Dites doc­teur, je peux conduire ?

Se­lon une étude de la Pré­ven­tion rou­tière que nous ré­vé­lons, trois quarts des pro­fes­sion­nels de san­té pensent avoir un rôle à jouer pour ai­der leurs pa­tients à conduire en sé­cu­ri­té.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - SOCIÉTÉ - PAR ÉMI­LIE TORGEMEN

“LES MÉ­DE­CINS DOIVENT ÊTRE CA­PABLES DE CONSEILLER D’AR­RÊ­TER LA VOI­TURE LE TEMPS DE CHAN­GER DE LU­NETTES Pr DA­MIEN LÉ­GER

STA­TIS­TI­QUE­MENT, LES CONDUC­TEURS ÂGÉS NE SONT PAS UNE CA­TÉ­GO­RIE DAN­GE­REUSE ANNE LAVAUD, DE LA PRÉ­VEN­TION ROU­TIÈRE

POUR SON PRE­MIER rhume des foins, Béa­trice s’est vu pres­crire des an­ti­his­ta­mi­niques. « Il y avait bien un pic­to­gramme rouge avec l’ins­crip­tion Ne pas conduire, mais je ne l’avais pas vu ou je ne l’avais pas cru », confie-telle. C’est comme ça qu’elle s’est as­sou­pie au vo­lant à 120 km/h sur l’au­to­route. Rien de cas­sé mais une grosse frayeur.

« Dans ces cas, comme lors de ma­la­dies ch­ro­niques ou de dé­fi­ciences vi­suelles, les mé­de­cins sont un maillon es­sen­tiel pour aler­ter leurs pa­tients », es­time Anne Lavaud, de la Pré­ven­tion rou­tière. Son as­so­cia­tion, en par­te­na­riat avec la mu­tuelle MACSF, a réa­li­sé une étude au­près de pro­fes­sion­nels de san­té, dont nous ré­vé­lons les ré­sul­tats (voir in­fo­gra­phie ci-contre). Elle pu­blie en pa­ral­lèle 21 fiches pra­tiques sous forme de bro­chure ou de site Web pour ai­der les blouses blanches. « L’ob­jec­tif n’est pas de faire re­non­cer à la conduite mais de per­mettre de se dé­pla­cer en sé­cu­ri­té », in­siste-t-elle.

PAS D’OBLI­GA­TION POUR LE MÉ­DE­CIN

Les pro­fes­sion­nels de san­té es­timent à 77 % avoir un rôle in­dis­pen­sable, mais ils doivent sou­vent trou­ver un « équi­libre sub­til », se­lon les mots du pro­fes­seur Da­mien Lé­ger, qui a par­ti­ci­pé à la bro­chure. Si les pra­ti­ciens peuvent être consi­dé­rés res­pon­sables pour dé­faut d’in­for­ma­tion, ils n’ont pas le droit de si­gna­ler leurs pa­tients aux au­to­ri­tés. Ils sont te­nus au se­cret mé­di­cal. « Dans les faits, les mé­de­cins éva­luent dans quelles condi­tions leurs pa­tients peuvent conduire. Ils doivent aus­si être ca­pables de leur conseiller d’ar­rê­ter la voi­ture, le temps de chan­ger de lu­nettes ou de trou­ver le bon mé­di­ca­ment », pointe le pro­fes­seur. Le tout avec tact et per­sua­sion. Car, in fine, c’est au conduc­teur de contac­ter un mé­de­cin agréé par la pré­fec­ture pour faire an­nu­ler son per­mis dans le cas ex­trême d’une in­ca­pa­ci­té dé­fi­ni­tive (pour cause de perte de la vi­sion, de trai­te­ment à vie aux an­xio­ly­tiques, etc.). At­ten­tion : un conduc­teur qui ne se si­gna­le­rait pas se­rait consi­dé­ré comme res­pon­sable en cas d’ac­ci­dent.

LA SOM­NO­LENCE À SUR­VEILLER

La fa­tigue est res­pon­sable d’un ac­ci­dent mor­tel sur trois sur au­to­route. « Un bon dé­but est d’in­ter­ro­ger ses pa­tients sur leurs an­té­cé­dents d’en­dor­mis­se­ment au vo­lant, rap­pelle Da­mien Lé­ger qui di­rige le centre du som­meil de l’Hô­tel-Dieu à Pa­ris (IVe). S’être dé­jà en­dor­mi mul­ti­plie par huit le risque de s’en­dor­mir à nou­veau. »

Les causes sont nom­breuses, nuits trop courtes (moins de six heures par vingt-quatre heures), mé­di­ca­ments, in­som­nie. Mais il faut aus­si pen­ser à l’apnée du som­meil. Cette af­fec­tion as­sez com­mune qui touche jus­qu’à 10 % de la po­pu­la­tion n’in­ter­dit pas le vo­lant ad vi­tam. « On re­com­mande sou­vent d’ar­rê­ter de conduire trois mois, le temps de vé­ri­fier que le trai­te­ment marche », ras­sure le pro­fes­seur Lé­ger.

ET AVEC LES PER­SONNES ÂGÉES ?

Pa­py a 75 ans. Au­tant sa voi­ture lui est pré­cieuse, au­tant sa fa­çon de conduire in­quiète toute la fa­mille. « Sta­tis­ti­que­ment, les conduc­teurs âgés ne sont pas une ca­té­go­rie dan­ge­reuse, rap­pelle Anne Lavaud. S’ils meurent plus nom­breux, c’est sur­tout en tant que pié­tons, vic­times d’au­to­mo­bi­listes plus jeunes. » Pour les mé­de­cins, le prin­ci­pal en­jeu avec leurs pa­tients âgés est de pré­ser­ver leur au­to­no­mie dans les meilleures condi­tions.

Le guide de la Pré­ven­tion rou­tière donne aux gé­né­ra­listes sept gestes simples pour éva­luer l’ap­ti­tude à conduire. « Les re­com­man­da­tions dé­li­vrées pen­dant la consul­ta­tion per­mettent en­suite aux pa­tients d’im­po­ser des règles à l’en­tou­rage », si­gnale Da­mien Lé­ger. Pa­py se fe­ra ain­si plus fa­ci­le­ment in­vi­ter pour le dé­jeu­ner en fa­mille qu’au dî­ner. Parce qu’il ne voit plus bien au cré­pus­cule. Et per­sonne n’y trou­ve­ra rien à re­dire, puisque c’est le mé­de­cin qui l’a conseillé !

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.