La faillite qui a mar­qué leur vie

Le 15 sep­tembre 2008, la banque d’af­faires Leh­man Bro­thers met­tait la clé sous la porte. Un choc pour ses 25 000 sa­la­riés et, pour cer­tains, le dé­but d’une nou­velle vie.

Le Parisien (Oise) - - ÉCONOMIE - PAR BO­RIS CAS­SEL, AVEC MARION L’HOUR, NOTRE COR­RES­PON­DANTE À LONDRES (ROYAUME-UNI)

IL EST 1 H 45 DU MA­TIN, à New York, ce lun­di 15 sep­tembre 2008. A ce mo­ment pré­cis, l’une des plus grandes banques d’af­faires du monde, Leh­man Bro­thers, se dé­clare en faillite. Il y a dix ans pile, les au­to­ri­tés amé­ri­caines — la Fed et le Tré­sor — prenaient, à la sur­prise gé­né­rale, la dé­ci­sion his­to­rique de ne rien mettre en place pour sau­ver une banque pe­sant 691 Mds$ (592 Mds€).

La crise fi­nan­cière des sub­primes, qui se­couait de­puis un an le monde ban­caire, s’em­balle : pa­niques bour­sières à ré­pé­ti­tion, mul­ti­pli­ca­tion des plans de sau­ve­tage d’éta­blis­se­ments fi­nan­ciers… Les anciens em­ployés de la banque qui a mis le feu aux poudres se sou­viennent très bien de l’am­biance par­ti­cu­lière qui y ré­gnait. « Quand j’ai ap­pris la faillite de Leh­man à la té­lé­vi­sion, j’étais triste », se re­mé­more Jorn Wer­de­lin, qui y a tra­vaillé de 1995 à 2002 avant de lan­cer sa marque de montres, Linde Wer­de­lin.

« Leh­man Bro­thers, c’était un peu le mauvais élève, le vi­lain pe­tit ca­nard des banques d’af­faires, à la dif­fé­rence de JPMor­gan, Gold­man Sachs et Mor­gan Stan­ley, se re­mé­more-t-il au­jourd’hui. Il y avait vrai­ment un es­prit en­tre­pre­neu­rial. Nous de­vions cher­cher les pla­ce­ments in­ha­bi­tuels, in­no­ver. On pou­vait ac­qué­rir très jeunes beau­coup de res­pon­sa­bi­li­tés. »

Pour Ni­ko­lay Sto­rons­ky, ac­tuel­le­ment pa­tron de la start-up ban­caire Re­vo­lut, « c’était la meilleure banque d’af­faires pour les tra­deurs, à éga­li­té peu­têtre avec Gold­man Sachs ».

ÉTRANGE AT­MO­SPHÈRE

Le jour de l’an­nonce de la faillite, il se rend sur son lieu de tra­vail, où flotte une étrange at­mo­sphère. « Le sys­tème de tra­ding était com­plè­te­ment ge­lé. Nous avons pas­sé le temps en fai­sant des jeux », se sou- vient le ban­quier, sa­la­rié de Leh­man de 2006 à 2008. Et les jours sui­vants ? « On ve­nait quand même tous les jours. Puis notre di­vi­sion a été ra­che­tée par la banque ja­po­naise No­mu­ra. J’ai tra­vaillé pour eux pen­dant un mois. » Sto­rons­ky est en­suite dé­bau­ché par le Cré­dit suisse pour ef­fec­tuer des opé­ra­tions de change. Une ex­pé­rience qui lui fe­ra prendre conscience qu’il est pos­sible de concur­ren­cer les banques sur cette ac­ti­vi­té. L’idée de sa « néo­banque » Re­vo­lut était née. « Donc, oui, sans la faillite de Leh­man, il n’y au­rait peu­têtre pas eu Re­vo­lut. »

New York (Etats-Unis), le 15 sep­tembre 2008. Le ma­tin même de l’an­nonce de la faillite, des di­zaines de sa­la­riés de Leh­man ont quit­té leurs bu­reaux leurs car­tons sous le bras.

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