée dans le bu­reau juste der­rière le nôtre. » Le té­moi­gnage de ce po­li­cier du nord de la France pour­rait faire sou­rire si son geste n’avait mis en dan­ger la vie de ses col­lègues. Heu­reu­se­ment ce sa­me­di-là le bu­reau der­rière le sien était vide… Cette dé­cla­ra­tion d’un gar­dien de la paix est rap­por­tée dans une note confi­den­tielle de l’IGPN, la po­lice des po­lices, qui s’alarme du nombre de tirs ef­fec­tués « par im­pru­dence » avec les armes longues dont les équi­pages de « pri­mo-in­ter­ve­nants » sont do­tés de­puis les at­ten­tats tra­giques de 2015.

Dans ce do­cu­ment da­té du 3 juillet der­nier, ré­vé­lé mer­cre­di par TF 1-LCI et que nous avons pu nous pro­cu­rer, la po­lice des po­lices comp­ta­bi­lise 19 tirs au to­tal de­puis le 1er jan­vier 2017, dont 18 ac­ci­den­tels (94,7 %). En 2016, le chiffre, dé­jà éle­vé, s’éta­blis­sait à 65 %. Heu­reu­se­ment, au­cun n’a fait de bles­sés.

DES ARMES PLUS COM­PLEXES

L’IGPN ob­serve que sur le plan opé­ra­tion­nel, ces armes (fu­sil d’as­saut G36, pis­to­let-mi­trailleur Be­ret­ta 12SD, ca­ra­bine de po­lice des CRS AMD…) sont uti­li­sées de fa­çon très ex­cep­tion­nelle. Un seul usage en six mois. Ce qui est as­sez ras­su­rant au re­gard des 6 000 armes de ce type au­jourd’hui en cir­cu­la­tion.

La cause des tirs ac­ci­den­tels s’ex­plique, dixit le rap­port, par « un dé­faut de maî­trise d’armes plus com­plexes et plus en­com­brantes ». « Une ou plu­sieurs er­reurs, sou­vent cu­mu­lées, dans les pro­cé­dures de mise en sé­cu­ri­té sont à l’ori­gine des coups de feu », constate l’IGPN, re­la­tant des tirs dans des vé­hi­cules, un bu­reau ou sur l’en­trée d’un com­mis­sa­riat lors d’une re­lève de garde sta­tis­tique… Bref, sou­vent au mo­ment de la prise ou de la res­ti­tu­tion de l’arme. La note évoque aus­si « une mé­con­nais­sance bien plus éten­due en ma­tière de sé­cu­ri­té lors de la ma­ni­pu­la­tion des armes ». Le constat est in­quié­tant : « Les agents sont mal à l’aise. » Dès lors l’IGPN mi­lite pour « un ni­veau de com­pé­tence plus im­por­tant ». Se­lon le rap­port, les fonc­tion­naires doivent être non seule­ment « for­més et ha­bi­li­tés » au ma­nie­ment de ces armes mais aus­si « ré­gu­liè­re­ment en­traî­nés et rom­pus à leur ma­ni­pu­la­tion ».

Au­jourd’hui, la du­rée de la for­ma­tion est de neuf heures (trois fois trois heures) pour ap­prendre à ma­nier ces armes qui sont en­fer­mées dans le coffre des vé­hi­cules. « Chaque fois qu’on a un nou­vel ou­til, il faut ap­prendre à l’uti­li­ser et à le maî­tri­ser », re­la­ti­vise Sta­nis­las Gau­don, se­cré­taire ad­mi­nis­tra­tif gé­né­ral ad­joint du syn­di­cat Al­liance. « Se for­mer est une chose, mais s’en­traî­ner et l’uti­li­ser en est une autre. » Le syn­di­ca­liste dé­plore le manque de stands de tirs ha­bi­li­tés à ces armes — seule­ment trois en Îlede-France par exemple — mais aus­si la dif­fi­cul­té dans les ser­vices de dé­blo­quer des heures pour s’en­traî­ner. « Cer­tains chefs de ser­vice doivent com­prendre que la for­ma­tion est un gain de com­pé­tence et non une perte de temps », re­lève un haut fonc­tion­naire, Place Beau­vau.

Se­lon la po­lice des po­lices, les fonc­tion­naires ne maî­trisent pas suf­fi­sam­ment les armes longues dont ils sont do­tés de­puis les at­ten­tats de 2015.

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