« Il y a une ur­gence ab­so­lue »

Les éta­blis­se­ments de nuit se disent désar­més face à cette drogue et en ap­pellent aux pou­voirs pu­blics.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAIT DU JOUR - PAR EL­SA MA­RI

À BORD du « Ro­sa Bon­heur sur Seine », les ba­dauds dé­gustent une bière. Un but au ba­by-foot pro­voque des cris hi­lares. Ça y est, c’est le prin­temps. Une cer­taine lé­gè­re­té règne dans la guin­guette flot­tante, amar­rée au port des In­va­lides. Mais, à une table, les vi­sages sont fer­més, les es­prits tra­cas­sés. « Il y a une ur­gence ab­so­lue, lâchent à l’unis­son les re­pré­sen­tants du col­lec­tif Ac­tion Nuit, grou­pe­ment de plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles de la nuit et de la mu­sique en France. On ne peut pas lais­ser les gens tom­ber sans ré­agir. »

Si au­cun in­ci­dent ne s’est pro­duit à bord du « Ro­sa sur Seine », Ch­ris­tophe Vix-Gras, l’un des as­so­ciés du lieu, Mi­chelle Cas­sa­ro, la di­rec­trice, et Frantz Stein­bach, vice-pré­sident du ré­seau des Mu­siques ac­tuelles à Pa­ris (MAP), nous ont don­né ren­dez-vous ici pour faire part de leur désar­roi face à la vague d’overdoses liées au GHB dans les clubs pa­ri­siens.

La liste des co­mas s’ac­cu­mule : trois au Rex Club, trois aux Nuits fauves et deux au Pe­tit Bain, dont un mort (lire ci-des­sous). Trop de cas en à peine quelques mois. Des noc­tam­bules qui trinquent à leur jeu­nesse, oui, mais pas qui fi­nissent sur des bran­cards. « Il y a une sorte de spi­rale in­fer­nale que l’on n’ar­rive pas à cas­ser », alerte Frantz Stein­bach. Consé­quence de ces drames, une fer­me­ture ad­mi­nis­tra­tive aux Nuits fauves, très mal per­çue, a été dé­ci­dée.

« ON CONTRÔLE DÉ­JÀ LES SACS À L’EN­TRÉE »

« Ce n’est pas le pro­blème des fer­me­tures, ré­agit Mi­chelle Cas­sa­ro. Le pro­blème, c’est qu’on perde d’autres jeunes. » Ch­ris­tophe Vix-Gras ac­quiesce : « On est très préoc­cu­pés. » Même si de nom­breuses drogues cir­culent dans le mi­lieu de la nuit (MDMA, co­caïne, ké­ta­mine, no­tam­ment), le nombre de co­mas, sur une pé­riode si courte, reste, se­lon le col­lec­tif, in­ex­pli­qué. Du ja­mais-vu même.

Alors, tous de­mandent l’aide des pou­voirs pu­blics. Plus de pré­ven­tion et d’in­for­ma­tion. C’est ce qu’a pro­mis hier le pré­fet de po­lice de Pa­ris. « Nous, on contrôle dé­jà les sacs à l’en­trée et on en­lève les bou­teilles d’eau dans les­quelles pour­rait se trou­ver du GHB », sou­ligne Mi­chelle Cas­sa­ro. Mais ils ont d’autres idées. « On vou­drait un sys­tème de dé­tec­tion à l’en­trée et à l’in­té­rieur, une sorte de scan­ner comme pour les dé­tec­teurs de mé­taux, sug­gère Ch­ris­tophe Vix-Gras. Il pa­raît que ça existe ! » Ils veulent aus­si l’or­ga­ni­sa­tion d’une grande table ronde, avec les as­so­cia­tions de ter­rain, les syn­di­cats et la Mis­sion in­ter­mi­nis­té­rielle de lutte contre les drogues.

Et en­fin une grande cam­pagne d’in­for­ma­tion lors­qu’une cir­cu­la­tion avé­rée de GHB se­ra re­pé­rée dans une ville, un dé­par­te­ment ou une ré­gion. Pour évi­ter d’autres dé­cès dans les clubs mais aus­si ailleurs, dans des soi­rées pri­vées, là où les drames sont plus si­len­cieux.

C’ÉTAIT VRAI­MENT DÉGUEULASSE, ÇA AVAIT UN GOÛT DE PRO­DUIT CHI­MIQUE, COMME DU WHITE-SPI­RIT THÉO, USA­GER

Pa­ris (VIIe), le 6 avril. Mi­chelle Cas­sa­ro

(à g.), Ch­ris­tophe Vix-Gras (au c.), tous deux du « Ro­sa Bon­heur sur Seine », et Frantz Stein­bach

(à d.), vice-pré­sident du ré­seau des Mu­siques ac­tuelles à Pa­ris, veulent évi­ter de « perdre d’autres jeunes ».

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