Les confi­dences d’un consom­ma­teur

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAIT DU JOUR - E.M.

SA PRE­MIÈRE FOIS, c’était il y a cinq ans, dans un ap­par­te­ment. « Si tu veux, j’ai du GHB », lui lance alors un co­pain qu’il fré­quente de­puis peu. A 25 ans, Théo*, cu­rieux, a dé­jà tes­té pas mal de drogues. Celle-là, il le sait, « est as­sez dan­ge­reuse ». Mais il a en­vie d’es­sayer. Et s’il ac­cepte, c’est aus­si parce que le jeune homme qui lui pro­pose est… anes­thé­siste. « Je me suis dit qu’il sau­rait le do­ser, ça m’a ras­su­ré. »

Les deux amants di­luent alors quelques mil­li­litres dans un so­da. Et l’avalent. « C’était vrai­ment dégueulasse, ça avait un goût de pro­duit chi­mique, comme du white-spi­rit. » Dix mi­nutes plus tard, ses sens s’éveillent, mê­lés à des bouf­fées de cha­leur. Une cer­taine eu­pho­rie s’em­pare de lui. « C’était très dés­in­hi­bant. Ça aug­mente très for­te­ment le dé­sir et la per­for­mance. Mais il faut vrai­ment no­ter l’heure à la­quelle tu en prends, parce que ça dé­forme ta per­cep­tion du temps. » C’est là le piège. S’il ne faut sur­tout pas mé­lan­ger GHB et al­cool, cer­tains s’au­to­risent vite un verre, pen­sant qu’il s’est écou­lé des heures. « Là, c’est la ca­tas­trophe, tu peux fi­nir dans le co­ma », pré­vient-il.

Le len­de­main, la des­cente est dure. Théo se ré­veille, la tête lourde, comme après « une grosse cuite ». « J’ai quand même trou­vé ça plu­tôt cool et j’en ai consom­mé plu­sieurs fois avec lui. »

Quelques mois plus tard, Théo en prend à nou­veau, avec un co­pain. Son ami a bu un peu de whis­ky. « Je lui ai dé­con­seillé mais il ne m’a pas écou­té. » Le jeune se met à bal­bu­tier et s’en­dort comme « une masse » sur le ca­na­pé. Théo pa­nique. « Il s’est fi­na­le­ment ré­veillé le len­de­main, mais j’ai eu peur. » Ce ne se­ra pas la seule fois.

UN CA­MA­RADE S’ÉCROULE : « IL NE BOUGEAIT PLUS, IL ÉTAIT TRÈS PÂLE »

Un jour, un de ses amis à Bruxelles se met sou­dain à en­chaî­ner les pe­tits ma­laises. Un autre jour, lors d’un fes­ti­val tech­no en Croa­tie, Théo sym­pa­thise avec un groupe de fê­tards, « en per­ma­nence sous GHB ». Tout à coup, l’un d’eux s’écroule. « Je l’ai vu, il ne bougeait plus, il était très pâle. » Le jeune homme s’en sor­ti­ra. Théo évite d’en prendre en soi­rée, où l’al­cool coule à flots, « pour évi­ter les co­mas ».

L’ex­plo­sion du nombre de ma­laises ne l’étonne pas. « Le GHB ne coûte pas cher et ceux qui en prennent ne se consi­dèrent pas comme des dro­gués. C’est pa­ra­doxal. » Reste aus­si le pro­blème du do­sage qui fait flan­cher les corps. Théo le re­con­naît : « C’est vrai­ment dan­ge­reux, si tu dé­passes la li­mite, ça peut très mal se fi­nir ! » * Le pré­nom a été chan­gé.

L’ef­fet dés­in­hi­bant du GHB est re­cher­ché par les fê­tards (pho­to d’il­lus­tra­tion).

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