Ici, le mé­tro fait son ci­né­ma

La RATP a ou­vert au pu­blic sa sta­tion de mé­tro désaf­fec­tée en­tiè­re­ment ré­ser­vée aux tour­nages.

Le Parisien (Oise) - - LOISIRS - PAR GRÉ­GO­RY PLESSE

LA STA­TION EST EN­TIÈ­RE­MENT AMÉNAGEABLE : ON PEUT Y METTRE DU MO­BI­LIER PLUS RÉ­CENT, CHAN­GER LES PLAQUES… KA­RINE LEHONGRE-RI­CHARD, LA RES­PON­SABLE DES TOUR­NAGES À LA RATP

C’est der­rière une ba­nale porte blanche sans au­cun signe dis­tinc­tif, dans les cou­loirs de la sta­tion Por­tedes-Li­las, que se trouve l’un des lieux les plus pri­sés des réa­li­sa­teurs : une sta­tion de mé­tro qui n’a pas ac­cueilli le moindre voya­geur de­puis la fin des an­nées 1920. Mais qui, de­puis plus de qua­rante ans, sert de dé­cor aux met­teurs en scène en tout genre.

Im­pos­sible, quand on y pé­nètre, de ne pas être as­sailli par des scènes de films qui vous re­viennent en flash-back : Amé­lie Pou­lain don­nant une pièce à un vieil aveugle et son tour­ne­disque d’où s’échappe une chan­son d’Edith Piaf, Mi­chel Blanc es­sayant de ga­gner quelques pièces en jouant de la gui­tare dans « Marche à l’ombre », ou en­core Di­dier Bour­don, qui fraude sans s’en rendre compte dans « les Rois mages ».

« Avec la tour Eif­fel, le mé­tro est le lieu par ex­cel­lence qui per­met de si­tuer l’ac­tion d’un film à Pa­ris, c’est pour ça que nous sommes tant sol­li­ci­tés », sou­ligne Ka­rine Lehongre-Ri­chard, la res­pon­sable des tour­nages à la RATP. Dès 1936, des scènes de « mé­tro­po­li­tain » ont été tour­nées dans les en­trailles pa­ri­siennes. De­puis, les tour­nages se sont en­chaî­nés, comme « Peur sur la ville » (1975), avec Jean-Paul Bel­mon­do, ou des sé­ries té­lé­vi­sées, comme « Juste un re­gard » ou « Com­mis­saire Mou­lin ».

Chaque an­née, une soixan­taine de tour­nages s’y dé­roulent, dont cinq à dix dans la sta­tion du ci­né­ma de la porte des Li­las. Avec ses pa­rois en faïence, ses bancs en bois et la pe­tite ca­bine du chef de sta­tion, elle nous re­plonge quelques dé­cen­nies en ar­rière. « C’est par­fait pour les films d’époque mais la sta­tion est en­tiè­re­ment aménageable : on peut y mettre du mo­bi­lier plus ré­cent, chan­ger les plaques de nom, ain­si que les grands pan­neaux quatre par trois, cou­verts d’un fond vert, sur les­quels on peut in­crus­ter des images de syn­thèse », dé­taille Ka­rine.

La sta­tion du ci­né­ma a éga­le­ment l’avan­tage de pou­voir ac­cueillir des rames de dif­fé­rentes époques, dont les my­thiques Sprague-Thom­son, qui ont cir­cu­lé jusque dans les an­nées 1980. La RATP met éga­le­ment du per­son­nel à la dis­po­si­tion des équipes de tour­nage, no­tam­ment des conduc­teurs de mé­tro. « Nous n’avons au­cun mal à trou­ver des vo­lon­taires », sou­rit Ka­rine, qui évoque le tour­nage d’une scène du « Nom des gens », où Sa­ra Fo­res­tier ar­rive sur le quai du mé­tro en­tiè­re­ment nue. « Les conduc­teurs étaient ra­vis ! »

BIR-HAKEIM GARDE LA COTE

La sta­tion fan­tôme des Li­las est celle qui offre le plus de confort pour les tour­nages. Mais c’est la par­tie aé­rienne de la ligne 6, avec vue sur la tour Eif­fel, qui est de loin la plus de­man­dée. Dans ce cas, les pro­duc­tions doivent fil­mer la nuit, entre 1 heure et 5 heures du ma­tin, équipes com­man­dos de 5 à 10 per­sonnes maxi­mum. Et dès ma­tines, la RATP re­trouve sa mis­sion pre­mière : trans­por­ter des voya­geurs.

Pa­ris (XIXe), hier. Des chan­ceux ont pu vi­si­ter cette sta­tion désaf­fec­tée qui, avec son mo­bi­lier tra­di­tion­nel et ses grands pan­neaux verts, at­tire les tour­nages les plus di­vers, fran­çais ou étran­gers.

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