Ma­cron a sa boîte à ou­tils pour les quar­tiers

Le chef de l’Etat re­fuse l’idée d’un énième plan Mar­shall mais pro­pose une sé­rie de me­sures en fa­veur des ban­lieues dé­fa­vo­ri­sées.

Le Parisien (Oise) - - POLITIQUE - PAR MYRIAM ENCAOUA

AU­RAIT-IL (en­fin) pris la me­sure de l’ur­gence ? Un mois après le cri d’alarme lan­cé à Gri­gny par 150 maires de ban­lieue et alors qu’il est taxé par ses ad­ver­saires de « pré­sident des riches », Em­ma­nuel Ma­cron s’est ap­pli­qué à pour­fendre cette image qui lui colle à la peau. Près d’une heure et de­mie du­rant, face à un par­terre d’élus nor­distes et de res­pon­sables d’as­so­cia­tions, le chef de l’Etat a don­né sa vi­sion de la politique de la ville à Tour­coing. Point de nou­veau plan Mar­shall, jure le chef de l’Etat, ni de « politique spé­ci­fique » pour ces ter­ri­toires, mais une nou­velle mé­thode s’ap­puyant sur les ac­teurs de ter­rain. « Je veux que les vi­sages de nos quar­tiers aient chan­gé d’ici la fin du quin­quen­nat, lance-t-il, on au­ra réus­si quand il n’y au­ra plus be­soin d’uti­li­ser l’ex­pres­sion politique de la ville. »

RE­NOUER LES LIENS

De l’am­bi­tion et du souffle à la me­sure des at­tentes ? La « bru­ta­li­té » des coups de ra­bot sur l’APL et la sup­pres­sion des em­plois ai­dés ont lais­sé les élus si­dé­rés… Il fal­lait bien ces deux jours de dé­pla­ce­ment en Seine-Saint-De­nis et dans les Hauts-de-France ain­si que de longues heures de di­plo­ma­tie en cou­lisses pour re­nouer les liens… « Pas­ser du temps, écou­ter, res­pec­ter, conduire en­semble » sont dé­sor­mais les lignes de conduite du pré­sident. « Il y a une chose que la Ré­pu­blique, constam­ment, vous don­ne­ra, c’est cette consi­dé­ra­tion. Vous n’êtes pas des ci­toyens de se­conde zone. » Avec tou­jours en fi­li­grane l’ob­ses­sion de con­vaincre que sa politique ne pri­vi­lé­gie pas les plus fa­vo­ri­sés : « Je ne sais pas ce que veut dire avoir une politique pour les riches », lâche-t-il, aga­cé par cette for­mule qui « fait fu­reur » et à la­quelle il veut « tordre le cou ».

Pas de ca­ta­logue d’ou­tils spé­ci­fiques à des­ti­na­tion des quar­tiers ? Ma­cron parle de « ré­no­va­tion mo­rale », mais dans les faits, il dé­cline bel et bien une bat­te­rie de me­sures ci­blées : cré­dits sanc­tua­ri­sés, dou­ble­ment de la do­ta­tion de l’An­ru (l’Agence na­tio­nale pour la ré­no­va­tion ur­baine), plan de lutte contre les dis­cri­mi­na­tions à l’em­bauche en pé­na­li­sant les en­tre­prises fau­tives, prise en charge du per­mis de conduire pour les jeunes des quar­tiers… Le pré­sident, sur­tout, consacre le grand re­tour des em­plois francs. Sim­pli­fiés et ex­pé­ri­men­tés dès jan­vier dans une di­zaine de ter­ri­toires, ils se­ront gé­né­ra­li­sés en 2020. Toute en­tre­prise qui em­bau­che­ra un ha­bi­tant is­su des quar­tiers bé­né­fi­cie­ra d’une aide de l’Etat de 15 000 € pour un CDI et de 5 000 € pour un CDD de plus six mois.

Mais il ne ré­siste pas à l’en­vie de ré­pondre à Mar­tine Au­bry, qui étrillait sa politique la veille : « Il n’y a au­cune politique so­ciale s’il n’y a pas de réus­site éco­no­mique. » Quitte à se lâ­cher clai­re­ment sur les em­plois ai­dés, qu’il an­nonce pour­tant pré­ser­ver dans les quar­tiers : « Que ceux qui les dé­fendent les prennent ! Ils n’en vou­draient pas pour eux-mêmes ! » s’em­porte-t-il.

Dans la salle, les élus veulent y croire : « Il était temps, ça re­donne confiance », s’em­balle Oli­vier Klein, le maire de Cli­chy, ra­vi de voir re­prises les pro­po­si­tions de Gri­gny. Même l’ex­mi­nistre so­cia­liste Pa­trick Kan­ner sa­lue un beau dis­cours « dans la conti­nui­té du précédent quin­quen­nat. Reste à pas­ser aux actes ».

Tour­coing (Nord), hier. Em­ma­nuel Ma­cron parle de « ré­no­va­tion mo­rale » pour les quar­tiers. « On au­ra réus­si quand il n’y au­ra plus be­soin d’uti­li­ser l’ex­pres­sion politique de la ville », lance-t-il.

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