Une ca­bane de rêve au cap Fer­ret

Votre ren­dez-vous du sa­me­di

Le Parisien (Oise) - - La Une - PAR SÉ­BAS­TIEN SIRAUDEAU

Ça se passe à la Pointe, le bout de la pres­qu’île des vacances at­lan­tiques qui s’évadent au-de­là des cé­lèbres 44 ha ché­ris des stars et autres in­ves­tis­seurs du fan­tasme de vie in­su­laire. Entre les pins, au dé­tour de che­mins sa­bleux, se nichent des ca­banes rares. Ce sont celles qu’a construites Benoît Bar­the­rotte.

Va­reuse et bon­net bien vis­sé, barbe four­nie, il pour­rait être de ces vieux loups de mer qui ba­roudent sur le bas­sin, si­non sur l’océan. Mais c’est un homme de terre. Connu comme le loup blanc pour ses com­bats achar­nés (l’homme est mé­dia­tique), il ra­conte sa vie comme un ro­man his­to­rique. Le cha­pitre ma­jeur qui l’oc­cupe de­puis plus de trente ans se dé­roule sur cette langue de sable à fleur d’eau, belle mais fra­gile, sur la­quelle sont po­sées des ca­banes. Elles portent dé­sor­mais son nom : les ca­banes Bar­the­rotte.

« Quand j’étais en­fant, j’ai hé­ri­té de la pe­tite ca­bane de mes pa­rents. C’était LA ca­bane. Il y en avait une di­zaine, dis­sé­mi­nées sur la Pointe, construite sim­ple­ment dans l’es­prit de celles des os­tréi­cul­teurs qui tra­vaillaient au bord du bas­sin. Nous y vi­vions pen­dant les vacances en toute li­ber­té, comme des sau­vages ! » aime à ra­con­ter Benoît Bar­the­rotte, qui a gran­di à Bor­deaux puis me­né une pre­mière vie d’en­tre­pre­neur à suc­cès jusque dans les an­nées 1980.

LES NOU­VEAUX ROBINSON Lors­qu’il vend son en­tre­prise de prêt-à-por­ter, il re­vient au cap Fer­ret pour y construire sa pre­mière grande ca­bane, qui est en­core au­jourd’hui sa mai­son, celle où ont gran­di les sept en­fants. De plain­pied, po­sée sur le sable, elle re­cèle au­tour de sa che­mi­née mo­nu­men­tale tous les sou­ve­nirs de ba­taille face à la na­ture mou­vante, face à la na­ture des hommes aus­si. « Je me sou­viens avoir dé­fen­du la pres­qu’île contre les pro­jets de bé­ton­nage des Trente Glo­rieuses. Quand je suis re­ve­nu ici en 1985, la Pointe per­dait 100 m par an, ron­gée par la mer. La so­lu­tion a été de construire une digue na­tu­relle dou­blée d’une dune, que je dois conso­li­der chaque an­née à grand ren­fort de ca­mions de pierres. J’y mets tous mes de­niers. »

Derrière les dos­siers em­pi­lés se glissent une my­riade d’ob­jets, de sou­ve­nirs de fa­mille et de vie. Des pho­tos d’en­fants pieds nus, des piles de ma­ga­zines d’art de vivre du monde entier qui af­fichent en cou­ver­ture la mai­son des Bar­the­rotte, vus alors comme les nou­veaux Robinson.

La deuxième ca­bane — « la grande mai­son » — est née sur la souche d’une mai­son des an­nées 1940. Dres­sée sur trois ni­veaux, bar­dée de bois bien sûr, cer­née d’ou­ver­tures en ver­rière, on y dis­tingue la dune du Pi­lat à tra­vers une ca­no­pée luxu­riante. « Cette ca­bane a été pré­vue pour re­ce­voir les gens avec qui j’avais l’ha­bi­tude de travailler. Puis nous avons com­men­cé à la louer pour des mariages et d’autres évé­ne­ments. De nom­breuses cé­lé­bri­tés ont sé­jour­né ici… pour fi­nan­cer la digue ! »

Cette mai­son, Benoît Bar­the­rotte l’a des­si­née au dos d’une as­siette chez Hor­tense (l’es­sen­tielle terrasse fer­ret­ca­pienne) puis construite avec la com­pli­ci­té émer­veillée de ses en­fants, qui y ont pris goût et tout appris de cette vie de bâ­tis­seur des bois. Deux d’entre eux, Ha­drien et Mar­tin, en ont fait leur mé­tier. Ils conçoivent et réa­lisent pour d’autres la ca­bane de leurs rêves et les Ca­banes Bar­the­rotte et Frères font dé­sor­mais ré­fé­rence. Pour leur charme évident, mais aus­si pour la phi­lo­so­phie de vie qu’elles ins­pirent.

Po­sée sur le sable, les ca­banes de plain-pied construites par Benoît Bar­the­rotte sont réa­li­sées à par­tir de pin ma­ri­time lo­cal et de ma­té­riaux de ré­cu­pé­ra­tion.

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