Re­dé­cou­vrez la fo­rêt et ses arbres

Le for­mi­dable livre « Ecoute les arbres par­ler », qui vient de pa­raître, est une in­vi­ta­tion à se pro­me­ner dans les bois avec les en­fants.

Le Parisien (Oise) - - LA UNE - PAR ÉMI­LIE TORGEMEN

Mais non les arbres ne peuvent pas se par­ler, ils n’ont même pas de bouche », as­sure Louis, 6 ans, en vi­rée à l’es­pace Ram­bouillet, un lieu dé­dié à l’ob­ser­va­tion de la fo­rêt et des ani­maux si­tué à Son­champ (Yve­lines). Eh bien si, Louis, les arbres se parlent, s’en­traident et se battent même par­fois ! C’est la le­çon de « la Vie se­crète des arbres », le best-sel­ler d’un fo­res­tier al­le­mand, Pe­ter Wohl­le­ben. Il vient de pu­blier en France la ver­sion pour en­fants : « Ecoute les arbres par­ler »*.

« Je pro­pose des ex­pé­riences pour tou­cher, sen­tir et pour­quoi pas goû­ter la fo­rêt, une bonne fa­çon de par­ler aux en­fants et aux adultes », nous pré­cise l’au­teur. Après sa lec­ture, on n’a qu’une en­vie, chaus­ser les bottes et em­me­ner toute la fa­mille pro­fi­ter des cou­leurs de l’au­tomne dans les bois, prendre l’air, mais aus­si ap­prendre plein de choses pas bar­bantes. Voi­ci trois his­toires d’arbres avec les­quelles vous al­lez faire un tabac. Alors, ce week-end, on lâche les ta­blettes.

LES ARBRES SE PARLENT

On doit au pe­tit Louis la stricte vé­ri­té : les arbres sont bien muets mais ils sont ca­pables de com­mu­ni­quer, de se pré­ve­nir les uns les autres d’un dan­ger en uti­li­sant le lan­gage des par­fums. Dur à croire ? Oli­vier, le père de Louis, est un al­lié de poids « Si pa­pa le dit, c’est que c’est vrai, concède le pe­tit gar­çon. Il sait tout, il est pay­sa­giste. » Ain­si quand un co­ni­fère est gri­gno­té par un co­léo­ptère, l’arbre pro­duit un mé­lange gluant et amer qui coince l’at­ta­quant et sert de si­gnal d’alarme. Cette odeur âcre se ré­pand et les arbres alen­tour savent alors qu’ils doivent sé­cré­ter de la sève avant l’ar­ri­vée du co­léo­ptère.

I JA­MAIS LOIN DE MA­MAN

A Ram­bouillet, on croise aus­si Ma­rie et Pierre-Ni­co­las avec leurs trois en­fants. Ce couple d’in­gé­nieurs aime leur ex­pli­quer la na­ture « comme nos grands-pa­rents l’on fait avant nous », souffle la jeune scien­ti­fique. Cet es­prit de fa­mille existe aus­si chez les arbres. Pour les hêtres par exemple, les glands tombent tout près de leur mère. Les jeunes poussent sur place. A l’aide de ses ra­cines, la mère-arbre cherche ses pe­tits pour se connec­ter sous terre. Les jeunes com­mencent alors à « té­ter » de l’eau su­crée. Ils en ont bien be­soin car, à l’ombre de la ca­no­pée, ils sont in­ca­pables d’as­su­rer leur pho­to­syn­thèse, c’est-à-dire de créer leur propre sucre à l’aide de leurs feuilles. Cette nur­se­rie doit im­pé­ra­ti­ve­ment res­ter à l’ombre. Des « jeunes » iso­lés inon­dés de lu­mière se ga­ve­raient si­non de su­cre­ries avant de mou­rir pré­ma­tu­ré­ment… vers 200-300 ans. « La preuve que, pour les hêtres comme pour les en­fants, trop de sucre c’est mau­vais pour la santé », glisse Pe­ter Wohl­le­ben.

I BA­GARRE DANS LES SOUS-BOIS

Jus­tine, 5 ans, col­lecte conscien­cieu­se­ment les feuilles mortes « pour sa maî­tresse ». La pe­tite fille ne voit pas sous la douce lu­mière d’au­tomne les luttes ter­ribles qui se jouent. Car hêtres et chênes se livrent une ba­taille sans mer­ci. La tac­tique des hêtres ? D’un cô­té, ils laissent pous­ser leurs ra­cines sous celles des chênes pour pom­per leur eau et les as­soif­fer. De l’autre, ils se dé­brouillent pour les dé­pas­ser et leur vo­ler la lu­mière. Avec leurs feuilles dans le noir, ces der­niers ne peuvent plus fa­bri­quer de sucre, ils risquent alors de s’af­fai­blir. Ré­sul­tat, ils pa­niquent ! D’ailleurs en le­vant la tête, Jus­tine peut re­con­naître un chêne qui a peur, parce qu’il se met à faire pous­ser des feuillages sur son tronc. « Mais il est bête, à cette hau­teur il y a en­core moins de lu­mière », re­marque la pe­tite fille. Bien vu, c’est un très mau­vais ré­flexe qu’on ob­serve, le chêne est en fait en train d’ac­cé­lé­rer sa perte.

C’est le mo­ment d’al­ler pro­fi­ter des cou­leurs d’au­tomne de la fo­rêt et d’en sa­voir plus sur les arbres.

* « Ecoute les arbres par­ler », Pe­ter Wohl­le­ben, Ed. Mi­chel La­fon, 14,50 €.

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