Le fret risque de dur­cir le mou­ve­ment des che­mi­nots

Le gou­ver­ne­ment et la di­rec­tion de la SNCF ont an­non­cé hier un pro­jet de fi­lia­li­sa­tion du fret fer­ro­viaire.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - ÉCONOMIE - VINCENT VÉRIER

VOI­LÀ UNE AN­NONCE qui ne va pas amé­lio­rer les re­la­tions entre les che­mi­nots et le gou­ver­ne­ment. Alors que ce soir à 19 heures, une par­tie des sa­la­riés de la SNCF en­ta­me­ront leur 7e jour de grève, le Pre­mier mi­nistre Edouard Phi­lippe a an­non­cé hier, lors d’une vi­site au port de Bon­neuil-sur-Marne (Val-deMarne), la pos­si­bi­li­té de fi­lia­li­ser la branche fret de la SNCF.

Un pro­jet confir­mé l’après­mi­di par la di­rec­tion de la com­pa­gnie. Et un nou­veau su­jet de dis­corde, qui vient s’ajou­ter à ce­lui de la fin du sta­tut pour les nou­veaux sa­la­riés et la trans­for­ma­tion de l’en­tre­prise pu­blique en so­cié­té ano­nyme à ca­pi­taux pu­blics.

« Ce gou­ver­ne­ment est com­plè­te­ment dé­com­plexé, constate Erik Meyer, se­cré­taire fé­dé­ral de SUD-Rail. Il ac­cu­mule les su­jets sen­sibles en se di­sant qu’il y en a bien un qui va pas­ser. » Les syn­di­cats s’in­quiètent de l’ave­nir des 6 000 che­mi­nots du fret. « A par­tir du mo­ment où vous êtes dans une fi­liale, les condi­tions de tra­vail des sa­la­riés changent, as­sure Erik Meyer. Tout est re­mis à plat. »

UNE OU­VER­TURE À LA CONCUR­RENCE LOUPÉE

Dans un com­mu­ni­qué, la CGTC­he­mi­nots dé­nonce une « nou­velle pro­vo­ca­tion » et de­mande au gou­ver­ne­ment de « sur­seoir à cette dé­ci­sion vio­lente ».

De­puis des mois, les syn­di­cats, bien in­for­més, avaient in­ter­ro­gé à de nom­breuses re­prises la di­rec­tion de la SNCF sur ce pro­jet de fi­lia­li­sa­tion. A chaque fois, l’en­tre­prise avait dé­men­ti. Alors pour­quoi main­te­nant ? « Il fal­lait at­tendre un dé­lai de dix ans après une pre­mière re­ca­pi­ta­li­sa­tion en 2006 par l’Etat qui avait ap­por­té 1,4 Md€, jus­ti­fie Alain Pi­card, di­rec­teur gé­né­ral de SNCF Lo­gis­tics. En 2016, il y a eu un mou­ve­ment so­cial. Mais sur­tout, le fret a be­soin de ce pro­jet. »

Pour le jus­ti­fier, di­rec­tion et gou­ver­ne­ment rap­pellent que le fret a cu­mu­lé de­puis dix ans une dette de 4,5 Mds€, qui gé­nère plus de 170 M€ d’in­té­rêts par an. Cette ar­doise s’est ac­cen­tuée dans le cadre de l’ou­ver­ture à la concur­rence du fret en 2006.

« Les maux étaient plus an­ciens, dé­fend Alain Pi­card. Ils re­montent à une qua­ran­taine d’an­nées. » En 1974, le fret fer­ro­viaire trans­por­tait 77 mil­liards de t/km, contre 40 en 2008 et 32 au­jourd’hui. « La France ne dis­pose pas d’une in­dus­trie lourde si im­por­tante que celle de l’Al­le­magne, comme la si­dé­rur­gie et la chi­mie », énu­mère Alain Pi­card. Au­tant de clients po­ten­tiels du fret fer­ro­viaire que la France ne pos­sède pas…

Reste que le di­ri­geant SNCF Lo­gis­tics re­con­naît aus­si une ou­ver­ture à la concur­rence loupée : « Nous n’étions pas prêts à l’af­fron­ter. Nous avions trop de sa­la­riés et de moyens par rap­port aux vo­lumes à trans­por­ter. De ce fait, nous étions trop chers. » Un échec du fret ré­gu­liè­re­ment rap­pe­lé par les syn­di­cats pour dé­non­cer l’ou­ver­ture pro­chaine à la concur­rence du trans­port de voya­geurs.

Cette nou­velle fi­liale, qui dev­rait voir le jour en 2020 et dont le nom n’est pas connu, dev­rait être dé­bar­ras­sée de sa dette. « Est-ce qu’elle res­te­ra chez SNCF Mo­bi­li­té ? in­ter­roge Alain Pi­card. On ne sait pas en­core. Mais quand le fret se­ra dé­bar­ras­sé de sa dette, il pour­ra se mo­der­ni­ser », ré­pète le pa­tron de la branche fret de la SNCF.

“À PAR­TIR DU MO­MENT OÙ VOUS ÊTES DANS UNE FI­LIALE, LES CONDI­TIONS DE TRA­VAIL DES SA­LA­RIÉS CHANGENT ERIK MEYER, SE­CRÉ­TAIRE FÉ­DÉ­RAL DE SUD-RAIL

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