Des dé­tec­tives dé­masquent ses bour­reaux

La sau­vage agres­sion d’un plan­teur de canne à sucre de la Réunion en 2011 vient d’être élu­ci­dée grâce au tra­vail d’en­quête d’une agence de dé­tec­tives pri­vés.

Le Parisien (Oise) - - ACTUALITÉ - Saint-Pierre (la Réunion) De notre cor­res­pon­dant Ni­co­las Ala­gui­ris­sa­my, agri­cul­teur SÉ­BAS­TIEN GI­GNOUX

PLAN­TEUR DE CANNE à sucre, Ni­co­las Ala­gui­ris­sa­my a bien cru mou­rir le 10 août 2011. Ce jour-là, deux hommes sur­gis d’une voi­ture le rouent de coups de barres de fer — des di­zaines —, le lais­sant pour mort de­vant les grilles de son dé­pôt à Saint-Pierre, dans le sud de l’île. Ses agres­seurs en­fuis, il par­vient à se re­le­ver et à don­ner l’alerte. « J’ai com­men­cé à écrire un mi­ni-tes­ta­ment mal­gré le sang qui cou­lait dans mes yeux », se sou­vient-il, énu­mé­rant les graves bles­sures re­çues à la tête et aux jambes qui l’ont cloué au lit du­rant des mois.

Cette sau­vage agres­sion a bien failli res­ter im­pu­nie, la po­lice n’étant ja­mais par­ve­nue à en iden­ti­fier les au­teurs. Trois ans après les faits, l’information ju­di­ciaire ou­verte pour ten­ta­tive d’as­sas­si­nat s’est close sur un non-lieu.

Mais, obs­ti­né, l’ex-pré­sident des Jeunes Agri­cul­teurs va tout faire pour rou­vrir l’en­quête. « J’avais peur que ces gens re­viennent fi­nir le tra­vail. Alors j’ai ap­pe­lé une agence de dé­tec­tives. J’étais si mé­fiant que je leur ai don­né ren­dez-vous dans un lieu pu­blic, en fai­sant at­ten­tion à ne pas être sui­vi », pour­suit l’ex­ploi­tant agri­cole. C’était en mars 2014.

Jean-Claude Pen­ni­no, pa­tron du ca­bi­net CIRS, ac­cepte de me­ner son en­quête. « On a tout re­pris de zé­ro », confie cet an­cien gen­darme. Consta­ta­tions, si­mu­la­tion sur les lieux, en­quête de voi­si­nage, des­crip­tion de l’en­vi­ron­ne­ment de la vic­time, les six en­quê­teurs de l’agence usent de toutes les tech­niques que la loi au­to­rise à leur pro­fes­sion. Deux ou trois pistes se des­sinent. « Au bout de quelques mois, après avoir en­ten­du une cin­quan­taine de per­sonnes, on avait ci­blé le mi­lieu d’où ve­naient les agres­seurs, ce­lui des agents de sé­cu­ri­té. Ain­si qu’un pro­bable com­man­di­taire », ra­conte l’en­quê­teur. Con­trai­re­ment aux po­li­ciers, les dé­tec­tives ne peuvent pro­cé­der à des écoutes té­lé­pho­niques ou à des in­ter­pel­la­tions. Mais ils ont du temps, et des in­dics. En mai der­nier, l’un d’eux se manifeste. Au cours d’une soi­rée bien ar­ro­sée, il a en­ten­du l’un des sus­pects ci­blés

« J’avais peur que ces gens re­viennent

fi­nir le tra­vail »

par les pri­vés lâ­cher quelques confi­dences…

Dos­sier des pri­vés en main, Ni­co­las Ala­gui­ris­sa­my se rend chez le pro­cu­reur, qui dé­cide de rou­vrir l’en­quête. Elle vient de don­ner lieu à trois in­ter­pel­la­tions : deux gros bras du nord de l’île et le com­man­di­taire. Un voi­sin de Ni- co­las Ala­gui­ris­sa­my, avec le­quel il était en litige au su­jet d’un ter­rain. Les trois hommes ont re­con­nu leur im­pli­ca­tion. Ils ont été mis en exa­men pour vio­lences ag­gra­vées en bande or­ga­ni­sée et pla­cés sous contrôle ju­di­ciaire.

« Il est très rare qu’on ar­rive à rou­vrir un dos­sier, mais ça prouve qu’on est utiles à autre chose que suivre les ma­ris vo­lages », se fé­li­cite Jean-Claude Pen­ni­no. Quant à Ni­co­las Ala­gui­ris­sa­my, il peut enfin souf­fler : « Je me sens à nou­veau en li­ber­té. Il ne faut ja­mais déses­pé­rer. » Une quête de vé­ri­té qui lui a coû­té en­vi­ron 15 000 €.

Ni­co­las Ala­gui­ris­sa­my n’était pas en paix : ses agres­seurs, qui l’avaient lais­sé pour mort en 2011, n’étaient tou­jours pas iden­ti­fiés en 2014. Il a fait ap­pel à une agence de dé­tec­tives, dont le tra­vail a per­mis la réou­ver­ture du dos­sier et...

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