Le Pen mise tout sur les eu­ro­péennes

Cer­née par les af­faires, pré­si­dente d’un par­ti aux fi­nances plom­bées, la pa­tronne du RN se lance, de­main à Fré­jus (Var), dans une ba­taille où elle es­père frap­per un grand coup.

Le Parisien (Oise) - - POLITIQUE - PAR VALÉRIE HACOT

SANS TAM­BOUR ni trom­pette. Ou­bliés la tra­di­tion­nelle uni­ver­si­té d’été du Ras­sem­ble­ment na­tio­nal (RN, ex-FN) et le dis­cours sur un grand po­dium en plein air… Dif­fi­cul­tés fi­nan­cières obligent (de­puis la sai­sie de 2 M€ de sub­ven­tions pu­bliques par la jus­tice), Ma­rine Le Pen fait sa ren­trée ce wee­kend à Fré­jus (Var) en se ser­rant la cein­ture. Une simple réunion d’élus au­jourd’hui et un mee­ting de­main de­vant les 800 places du théâtre municipal de la ville gé­rée par le maire RN Da­vid Ra­chline.

Ces éco­no­mies n’em­pê­che­ront pas la pa­tronne du RN de mettre sa cam­pagne eu­ro­péenne sur les rails. « On parle des eu­ro­péennes, des eu­ro­péennes et des eu­ro­péennes », mar­tèle ain­si son conseiller, Phi­lippe Oli­vier, qui en­tend faire de cette élec­tion « le match re­tour de la pré­si­den­tielle »… Avec par­fois quelques ra­tés à l’al­lu­mage. Comme cette se­maine, avec le dé­pla­ce­ment cha­hu­té de Ma­rine Le Pen dans le vil­lage va­rois de Châ­teau­double qui doit bien­tôt ac­cueillir 76 mi­grants. L’ex­can­di­date à la pré­si­den­tielle vou­lait l’éri­ger en étape sym­bole de la po­li­tique mi­gra­toire de l’UE. Elle a dû re­brous­ser che­min sous les huées et les sif­flets. « Ce n’était pas idéa­le­ment or­ga­ni­sé », eu­phé­mise un cadre du par­ti. Of­fi­ciel­le­ment, d’autres dé­pla­ce­ments de ce type ne sont « pas ex­clus ». « Mais es­pé­rons que ce ne se­ra pas sous cette forme ! » rit sous cape un élu.

A Fré­jus, Ma­rine Le Pen don­ne­ra les grandes lignes de sa cam­pagne eu­ro­péenne et de­vrait aus­si pré­sen­ter des ral­lie­ments de per­son­na­li­tés is­sus de la so­cié­té ci­vile ou d’autres mou­ve­ments po­li­tiques. « Mais vous ne ver­rez pas ali­gnés tous ceux qui vont nous re­joindre », pré­vient Ma­rine Le Pen qui veut fa­çon­ner une liste d’ou­ver­ture. Her­vé Juvin, un in­tel­lec­tuel de droite qui lui avait four­ni des notes du­rant la cam­pagne, se­ra pré­sent de­main ma­tin.

Le nom de cet illustre in­con­nu cir­cule par­mi les pos­sibles têtes de liste. Tou­jours en em­bus­cade, Jean-Ma­rie Le Pen, son père ex­clu du par­ti, iro­nise : « Juvin, c’est le nom de mon os­téo­pathe. Je lui ai de­man­dé s’il le connais­sait. Il m’a ré­pon­du : non. Her­vé Juvin, personne ne le connaît, pas même les autres Juvin », ba­lance, va­chard, le pa­triarche… L’éven­tuelle no­mi­na­tion de Juvin fait aus­si des vagues au sein du par­ti. Lors du der­nier bureau exé­cu­tif lun­di, cer­tains cadres ont fait va­loir qu’ils sou­hai­taient une tête de liste is­sue du RN. Pour l’heure, rien n’est en­core tran­ché.

Cô­té tra­cas, Ma­rine Le Pen doit aus­si faire avec la sor­tie, mer­cre­di, du livre de Flo­rian Phi­lip­pot. Son ex-bras droit dresse un por­trait peu amène de son an­cienne pa­tronne et fus­tige son « re­non­ce­ment à la vic­toire ». Un in­gré­dient de plus qui risque de pa­ra­si­ter sa ren­trée. Dans ce contexte com­pli­qué, les son­dages sont ve­nus ven­dre­di leur mettre du baume au coeur. Se­lon une en­quête Odoxa, le RN est cré­di­té de 21 % des voix, au coude à coude avec En Marche ! pour les Eu­ro­péennes. « Au-de­là des vi­cis­si­tudes in­ternes, les son­dages sont bons », se ré­jouit l’eu­ro­dé­pu­té Ni­co­las Bay.

« HER­VÉ JUVIN, PERSONNE NE LE CONNAÎT » JEAN-MA­RIE LE PEN À PRO­POS DE LA POS­SIBLE TÊTE DE LISTE RN AUX EU­RO­PÉENNES

Châ­teau­double (Var), mer­cre­di. La vi­site de Ma­rine Le Pen (à droite) a été cha­hu­tée par les ha­bi­tants de la com­mune.

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