On a re­trou­vé Ni­co­las Hu­lot dans son fief

Nous avons re­trou­vé l’an­cien mi­nistre de l’Eco­lo­gie en pleine forme chez lui en Ille-et-Vi­laine. ll ne se cache pas, a re­trou­vé ses ha­bi­tudes, à mille lieues des tra­cas gou­ver­ne­men­taux.

Le Parisien (Oise) - - LA UNE - DE NOS ENVOYÉS SPÉ­CIAUX ÉMI­LIE TORGEMEN ET AR­NAUD DUMONTIER À SAINT-LU­NAIRE (ILLE-ET-VI­LAINE)

« EN­CORE DU COUR­RIER pour vous, M. Hu­lot », sonne la jeune pos­tière, de­vant la belle de­meure de fa­mille en pierre meu­lière sus­pen­due à flanc de fa­laise. « J’ar­rive ! » Et voi­ci l’an­cien mi­nistre qui dé­barque guille­ret en jean et po­lo. A Saint-Lu­naire, la ville où s’est re­ti­ré l’éco­lo­giste le plus po­pu­laire de France, on s’at­ten­dait à pis­ter un re­clus dé­pri­mé après son dé­part fra­cas­sant du gou­ver­ne­ment le 28 août. Pas du tout, on tombe des­sus en ar­ri­vant. « Vous êtes gon­flé, vous ! » ri­gole Ni­co­las Hu­lot quand il nous dé­couvre sur le pas de sa porte. Sou­riant, bron­zé, il semble dé­ten­du, mais pas moyen de sa­voir ce qu’il a dans la tête. « Je me suis im­po­sé une pé­riode de si­lence. Je ne veux pas faire d’en­torse… Pour le mo­ment », ré­pond-il.

Le len­de­main, à l’heure du pe­tit dé­jeu­ner, on croise à nou­veau Ni­co­las Hu­lot au sa­lon de thé le Pe­tit St-Lu. Dé­ci­dé­ment, il ne semble pas plan­qué, le dé­mis­sion­naire ! Il y par­tage les nou­velles et un ca­fé avec une poi­gnée d’amis qui le char­rient sur les pho­tos peu flat­teuses de « Voi­ci » où il ap­pa­raît en slip de bain. Un co­pain a pro­po­sé de lan­cer un ha­sh­tag « un­nou­veau­maillot pourHu­lot ». A l’heure du ca­fé noir, on es­saie de nou­veau de l’ap­pâ­ter avec le sort des ourses des Py­ré­nées. Il nous rem­barre d’un gen­til : « Je change ra­re­ment d’avis… » plein de sous-en­ten­dus connais­sant l’homme.

Dans cette char­mante sta­tion bal­néaire bre­tonne face à Saint-Ma­lo, la mer dé­ploie ses nuances de bleus et de verts. On com­prend pour­quoi les es­ti­vants des quar­tiers chics comme les VIP (Ca­the­rine De­neuve et Hugh Grant sont des ré­gu­liers) ac­courent à la belle sai­son. Mi-sep­tembre, en re­vanche, il n’y a plus que les lo­caux. Dont Ni­co­las Hu­lot. « Ceux qui disent qu’il a ici sa ré­si­dence se­con­daire n’ont rien com­pris. Sa femme et ses fils vivent là », confie Pa­trick, qui tire son ca­ta­ma­ran sur la grande plage. Avant de de­ve­nir pro­prié­taire, il y a treize ans, le pe­tit Ni­co­las pas­sait ses étés en fa­mille à Saint-Lu. Son épouse, Flo­rence Las­serre, y a été élue lo­cale de 2005 à 2013 et elle s’oc­cu­pait des su­jets en­vi­ron­ne­men­taux. Bon pe­tit sol­dat

A la crê­pe­rie le Pot de beurre, Ber­trand, le pa­tron, n’est pas trou­blé quand il sert l’an­cien membre du gou­ver­ne­ment. « Nos en­fants al­laient à la même école. Alors mi­nistre ou autre chose… » Car Ni­co­las Hu­lot a fait d’autres choses. A 63 ans, on croi­rait qu’il a eu cent vies : ani­ma­teur d’« Ushuaïa », pré­sident de la Fon­da­tion pour la na­ture et l’homme, can­di­dat mal­heu­reux chez les Verts, conseiller de pré­si­dents de tous bords… Avant d’être, un temps, un bon pe­tit sol­dat du gou­ver­ne­ment d’Edouard Phi­lippe.

