Avec Ma­cron, l’ombre d’un doute

Le Parisien (Oise) - - LE FAIT DU JOUR - PAR NA­THA­LIE SCHUCK  @Na­tha­lie Schuck UN ÉMINENT MACRONISTE

de la no­mi­na­tion d’Edouard Phi­lippe à Ma­ti­gnon, un éminent macroniste a mis le pré­sident en garde : « C’est un bon coup élec­to­ral, mais il n’est pas sur notre ligne po­li­tique et, à par­tir de ce soir, tu as un ri­val… » Of­fi­ciel­le­ment, entre les deux hommes, tout va très bien, mer­ci ! De­puis des se­maines, les su­jets de cris­pa­tion se sont pour­tant mul­ti­pliés entre Ma­ti­gnon et l’Ely­sée. Au point que des fi­dèles du pré­sident, membres du pre­mier cercle – bien au-de­là de la bande de jeunes dé­pu­tés LREM qui ont pris Edouard Phi­lippe pour pun­ching-ball — laissent per­cer un vif aga­ce­ment en­vers le Pre­mier mi­nistre, ce « dan­dy fleg­ma­tique ». Sa faute sup­po­sée ? Mé­na­ger sa courbe de po­pu­la­ri­té, su­pé­rieure à celle du chef de l’Etat, qu’il est cen­sé pro­té­ger.

« Il ne se voit pas Pre­mier mi­nistre cinq ans, il se pro­jette dans autre chose. In­ves­tir tout son ca­pi­tal po­li­tique dans la mise en oeuvre des ré­formes, c’est un ob­jec­tif par­mi d’autres pour lui, alors que ça de­vrait être le seul », ac­cuse un im­por­tant macroniste. « Il se planque comme je n’ai ja­mais vu quel­qu’un se plan­quer ! » ose un autre, qui ou­blie que le Pre­mier mi­nistre a mouillé la che­mise sur l’af­faire Be­nal­la.

L’an­cien maire du Havre (Seine-Ma­ri­time), qu’Em­ma­nuel Ma­cron a pres­sé, en le nom­mant, d’être à 100 % à son poste, au­rait d’in­avouables ar­rière-pen­sées qui l’in­ci­te­raient à moins s’ex­po­ser. Il pré­pa­re­rait la suite, en­tend-on, au cas où son bail s’in­ter­rom­prait. « Edouard ne pèse pas suf­fi­sam­ment, donc si un jour ça foire, Ma­cron n’hé­si­te­ra pas », glisse, lu­cide, un « phi­lip­piste ». « Ma­cron a évi­dem­ment un deuxième man­dat en ligne de mire, et ça ne se fait pas avec le même Pre­mier mi­nistre. Il faut épui­ser Edouard jus­qu’aux mu­ni­ci­pales (NDLR : au prin­temps 2020) et consti­tuer un gou­ver­ne­ment pour la conquête », sug­gère un pi­lier de la ma­jo­ri­té. Le cac­tus des 80 km/h

D’au­cuns lui prêtent donc des vues sur la mai­rie de Pa­ris en 2020 (lire ci-contre) pour pré­pa­rer la pré­si­den­tielle de 2027, comme le fit Jacques Chi­rac, son idole. Et d’autres l’ima­ginent ras­sem­bler les élus de la droite et du centre qui fuient Laurent Wau­quiez. « Il veut re­faire l’UMP, re­prendre la droite, comme Chi­rac », spé­cule un macroniste, qui rap­pelle qu’il avait oeu­vré à la créa­tion de ce par­ti avec Alain Juppé en 2002.

La ré­duc­tion de la vi­tesse à 80 km/h, es­tam­pillée Edouard Phi­lippe, a don­né lieu avant l’été aux pre­miers frot­te­ments avec l’Ely­sée, où de hauts conseillers n’hé­si­taient pas à épin­gler une me­sure qui al­lait « em­mer­der les Fran­çais ». Le pré­lè­ve­ment à la source, aus­si, a pro­vo­qué un gros coup de frein du chef de l’Etat, pas ras­su­ré par le dis­po­si­tif mis au point par le tan­dem Edouard Phi­lippe-Gé­rald Dar­ma­nin, très proches. Mais c’est sur­tout le gi­ga­plan d’éco­no­mies de 30 Mds€ dit CAP2022 — pas en­core ar­bi­tré — qui a at­ti­sé les soup­çons des ma­cro­nistes. « C’est là­des­sus qu’Edouard Phi­lippe veut ca­pi­ta­li­ser au­près du peuple de droite », lance l’un. Pour vi­ser quoi ? L’Ely­sée ? « Quand vous êtes Pre­mier mi­nistre, il n’y a pas beau­coup de choses qui s’offrent à vous… » phi­lo­sophe le même.

Pa­ris (VIIIe), le 11 no­vembre 2017. Cer­tains ma­cro­nistes prêtent à Edouard Phi­lippe la vo­lon­té de ras­sem­bler les élus de droite et du centre qui fuient Laurent Wau­quiez, voire de pré­pa­rer la pré­si­den­tielle de 2027.

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