J’ai bu du cham­pagne en ape­san­teur

Un Air­bus Zé­ro-G a ser­vi de la­bo pour tes­ter un cham­pagne à dé­gus­ter dans l’es­pace. A son bord, Usain Bolt, l’as­tro­naute Jean-Fran­çois Cler­voy et des oe­no­logues. Nous y étions aus­si.

Le Parisien (Oise) - - SOCIÉTÉ - DE NOTRE COR­RES­PON­DANTE MA­RIE BLANCHARDON À REIMS (MARNE)

EN UN INS­TANT, me voi­là lé­gère comme une plume. Je teste les pre­miers ef­fets de l’état d’ape­san­teur à bord de cet avion dé­dié au vol pa­ra­bo­lique qui vient de dé­col­ler de l’aé­ro­port de Va­try (Marne) : l’Air­bus A310 de No­ves­pace, une fi­liale du Cnes. Pra­ti­qué par des scien­ti­fiques pour des ex­pé­riences phy­siques ou bio­lo­giques, le vol pa­ra­bo­lique re­pro­duit une courbe proche de la lettre N. En l’es­pace d’une heure, nous al­lons faire quinze pa­ra­boles. Je vais donc pro­fi­ter de près de quatre mi­nutes d’ape­san­teur. Des mi­nutes pen­dant les­quelles nous al­lons tes­ter l’in­no­va­tion de la mai­son Mumm, le cham­pagne de l’es­pace : le Mumm Grand Cor­don Stel­lar. L’ob­jec­tif de Mumm ? Vendre son cru spa­tial aux so­cié­tés qui pro­po­se­ront des vols ha­bi­tés.

EN BOUCHE, LA MOUSSE DE­VIENT LI­QUIDE

Sur la terre ferme, le fla­con pèse lé­gè­re­ment plus que la bou­teille stan­dard. « Elle a été réa­li­sée avec un verre plus épais, un verre souf­flé à la bouche », sou­ligne Quen­tin Meu­risse, di­rec­teur ac­ti­va­tion mar­chés chez Mumm. In­ven­té par le designer Oc­tave de Gaulle, son sys­tème d’ou­ver­ture est par­ti­cu­lier, et pour cause : maî­tri­ser le li­quide en ape­san­teur, c’est l’ob­jec­tif de cette bou­teille. « Il fal­lait un sys­tème qui force le cham­pagne à se di­ri­ger vers le gou­lot de la bou­teille », ex­plique l’as­tro­naute, Jean-Fran­çois Cler­voy. Le concep­teur de la bou­teille a donc ima­gi­né un sys­tème de le­vier pour en­voyer la pres­sion. Et le cham­pagne sort du gou­lot en émul­sion, le li­quide est en­cap­su­lé sous forme ga­zeuse. « C’est entre la mousse et le li­quide, c’est une consis­tance qui peut se boire et aus­si don­ner du plai­sir gus­ta­tif »,rap­pelle Jean-Fran­çois Cler­voy.

Le verre, qui prend la forme d’un tee de golf, me­sure une di­zaine de cen­ti­mètres. Dif­fi­cile d’at­tra­per une bulle de « mousse » de cham­pagne. Car c’est tout l’en­jeu quand vous êtes en état d’ape­san­teur. Après plu­sieurs es­sais, j’ar­rive à rem­plir mon verre et à l’ap­pro­cher de mes lèvres pour as­pi­rer le vin. En bouche, la mousse des trans­forme en li­quide, et quelques bulles ex­plosent. Avec une mi­nus­cule quan­ti­té, j’ai res­sen­ti les mêmes sen­sa­tions qu’avec une moi­tié de coupe sur terre. L’oe­no­logue Emi­lie Lan­gle­ron, pré­sente à bord, pré­cise : « On res­sent l’in­ten­si­té des fruits, c’est ré­vé­lé par la gra­vi­té.On n’a pas la sen­sa­tion de boire une mousse parce que le li­quide se glisse entre chaque bulle. »

Cô­té gus­ta­tif, le cham­pagne tient ses pro­messes, mais, comme le sou­ligne le spa­tio­naute Jean-Fran­çois Cler­voy, nos sens nous jouent par­fois des tours en état d’ape­san­teur. « Cet état pro­voque un en­ri­chis­se­ment des sens. Les va­peurs d’al­cool qui montent dans la fosse na­sale sont am­pli­fiées. Le flux san­guin est mo­di­fié donc notre goût et notre odo­rat le sont éga­le­ment. »

De quoi nous don­ner en­vie de re­nou­ve­ler l’ex­pé­rience, peut-être dans les pro­chains lan­ceurs su­bor­bi­taux an­non­cés pour 2019.

Dans l’Air­bus A310 Zé­ro-G, mer­cre­di. En ape­san­teur, le cham­pagne, ser­vi au spa­tio­naute Jean-Fran­çois Cler­voy (à g.) et à l’oe­no­logue Emi­lie Lan­gle­ron, pro­duit plus de sen­sa­tions que sur la terre ferme.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.