« Vous al­lez voir... la pro­me­nade de Nice, c’était rien à cô­té »

L’au­teur de cette me­nace in­carne la dé­li­cate fron­tière entre ré­ponse pé­nale et psy­chia­trie.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAITS DIVERS - L’AVO­CAT DU PRÉ­VE­NU PASCALEÉGRÉ

« LA PLACE D’UN SCHI­ZO­PHRÈNE N’EST PAS EN PRI­SON »

pâle et calme, flotte dans un grand man­teau bleu. Dans le flux des com­pa­ru­tions im­mé­diates de la 23e chambre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris, il est « un cas » que le pré­sident tient, après huit pre­miers pré­ve­nus, à trai­ter avant les autres. « Il y a quand même un gros sou­ci avec ce dos­sier… », dé­bute le ma­gis­trat en feuille­tant le­dit dos­sier. Et d’in­di­quer qu’un ex­pert psy­chiatre, qui l’a exa­mi­né en garde à vue ven­dre­di, « a conclu à l’ir­res­pon­sa­bi­li­té pé­nale de ce mon­sieur ». L’avo­cat de l’in­té­res­sé sai­sit la balle au bond : « Je pense que le par­quet a fait du zèle… », avance Me­Thier­ry Mont­pel­lier. Les en­nuis ju­di­ciaires de Ja­mel, 43 ans, au­teur pré­su­mé de « me­naces » et adulte han­di­ca­pé men­tal sui­vi en psy­chia­trie de­puis 2009, com­mencent dé­but sep­tembre. Ces jours­là, cet an­cien agent en sé­cu­ri­té in­cen­die ,« en re­cru­des­cence dé­li­rante », écri­ra plus tard son psy­chiatre, pa­nique parce qu’il craint d’être ex­pul­sé du foyer où il est hé­ber­gé. Il va donc de­man­der de l’aide à une as­so­cia­tion d’ac­com­pa­gne­ment à la vie so­ciale. Mais les en­tre­vues tournent mal… Au point que Ja­mel, trem­blant, éructe et lâche cette vo­lée de phrases in­quié­tantes : « Faites at­ten­tion ! Vous al­lez voir ce que c’est que la rage ! La pro- me­nade de Nice, c’était rien à cô­té ! »

Sans doute apeu­rée par le conte­nu « ter­ro­riste » de ces pro­pos, l’as­so­cia­tion porte plainte. Le par­quet suit : Ja­mel est in­ter­pel­lé, chez lui, quelques jours après. Un pre­mier mé­de­cin dé­clare que sa garde à vue n’est pas com­pa­tible avec son état, au vu de ses troubles psy­chia­triques. Du coup, Ja­mel fait l’ob­jet d’une me­sure d’hos­pi­ta­li­sa­tion d’of­fice en psy­chia­trie. Il y reste deux mois. A sa sor­tie ven­dre­di der­nier, le voi­là re­pla­cé en garde à vue, où un se­cond mé­de­cin ob­serve ni plus ni moins que « l’abo­li­tion to­tale de son dis­cer­ne­ment ». Mais il n’est pas re­mis en li­ber­té : jour fé­rié oblige, Ja­mel passe deux jours en dé­ten­tion pro­vi­soire à Fresnes avant d’être pré­sen­té au tri­bu­nal. La pro­cu­reur pro­pose deux op­tions : « soit consi­dé­rer [la der­nière ex­per­tise psy­chia­trique] comme suf­fi­sante, soit ren­voyer en vue d’un autre exa­men ». L’avo­cat de Ja­mel pro­teste : « Je veux bien qu’on ait peur, deux ans après le 13 No­vembre, mais quels faits sont sou­mis ? Et qu’a fait le par­quet du­rant les deux mois où il était en soins ? Deux ex­per­tises qui disent la même chose ! » Il in­siste : « La place d’un schi­zo­phrène n’est pas en pri­son. »

Le tri­bu­nal a op­té pour le ren­voi de l’af­faire, dé­si­gné un nou­vel ex­pert, et dé­ci­dé de la re­mise en li­ber­té du pré­ve­nu. Ja­mel s’ex­pli­que­ra sur ses pro­pos, s’il le doit, le 20 dé­cembre. Me Da­niel Fel­lous, ré­fé­rent du bu­reau pé­nal du bar­reau de Pa­ris, ob­serve que ce cas n’est pas iso­lé : « D’autres per­sonnes souf­frant de troubles psy­chia­triques, pour avoir crié Al­la­hou ak­bar, sont in­ter­pel­lées puis hos­pi­ta­li­sées d’of­fice… La mul­ti­pli­ca­tion des pro­cé­dures ne ré­sout rien. La ré­ponse doit être psy­chia­trique. »

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