San­chez, l’Es­pa­gnol qui fait rê­ver le PS

Pen­dant que les so­cia­listes fran­çais sont au ta­pis, leurs ca­ma­rades es­pa­gnols di­rigent le gou­ver­ne­ment. Grâce à leur lea­der, qui a ou­vert les bras aux ré­fu­giés de l’« Aqua­rius ».

Le Parisien (Hauts de Seine) - - POLITIQUE - PAR PHI­LIPPE MARTINAT

QUAND IL RELÈVE LE NEZ de ses car­tons de dé­mé­na­ge­ment, Oli­vier Faure, le nou­veau pa­tron du PS, re­garde vers le Sud. De l’autre cô­té des Py­ré­nées, un homme neuf et jeune comme lui, pa­tron comme lui aus­si d’un Par­ti so­cia­liste à bout de souffle, vient de mar­quer un but en pleine lu­carne sur le ter­rain po­li­tique es­pa­gnol. Bien que n’étant plus dé­pu­té et à la tête d’un par­ti mi­no­ri­taire au Par­le­ment, Pe­dro San­chez, 46 ans, a réus­si à faire tom­ber le 1er juin sur une mo­tion de cen­sure l’in­sub­mer­sible lea­der de la droite ibé­rique, Ma­ria­no Ra­joy.

A peine ins­tal­lé dans le fau­teuil de pré­sident du gou­ver­ne­ment, voi­là que le match s’em­balle ! Lun­di, alors que toute l’Eu­rope re­fuse de re­ce­voir les 629 mi­grants en­tas­sés dans l’« Aqua­rius », Pe­dro San­chez an­nonce que l’Es­pagne offre son hos­pi­ta­li­té.

Deux jours plus tard, le chef du gou­ver­ne­ment af­fronte sur le plan in­té­rieur une af­faire dé­li­cate : les mé­dias ont ré­vé­lé que son mi­nistre de la Cul­ture et des Sports, Maxim Huer­ta, un an­cien pré­sen­ta­teur de té­lé­vi­sion, a su­bi un lourd re­dres­se­ment fis­cal après s’être sous­trait à l’im­pôt. Por­té au pou­voir sur son com­bat an­ti­cor­rup­tion, San­chez tranche très vite. Six jours après sa no­mi­na­tion, le mi­nistre dé­mis­sionne et est aus­si­tôt rem­pla­cé dans le gou­ver­ne­ment le plus fé­mi­nin du monde, qui compte six mi­nistres hommes et onze femmes. LA « CAUSE PER­DUE » D’ANNE HI­DAL­GO Pas de quoi dé­mo­ra­li­ser le jeune co­losse de 1,90 m, père de deux pe­tites filles. Gran­di dans une fa­mille so­cia­liste as­sez ai­sée et ti­tu­laire d’un mas­ter en éco­no­mie po­li­tique eu­ro­péenne, il s’est construit dans l’ad­ver­si­té et en ac­cu­mu­lant une im­pres­sion­nante sé­rie de re­vers. « Un cer­tain nombre de per­sonnes m’ont dit : Tu aimes les causes per­dues », ri­gole Anne Hi­dal­go, An­da­louse d’ori­gine, qui avait re­pé­ré très tôt, et sou­te­nu, le jeune es­poir es­pa­gnol. « Il est so­lide, sé­rieux, pas ma­ni­pu­la­teur ni cal­cu­la­teur », juge la maire de Pa­ris.

D’abord pous­sé à l’as­saut de la di­rec­tion du par­ti — pour faire di­ver­sion — par la pa­tronne de la ré­gion An­da­lou­sie, la so­cia­liste Su­sa­na Diaz, San­chez s’est cas­sé les dents plu­sieurs fois. Après s’être fi­na­le­ment im­po­sé en 2014 dans une pri­maire in­terne, il est dé­bar­qué quelques mois plus tard par les ba­rons du PSOE (Par­ti so­cia­liste ou­vrier es­pa­gnol), qui lui par­donnent mal d’avoir re­fu­sé de faire al­lé­geance. « Je ne suis et ne se­rai fi­dèle qu’aux mi­li­tants », ré­plique San­chez.

Plus tard, il pré­fère dé­mis­sion­ner de son poste de dé­pu­té plu­tôt que de suivre les consignes du par­ti afin de per­mettre à Ma­ria­no Ra­joy de for­mer un nou­veau gou­ver­ne­ment. « Un geste cou­ra­geux, note Hi­dal­go. Je l’ai ap­pe­lé pour lui dire que si un jour il avait be­soin de moi, je se­rais là. » La maire de Pa­ris tien­dra pa­role en s’af­fi­chant à ses cô­tés lors d’un mee­ting à Sé­ville clô­tu­rant sa se­conde cam­pagne pour la re­con­quête du par­ti.

En mai 2017, Ga­brielle Si­ry, au­jourd’hui porte-pa­role du PS, as­siste elle aus­si à un mee­ting en plein air de San­chez dans la cour d’une an­cienne usine à Bar­ce­lone : « Il a une fibre so­ciale très pro­non­cée tout en maî­tri­sant le cadre éco­no­mique. Et comme Oli­vier Faure, il veut re­nou­ve­ler les pra­tiques po­li­tiques et dé­pas­ser les vieux cou­rants. » Et si l’ins­pi­ra­tion ve­nait du Sud ?

Ma­drid (Es­pagne), le 1er juin. Pe­dro San­chez, lea­der du Par­ti so­cia­liste es­pa­gnol, a fait tom­ber Ma­ria­no Ra­joy sur une mo­tion de cen­sure.

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