Un homme de va­leurs

Six proches du sé­lec­tion­neur nous ex­pliquent ce qui rend DD si hu­main et si dé­ter­mi­nant.

Le Parisien (Oise) - - La Une - PROPOS RECUEILLIS PAR H.M. À ISTRA

LE COL­LEC­TIF

AI­MÉ JAC­QUET SÉ­LEC­TION­NEUR DES CHAM­PIONS DU MONDE 1998

« Didier in­siste sou­vent sur l’im­por­tance du groupe. Il a com­pris de­puis bien long­temps que, seul dans ce mi­lieu, on ne va pas bien loin. Si dans ton mes­sage tu ne touches pas le col­lec­tif, tu as perdu. On part d’un pro­jet in­di­vi­duel pour al­ler vers un pro­jet com­mun. Et seul ce der­nier res­te­ra. On par­tage ce fonc­tion­ne­ment. Dans une vie de groupe, il y a des choses in­tan­gibles. Et ce­lui qui est ré­frac­taire à cet état d’es­prit est éli­mi­né tout de suite. Il ne faut pas ou­blier qu’il a été capitaine tout au long de sa car­rière. Il avait, de fait, un sta­tut par­ti­cu­lier. Il était à l’in­té­rieur de l’équipe. Il sa­vait maî­tri­ser la si­tua­tion. En­core plus dans une sé­lec­tion. Il était res­pec­té, car il était res­pec­table. Il avait l’écoute de tous ses équi­piers et réus­sis­sait dé­jà mieux que nul autre à fédérer un col­lec­tif. »

L’ES­PRIT COCARDIER

NOËL LE GRAËT PRÉ­SIDENT DE LA FÉ­DÉ­RA­TION FRAN­ÇAISE DE FOOT­BALL

« Le maillot bleu a, de longue date, été as­so­cié chez Didier à quelque chose de très fort. Il en a toujours par­lé avec beaucoup d’amour et a sans cesse te­nu en pa­ral­lèle une ré­flexion in­tel­li­gente sur l’équipe na­tio­nale. Pour lui, ce maillot re­pré­sente la France. De­puis que je le con­nais, la prio­ri­té des prio­ri­tés dans son es­prit a toujours été la sé­lec­tion et la na­tion. Cet at­ta­che­ment aux cou­leurs est quelque chose de vis­cé­ral chez lui. Il ré­pète sou­vent, d’ailleurs, que l’équipe de France est au-des­sus de tout. Et ce ne sont pas des pa­roles fu­tiles. Il est constam­ment ha­bi­té par le sou­ci de por­ter haut les cou­leurs de son pays. »

L’AB­NÉ­GA­TION

PHI­LIPPE SAINT-ANDRÉ AN­CIEN SÉ­LEC­TION­NEUR DU XV DE FRANCE

« J’ai eu la chance de beaucoup échan­ger avec Didier lorsque j’en­traî­nais Tou­lon et lui Mar­seille. C’est un homme de convic­tions. Pour réus­sir, Didier, comme tout tech­ni­cien, a be­soin d’avoir des gar­çons ta­len­tueux à sa dis­po­si­tion. Il sait par­fai­te­ment leur trans­mettre les va­leurs de tra­vail, d’ab­né­ga­tion et du don de soi. Ce sont d’ailleurs des ver­tus qu’on re­trouve dans le monde de l’ova­lie. Et ce n’est peut-être pas un ha­sard qu’il les dé­cline quand on se rappelle de ses ori­gines basques. Comme joueur, il réunis­sait d’ailleurs ces ca­rac­té­ris­tiques. Il n’était peut-être pas le plus ta­len­tueux, mais il avait le bras­sard. Dans un sport pro­fes­sion­nel où les ego sont de plus en plus mar­qués, il ar­rive à mettre en avant la no­tion d’art du dé­pas­se­ment sym­bo­li­sée, à titre d’exemple, par un Olivier Gi­roud qui s’est bat­tu comme un dam­né face aux Belges. »

