« On a fait énor­mé­ment de pro­grès »

Pro­fes­seur Lan­tie­ri, qui a réa­li­sé huit greffes du vi­sage, dont celles de Jé­rôme Ha­mon

Le Parisien (Hauts de Seine) - - SOCIÉTÉ - E.M.

DANS LE MONDE, seules 44 greffes de la face ont été réa­li­sées jus­qu’à au­jourd’hui. Et par­mi elles, 4 per­sonnes étaient at­teintes de neu­ro­fi­bro­ma­tose, aus­si ap­pe­lée ma­la­die de Re­ck­lin­ghau­sen ou, à tort, syn­drome d’Ele­phant Man. « Cette pro­por­tion est énorme », sou­ligne le chi­rur­gien Laurent Lan­tie­ri. C’est à l’équipe du pro­fes­seur Ber­nard De­vau­chelle, du centre hos­pi­ta­lier d’Amiens, que l’on doit la pre­mière greffe du vi­sage en 2005. Cette an­née-là, Isa­belle Di­noire, dé­fi­gu­rée dans son som­meil par son chien, re­trou­vait une bouche, un nez, un re­gard, une di­gni­té. Mais en 2016, la pa­tiente est dé­cé­dée des suites d’une « longue ma­la­die ». Ac­tuel­le­ment, cette in­ter­ven­tion re­lève de l’ex­cep­tion. Le pro­fes­seur Lan­tie­ri, lui, en a réa­li­sé huit de­puis 2007, les deux de Jé­rôme com­prises. « On a fait énor­mé­ment de pro­grès, on a plus de re­cul et on sait au­jourd’hui ce qu’il faut faire et ne faut pas faire. »

RE­COURS AU VER MA­RIN

La trans­plan­ta­tion de Jé­rôme té­moigne de l’une de ces avan­cées : le chi­rur­gien a uti­li­sé un ad­di­tif, ex­trait d’hé­mo­glo­bine de ver ma­rin, pour le gref­fon, ha­bi­tuel­le­ment conser­vé dans un li­quide stan­dard. « Cet ani­mal capte son oxy­gène à ma­rée haute et vit sur ses ré­serves à ma­rée basse », ex­plique Laurent Lan­tie­ri. Ain­si, le gref­fon a pu être mieux conser­vé et être ali­men­té en per­ma­nence en oxy­gène. Une pre­mière.

Mais comment fonc­tionne le don d’or­gane ? L’Agence de la bio­mé­de­cine ré­gule les dons et vé­ri­fie la com­pa­ti­bi­li­té avec les re­ce­veurs. Le prin­ci­pal risque post­opé­ra­toire ? Celle du re­jet par le corps. C’est pour ce­la que le pa­tient doit suivre un trai­te­ment à vie et évi­ter cer­tains mé­di­ca­ments et ali­ments. La loi fran­çaise consi­dère que tout le monde est don­neur, sauf si un re­fus a été si­gna­lé par écrit avant le dé­cès. « Mais la lé­gis­la­tion n’a pas for­cé­ment pen­sé aux or­ganes ex­ternes », ex­plique le pro­fes­seur Lan­tie­ri. Alors, ques­tion d’éthique, il réa­lise, au­to­ma­ti­que­ment, un mou­lage du vi­sage à ce­lui à qui on vient de le re­ti­rer. Même chose pour les mains, rem­pla­cées par des pro­thèses. « Je tiens à ce qu’on res­pecte les morts. »

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