« Quand son agen­da le lui per­met, Ni­co­las est avec nous, pré­cise Fré­dé­ric Le Guillou, le pré­sident du co­mi­té 35 de la Ligue de surf. Ac­tif du ni­veau pla­né­taire au lo­cal, c’est ça l’éco­lo­gie ! » Il ap­pré­cie la star qui se joint aux com­pé­ti­tions, par­tage ses crêpes sau­cisse avec tout le monde et amène à l’oc­ca­sion du sau­cis­son de Corse. Peau tan­née et che­veux dé­co­lo­rés, Mor­gan, qui a en­sei­gné le surf à l’aî­né des fils Hu­lot, Nel­son, est sûr que sa dé­mis­sion « ser­vi­ra de dé­clic aux Fran­çais pour la pla­nète ».

« Un Lu­na­rien comme les autres », « sym­pa », « simple », ré­pètent les lo­caux. Les proches ajoutent « ti­mide ». « Un ti­mide qui se force pour ce qui lui tient à coeur », confie ain­si Luc, le très dis­cret pa­tron de la piz­ze­ria du vil­lage dont le nom, le Pa­pa­raz­zi, sonne comme un pied de nez aux cu­rieux. Mais sur la Côte d’Eme­raude, per­sonne ne croit que Ni­co­las l’hy­per­ac­tif res­te­ra les bras croi­sés. « A la pre­mière ra­fale, il des­cend la vo­lée de marches qui re­lie sa mai­son à la plage et se lance en ki­te­surf (NDLR : planche trac­tée par un cerf-vo­lant). Pff », mime Guy. Vi­si­ble­ment, Ni­co­las Hu­lot at­tend un souffle fa­vo­rable… Pour re­par­tir vent de­bout ? SON ÉLÉGANTE B­TISSE IN­TRIGUE LES TOU­RISTES

c’est un peu la tour Eif­fel de Saint-Lu­naire. C’est ce qu’ex­pliquent les hô­tesses de l’of­fice du tou­risme de cette jo­lie sta­tion bre­tonne, aus­si vide en hi­ver qu’elle grouille de monde à la belle sai­son. « Tous les tou­ristes nous de­mandent où est sa mai­son, confient-elles en pouf­fant. Comme on la voit de­puis la grande plage, on se per­met de mon­trer va­gue­ment la di­rec­tion. » Dans le vil­lage de la Côte d’Eme­raude, où les ha­bi­tants pro­tègent ja­lou­se­ment l’in­ti­mi­té de M. Hu­lot, les proches lancent par­fois les cu­rieux sur de mau­vaises pistes. « Vers le châ­teau d’eau, par exemple. » Dif­fi­cile d’éga­rer les fans et les ama­teurs de sel­fies dé­sor­mais, les chaînes d’info en conti­nu ont plan­qué de­vant chez lui des heures au len­de­main de sa dé­mis­sion. « Who is Mr Hu­lot ? »

Sur la pointe du Dé­col­lé, de l’autre cô­té de la baie, de rares va­can­ciers en cette mor­te­sai­son montrent du doigt l’élégante bâ­tisse en contre­bas sur la fa­laise. « Celle-là, avec les vo­lets blancs, re­con­naît ex­ci­tée une sep­tem­briste, re­trai­tée en cas­quette et sac à dos. Elle est plus pe­tite que les voi­sines, la mai­son de Hu­lot, non ? » Des An­glais qui ar­rivent à vélo de­mandent : « Who is Mr Hu­lot ? » (« Qui est M. Hu­lot ? »)

Les bou­listes ren­con­trés sur la plage de Long­champs connaissent eux l’adresse de la jo­lie de­meure « et sa va­leur de 1,5 mil­lion d’eu­ros ! » moque Re­né, ve­nu d’Al­sace. Ce mon­tant est ce­lui dé­cla­ré par l’ex­mi­nistre de l’Eco­lo­gie. « Mais on s’en fiche s’il a une belle mai­son ! Il a de l’ar­gent et c’est d’au­tant plus cou­ra­geux de s’en­ga­ger », s’énerve son com­pa­gnon de jeu, Ber­nard, na­tif du coin, qui dé­fend au contraire le « hé­ros lo­cal ».

« Nos en­fants al­laient dans la même école. Alors mi­nistre ou autre chose... » BER­TRAND, PA­TRON D’UNE CRÊ­PE­RIE

Saint-Lu­naire (Ille-et-Vi­laine), jeu­di. Loin d’être dé­pri­mé après son dé­part du gou­ver­ne­ment, Ni­co­las Hu­lot, le teint hâ­lé, semble dé­ten­du.

La mai­son de l’an­cien mi­nistre, sus­pen­due à flanc de fa­laise, est es­ti­mée à 1,5 mil­lion d’eu­ros.

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