« Ma jambe a été trans­per­cée »

Serge Fol­let a été per­cu­té par une au­to­mo­bi­liste dis­traite par son por­table.

Le Parisien (Oise) - - FAIT DU JOUR - PAR ÉMILIE TORGEMEN

SI SEULE­MENT la conduc­trice qui l’avait per­cu­té n’avait pas uti­li­sé son por­table… Serge Fol­let, 64 ans, n’en fi­nit plus de se re­pas­ser le film… Trois ans après, les sé­quelles sont tou­jours là. Cer­taines ne s’ef­fa­ce­ront ja­mais. « Le té­lé­phone au vo­lant est un fléau, mar­tèle ce gaillard aux yeux clairs, qui doit dé­sor­mais se dé­pla­cer avec une bé­quille. Sur­tout chez les jeunes. Ils pia­notent au vo­lant, par­fois même jouent en condui­sant. Il faut que ça cesse ! »

L’ac­ci­dent a eu lieu un ma­tin d’hi­ver. Ce jour-là, le sexa­gé­naire charge le coffre de sa voi­ture, au pied de l’appartement de son fils à Neuilly (Hauts-de-Seine), quand une Mer­cedes ar­rê­tée au feu, à seule­ment 80 m de lui, dé­marre. A la stu­pé­fac­tion gé­né­rale, elle fonce droit sur Serge, pour­tant bien vi­sible sur la chaus­sée. L’ex­pli­ca­tion de cette ter­rible faute d’in­at­ten­tion ? Les té­moins in­diquent que la conduc­trice, agente im­mo­bi­lière d’une tren­taine d’an­nées, était en train d’écrire un SMS.

« La boule d’at­te­lage a trans­per­cé ma jambe », se re­mé­more Serge, de re­tour sur les lieux du drame. L’ac­ci­den­té re­vit la scène, montre le feu tri­co­lore, l’em­pla­ce­ment de sa voi­ture, éva­lue à nou­veau les dis­tances. Dans la fou­lée, il sou­lève son pan­ta­lon, mon- tre son muscle atro­phié, la peau vio­la­cée, stig­mate de la greffe qu’il a su­bie. « En­core au­jourd’hui, ce n’est pas beau à voir. Il faut ima­gi­ner que toute la chair était tom­bée », dé­taille-t-il.

Paula, son épouse, glisse d’un tout pe­tit fi­let de voix : « Tu es en vie, c’est l’es­sen­tiel. » Son exis­tence a pour­tant bas­cu­lé. Le so­lide pay­san normand a at­tra­pé deux ma­la­dies no­so­co­miales coup sur coup. Di­mi­nué phy­si­que­ment, il a dû pas­ser la main dans l’ex­ploi­ta­tion où il culti­vait lin, cé­réales et bet­te­raves, à Veules-les-Roses (Seine-Ma­ri­time).

Entre les opé­ra­tions et le trai­te­ment, il est res­té hos­pi­ta­li­sé deux mois et de­mi à Pa­ris. « J’ai per­du 60 dB d’au­di­tion dans chaque oreille à cause du trai­te­ment à la van­co­my­cine (NDLR : un an­ti­bio­tique) », si­gnale le jeune re­trai­té. De re­tour en Nor­man­die, il passe trois mois en ré­édu­ca­tion à Rouen (Seine-Ma­ri­time). « Et en­core, ça au­rait dû être plus long, mais j’ai écour­té à cause de la dé­pres­sion de Paula. »

LA VIE DES PROCHES AUS­SI ÉBRANLÉE

Parce qu’après ce jour de jan­vier 2015, la vie de ses proches est éga­le­ment ébranlée. Sa com­pagne, qua­dra im­pec­cable, confirme : « L’ac­ci­dent, c’est ter­rible, mais ce n’est que le dé­but. En­suite, il faut gé­rer la par­tie mé­di­cale, les soins, se démener pour avoir la moindre in­for­ma­tion alors que Serge est mou­rant. Puis s’en­gage la ba­taille avec les as­su­rances, dans la­quelle on doit sur­veiller chaque do­cu­ment. C’est ce qui pro­voque le déses­poir. »

Leur fille aî­née a, elle, dû mettre entre pa­ren­thèses ses études de com­merce pour faire tour­ner la bou­tique de dé­co de sa mère pen­dant son ar­rêt ma­la­die. Et, au­jourd’hui, tout n’est pas fi­ni. Serge se bat de­vant les tri­bu­naux pour faire re­con­naître son pré­ju­dice. L’af­faire est tou­jours entre les mains de la jus­tice.

Neuilly-sur-Seine (Hauts-de­Seine), le 29 août. Plus de trois ans après son ac­ci­dent qui a eu lieu à cet en­droit pré­cis, Serge Fol­let, 64 ans, conserve des sé­quelles.

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