Pour la pre­mière fois, Bar­bie porte le voile

La po­lé­mique est vive de­puis que Mat­tel a pré­sen­té lun­di un mo­dèle de pou­pée por­tant un hi­jab.

Le Parisien (Oise) - - LA UNE - PAR CH­RIS­TINE MATEUS

ELLE EST EN­TRÉE avec fra­cas dans la fa­mille des She­roes Bar­bies, du nom de cette col­lec­tion du fa­bri­cant de jouets amé­ri­cain Mat­tel, char­gée de com­mer­cia­li­ser la cé­lèbre pou­pée sous les traits de « femmes ins­pi­rantes pour les pe­tites filles ». L’es­cri­meuse Ib­ti­haj Mu­ham­mad, de­ve­nue en 2016 la pre­mière ath­lète amé­ri­caine voi­lée aux Jeux olym­piques, a dé­sor­mais sa ver­sion mi­nia­ture en plas­tique qui se­ra com­mer­cia­li­sée en ligne à comp­ter de 2018.

A cô­té d’elle, dans cette même col­lec­tion, on compte no­tam­ment Gab­by Dou­glas, la gym­naste ar­tis­tique amé­ri­caine, pre­mière femme noire à avoir rem­por­té à la fois la mé­daille d’or par équipes et la mé­daille d’or en in­di­vi­duel lors des Jeux olym­piques d’été de 2012, ou en­core Ash­ley Gra­ham, la man­ne­quin grande taille, égé­rie des po­diums.

La der­nière pou­pée est tout sou­rire, comme l’est sou­vent son mo­dèle, et ar­bore la te­nue spor­tive of­fi­cielle de l’es­cri­meuse, qui a rem­por­té une mé­daille de bronze lors des JO, avec tou­te­fois un élé­ment en plus : son hi­jab, éga­le­ment ap­pe­lé voile is­la­mique, dis­si­mu­lant la che­ve­lure de la Bar­bie. Une pre­mière pour la marque créée en 1959.

« Ib­ti­haj conti­nue d’ins­pi­rer par­tout les femmes et les jeunes filles pour qu’elles re­poussent les bar­rières », écrit Mat­tel sur son compte Ins­ta­gram. Et de­puis la pré­sen­ta­tion par le géant du jouet, à l’oc­ca­sion du Gla­mour Wo­men of the Year Sum­mit lun­di, les pro et les an­ti s’écharpent sur les ré­seaux so­ciaux. En France, cer­tains ap­pellent même au boy­cott des jouets Mat­tel dans le choix des ca­deaux à mettre sous le sa­pin.

Les mes­sages — dont cer­tains sont fran­che­ment hai­neux — vont de l’ac­cu­sa­tion d’un choix mar­ke­ting fait par Mat­tel (ac­tuel­le­ment en grande dif­fi­cul­té) sur le dos des droits des femmes, au sa­lut de l’ini­tia­tive per­met­tant à toutes les pe­tites filles de se sen­tir re­pré­sen­tées C’est d’ailleurs la te­neur des propos de l’ath­lète Ib­ti­haj Mu­ham­mad el­le­même, lors de la pré­sen­ta­tion de sa Bar­bie : « Ma mère m’ache­tait tou­jours des pou­pées de cou­leur, afin que je puisse me re­con­naître en elles. C’est ré­vo­lu­tion­naire de faire en sorte que tous les en­fants — peu im­porte la cou­leur de la peau, le sexe, l’ap­par­te­nance eth­nique, les croyances re­li­gieuses — se sentent in­clus. »

Et si la fé­mi­niste Au­drey Key­sers, an­cienne conseillère au­près du Dé­fen­seur des droits, pointe avec cette Bar­bie un « mau­vais exemple pour les pe­tites filles », d’autres dé­noncent l’hy­po­cri­sie d’un tel dé­bat, comme ce twit­tos : « Des Bar­bies en mi­ni­jupe avec dé­col­le­té qui pro­meuvent le dik­tat de la mai­greur, ça ne vous choque pas aus­si ça ? » Cer­tains sont com­plè­te­ment per­dus : « Je ne sais que pen­ser. Pour moi, les pe­tites filles fans de Bar­bie ne de­vien­dront pas bim­bos, alors du coup est-ce ris­qué ? »

Sans ce hi­jab, les in­ter­nautes se se­raient peut-être ar­rê­tés sur une autre par­ti­cu­la­ri­té de cette pou­pée : son corps. Ici pas de forme lon­gi­ligne, ab­so­lu­ment pas re­pré­sen­ta­tive du corps de la femme, ce qui jus­qu’à main­te­nant sus­ci­tait la ma­jo­ri­té des cri­tiques en­vers Mat­tel. Cette Bar­bie-là est aus­si do­tée de cuisses larges et ath­lé­tiques, comme son mo­dèle.

« C’EST RÉ­VO­LU­TION­NAIRE DE FAIRE EN SORTE QUE TOUS LES EN­FANTS SE SENTENT IN­CLUS » IB­TI­HAJ MU­HAM­MAD

New York (Etats-Unis), lun­di. L’es­cri­meuse Ib­ti­haj Mu­ham­mad, la pre­mière ath­lète amé­ri­caine voi­lée aux Jeux olym­piques de 2016, pré­sente la pou­pée Bar­bie à son ef­fi­gie lors de la cérémonie des Gla­mour Awards.

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