L’HU­MI­LI­TÉ

EMMANUEL DARNAUTHANDY SON AMI D’EN­FANCE

« L’ado­les­cent, que j’ai bien connu, n’était pas fan­fa­ron pour deux sous. Didier n’a ja­mais eu pour ha­bi­tude de se mettre en avant. En re­vanche, si on a be­soin de lui, il est toujours là pour rendre ser­vice. Il n’ou­blie ni le pas­sé ni d’où il vient. Beaucoup au­raient pu prendre de la dis­tance, voire cou­per les ponts avec les amis d’en­fance. Lui, il n’a pas chan­gé. Il est toujours de­meu­ré fi­dèle aux prin­cipes d’hu­mi­li­té qui lui ont été trans­mis par ses pa­rents, des gens simples (NDLR : le père était peintre en bâ­ti­ment et la mère ven­dait de la laine). Il a été éle­vé avec ces va­leurs et il ne s’en est ja­mais dé­par­ti. C’est ins­crit en lui. Il est entier, il va au bout des choses. En sé­lec­tion, il a ce sou­ci per­ma­nent de s’ef­fa­cer pour mettre en exergue le tra­vail de son staff et des joueurs. »

LA TOUCHE PROVINCIALE

JACQUES PIRIOU PRÉ­SIDENT DU CLUB DE CON­CAR­NEAU

« Quand il vient passer du temps à Con­car­neau (ville d’ori­gine de sa femme), il s’y sent par­ti­cu­liè­re­ment à son aise. Les ha­bi­tants le consi­dèrent comme l’un des leurs. Son par­cours l’a conduit à énor­mé­ment bou­ger. Mais il ar­rive à trou­ver ses re­pères et son juste équi­libre quel que soit l’en­droit où il se trouve. La Bre­tagne res­semble à son Pays basque na­tal. Il y a un fil conduc­teur ma­ri­time entre ces deux ré­gions. Basques et Bre­tons se res­semblent. Sous des as­pects un peu aus­tères, ils vous ouvrent leurs portes une fois la confiance éta­blie. Didier est sen­sible à cette au­then­ti­ci­té. Il peut être aus­si à l’aise avec le pré­sident de la Ré­pu­blique qu’avec un ma­rin pê­cheur de Con­car­neau. »

LA GAGNE

BER­NARD TA­PIE PRÉ­SIDENT DU CLUB DE MAR­SEILLE DE 1986 À 1994

« Dès ses dé­buts à Mar­seille, j’ai dé­ce­lé chez Didier cette vo­lon­té fa­rouche de réus­sir. Ce re­fus de la dé­faite. Dans son par­cours de joueur, les dif­fé­rentes étapes qu’il a eu en­suite à fran­chir lui ont confir­mé que l’am­bi­tion de ga­gner était da­van­tage une ver­tu qu’un dé­faut. Il a vite pris conscience qu’il avait les qua­li­tés, le pro­fil et la sa­gesse né­ces­saires pour que ce dé­sir de s’im­po­ser se concré­tise. Cer­taines per­sonnes se fixent des ob­jec­tifs hors d’at­teinte. Lui met en har­mo­nie ses chal­lenges et les ré­sul­tats qu’il s’ap­plique à ob­te­nir. Il a tout ce qu’il faut pour me­ner à bien les pro­jets aux­quels il se consacre corps et âme. Didier a tout in­té­gré. Pour par­ve­nir à la vic­toire, il sait se ser­vir de l’ex­pé­rience de ceux qui l’ont connue. De­ve­nu en­traî­neur, puis main­te­nant sé­lec­tion­neur, il ap­plique par­fai­te­ment ses prin­cipes et trans­met à ses joueurs cette culture de la gagne dans son ADN. »

“DANS UN SPORT OÙ LES EGO SONT DE PLUS EN PLUS MAR­QUÉS, IL AR­RIVE À METTRE EN AVANT LA NO­TION D’ART DU DÉ­PAS­SE­MENT PHI­LIPPE SAINT-ANDRÉ

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