Li­mo­nest : le scé­na­rio mor­bide se pré­cise

La mère des deux fillettes re­trou­vées mortes di­manche a été dé­fé­rée hier soir et mise en exa­men.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - LA UNE - JÉ­RÉ­MIE PHAM-LÊ

Je pense que Dja­mi­la est à l’ori­gine de la mort des en­fants. » Voi­là ce qu’a dé­cla­ré, se­lon nos in­for­ma­tions, le père des deux fillettes de 3 et 5 ans re­trou­vées mortes di­manche dans un lo­ge­ment de fonc­tion de la ca­serne de gen­dar­me­rie de Li­mo­nest (Rhône). Ro­main B., sous-of­fi­cier de gen­dar­me­rie, a dé­crit sa com­pagne comme « bi­po­laire et dé­pres­sive » aux en­quê­teurs.

C’est dé­sor­mais la thèse de l’in­fan­ti­cide qui est pri­vi­lé­giée. Hier soir, Dja­mi­la E., ven­deuse de cos­mé­tiques de 38 ans, a été mise en exa­men pour « as­sas­si­nats » et pla­cée en dé­ten­tion pro­vi­soire, confor­mé­ment aux ré­qui­si­tions du par­quet de Lyon.

Lors de ses sept au­di­tions, d’abord à l’uni­té psy­chia­trique où elle avait été ad­mise, puis dans les lo­caux de la sec­tion de re­cherches de Lyon, la mère a li­vré des ex­pli­ca­tions évo­lu­tives et contra­dic­toires », confie un proche de l’af­faire. Les gen­darmes pensent qu’elle a tué ses deux filles par ven­geance : elle n’au­rait pas sup­por­té sa sé­pa­ra­tion avec Ro­main B., ab­sent au mo­ment des faits.

L’au­top­sie ain­si que les ana­lyses toxi­co­lo­giques n’ont pas per­mis d’éta­blir les causes de la mort des deux soeurs. Mais du sang a été dé­ce­lé dans leurs pou­mons. Dans l’at­tente d’ex­per­tises plus pous­sées, les hy­po­thèses d’une as­phyxie ou d’une in­toxi­ca­tion sont en­vi­sa­gées. Lors de sa garde à vue, Dja­mi­la E. a été confron­tée à son frère et à sa belle-soeur, qui ont émis de forts soup­çons à son en­contre. Ces der­niers ra­content lui avoir ren­du vi­site de fa­çon in­opi­née le di­manche ma­tin, alors qu’elle les avait dis­sua­dés de ve­nir. « Ils ra­content qu’elle a mis du temps à leur ou­vrir la porte et qu’ils ont été frap­pés par une odeur pes­ti­len­tielle, ex­plique un proche de l’en­quête. Elle pré­tend que ses filles ont une gas­tro-en­té­rite. »

Ses proches sont in­tri­gués par « son com­por­te­ment anor­mal ». Dans l’ap­par­te­ment, ils n’ont l’au­to­ri­sa­tion de voir que la plus âgée des filles : celle-ci est mal en point et ne ré­pond pas quand ils lui parlent. Elle suc­com­be­ra vers 17 heures, à l’ar­ri« vée des pom­piers, d’un ar­rêt car­dio­res­pi­ra­toire. L’au­top­sie ré­vèle que sa pe­tite soeur est morte dans la nuit. Pour ex­pli­quer son ab­sence, Dja­mi­la E. pré­tend que celle-ci dort dans une autre chambre. En fin de jour­née, elle ex­plique, af­fo­lée, qu’elle ne par­vient pas à ré­veiller ses en­fants et donne l’alerte. Avant d’être hos­pi­ta­li­sée dans un état de choc.

ELLE AVAIT VEN­DU LES JOUETS DE SES EN­FANTS

In­ter­ro­gé, le frère de Dja­mi­la E. évoque la per­son­na­li­té fra­gile de sa soeur et « sa re­la­tion fu­sion­nelle avec ses en­fants ». « Au vu de ce qu’il sa­vait des dif­fi­cul­tés du couple, il pense que Dja­mi­la E. a com­mis l’ir­ré­pa­rable et comp­tait en­suite se don­ner la mort mais que sa vi­site a cham­bou­lé le pro­gramme », re­late la même source. Autre dé­tail trou­blant : des té­moins ont aper­çu la mère vendre des « jouets et des vê­te­ments d’en­fants » le ven­dre­di, comme si elle avait pla­ni­fié son acte. Ces der­niers l’ont dé­crite « dans un état se­cond ».

Les ana­lyses toxi­co­lo­giques ont mis en évi­dence « un fort taux d’acé­tone » dans le sang de Dja­mi­la E. le jour du drame, com­pa­tible avec une consom­ma­tion ex­ces­sive d’al­cool. De­vant les en­quê­teurs, elle a contes­té toute res­pon­sa­bi­li­té dans la mort de ses en­fants. Des ex­per­tises psy­chia­triques vont être or­don­nées.

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