Ya-t-ildes«faux» dys­lexiques ?

En dé­non­çant une « sur­mé­di­ca­li­sa­tion » de la dif­fi­cul­té sco­laire, le mi­nistre de l’Edu­ca­tion fait ré­agir.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - SOCIÉTÉ - CH.B.

MARINEPITROU,

or­tho­pho­niste à Saint-Ouen (Seine-Saint-De­nis), le constate : « Les fa­milles que je re­çois dans mon ca­bi­net sont tou­jours en souf­france à l’école. » Les pa­rents, orien­tés par des en­sei­gnants, ou à leur propre ini­tia­tive, se­raient de plus en plus nom­breux à consul­ter leur mé­de­cin pour ob­te­nir une pres­crip­tion d’or­tho­pho­nie, ou à s’adres­ser à un pra­ti­cien spé­cia­li­sé « pour le mo­tif que ça ne va pas à l’école », confie le pé­do­psy­chiatre Sté­phane Cler­get. « On en parle entre confrères et on re­marque qu’on est tous un peu surchargés », ra­conte-t-il.

Pour­quoi ce phé­no­mène ? In­ter­ro­gé sur le su­jet, dans un en­tre­tien ac­cor­dé aux lec­teurs du « Pa­ri­sien » - « Au­jourd’hui en France » pa­ru dans notre édi­tion d’hier, le mi­nistre de l’Edu­ca­tion na­tio­nale y voit le signe d’une « sur­mé­di­ca­li­sa­tion » de la dif­fi­cul­té sco­laire. « Il n’est pas nor­mal qu’on as­siste à une telle in­fla­tion du be­soin en or­tho­pho­nie à l’école pri­maire. Il y a de vrais et de faux be­soins en or­tho­pho­nie, de vraies et de fausses dys­lexies », af­firme Jean-Mi­chel Blan­quer. Dans le vi­seur, cer­taines mé­thodes pé­da­go­giques uti­li­sées pour en­trer dans la lec­ture pour­raient pro­vo­quer de la dys­lexie.

Se­lon la Fé­dé­ra­tion fran­çaise des Dys, en­vi­ron 4 à 5 % des en­fants d’une classe d’âge souf­fri- raient de dys­lexie, c’est-à-dire d’un trouble neu­ro­dé­ve­lop­pe­men­tal, dans le­quel le cer­veau de l’en­fant peine à in­ter­pré­ter les sons et images envoyés par ses sens. Le trouble se tra­duit par des re­tards im­por­tants dans l’ac­qui­si­tion de la lec­ture et de l’écri­ture, ain­si que d’autres dif­fi­cul­tés sco­laires.

UN TROUBLE QUI SE DIAGNOSTIQUE

«Il n’y a pas de vraie ou de fausse dys­lexie : c’est un trouble qui se diagnostique et, même si da­van­tage de per­sonnes consultent, la pro­por­tion de per­sonnes tou­chées dans la po­pu­la­tion n’est pas plus im­por­tante que par le pas­sé », re­cadre Cé­cile Cor­ral­li­ni, la se­cré­taire gé­né­rale de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des or­tho­pho­nistes. A l’in­verse du mi­nistre de l’Edu­ca­tion, elle plaide… pour que soient or­ga­ni- sées de vastes cam­pagnes de dé­pis­tage des troubles « dys », dès le dé­but de la sco­la­ri­té des en­fants. « Je ne sais pas ce qu’est un faux dys­lexique… En re­vanche, je sais que plus les fa­milles, les or­tho­pho­nistes et les en­sei­gnants tra­vaillent main dans la main, mieux les en­fants en dif­fi­cul­té réus­sissent », ajoute Anne Par­tiot, la vice-pré­si­dente de l’As­so­cia­tion na­tio­nale des pa­rents d’en­fants dys­lexiques.

Et d’ex­hor­ter à « ne pas op­po­ser entre eux » l’école et les ca­bi­nets mé­di­caux. « On ne de­vient pas dys­lexique par la mé­thode de lec­ture qu’on étu­die, ex­plique-t-elle, pas plus qu’on ne de­vient myope à force de lire des mots écrits en rouge ou en bleu. »

De plus en plus de fa­milles amè­ne­raient leur en­fant consul­ter un or­tho­pho­niste.

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