Le «Charles-de-Gaulle» re­trouve la mer

Le Parisien (Oise) - - POLITIQUE - MI­CHEL GOYA, AN­CIEN CO­LO­NEL DE MA­RINE

le « Charles-deGaulle » ! Le seul porte-avions fran­çais, en cale sèche de­puis dé­cembre 2016, est res­sor­ti en mer, ven­dre­di au large de Tou­lon (Var), après avoir su­bi une ré­no­va­tion com­plète à mi-vie. « On at­tend ce mo­ment de­puis presque deux ans ! On se lan­guis­sait de pou­voir re­par­tir en mis­sion », se ré­jouit un ma­rin en poste sur le na­vire.

Le « Charles-de-Gaulle », lan­cé en 2001, va se plier pen­dant quatre mois à une bat­te­rie d’es­sais du sys­tème de pro­pul­sion nu­cléaire ou des nou­veaux équi­pe­ments, comme le ra­dar de der­nière gé­né­ra­tion. Ob­jec­tif : vé­ri­fier com­ment la plate-forme, en­tiè­re­ment mo­der­ni­sée, ré­agit en si­tua­tion réelle. « On fe­ra aus­si des en­traî­ne­ments avec les avions, de fa­çon à ce qu’il soit de nou­veau opé­ra­tion­nel en 2019 », dé­taille le porte-pa­role de la ma­rine na­tio­nale, Ber­trand Du­mou­lin.

Il était temps car, pen­dant deux ans, l’ar­mée fran­çaise ne pou­vait pas comp­ter sur d’autres porte-avions en ser­vice. « Ça n’a em­pê­ché en rien les avions fran­çais de conti­nuer leur lutte contre Daech au Le­vant, ni l’opé­ra­tion Ha­mil­ton pour dé­truire l’ar­se­nal chi­mique de Ba­char al-As­sad », as­sure l’en­tou­rage de la mi­nistre des Ar­mées, Flo­rence Par­ly. Sauf qu’un tel na­vire est for­cé­ment un en­jeu di­plo­ma­tique. « Quand on fait ve­nir un porte-avions, tout le monde le voit et ça en­voie un si­gnal à l’ad­ver­saire », ap­puie l’an­cien co­lo­nel de ma­rine Mi­chel Goya. Sur­tout dans les zones trop éloi­gnées pour en­voyer des Ra­fale de­puis Pa­ris ou dans les­quelles la France ne dis­pose pas de base mi­li­taire.

Après une autre sé­rie de tra­vaux dans dix ans, le « Charles-de-Gaulle » se­ra dé­bran­ché au plus tard en 2040. Des études viennent d’être lan­cées pour « connaître le coût et la du­rée de construc­tion à pré­voir » pour son suc­ces­seur, ex­plique Ber­trand Du­mou­lin. Voire ses suc­ces­seurs, comme ne l’a pas ex­clu Flo­rence Par­ly di­manche der­nier.

Outre l’as­pect stra­té­gique, le coût fi­nan­cier va aus­si en­trer en jeu. Car le prix d’ac­qui­si­tion d’un porte-avions est com­pris entre 3 et 4 Mds€, sans comp­ter son coût d’em­ploi et d’en­tre­tien qui fait au moins dou­bler l’ad­di­tion. La « re­fonte à mi-vie » du « Charles-deGaulle » a coû­té 1,3 Md€ pour quatre mil­lions d’heures de tra­vail cu­mu­lées dans le bas­sin Vau­ban.

« Il y a un ar­bi­trage à faire entre la construc­tion d’un deuxième ou le ren­for­ce­ment d‘autres équi­pe­ments », pointe Mi­chel Goya. Au moins un des deux chan­tiers de­vra être lan­cé au plus tard en 2025 pour que la France ne se re­trouve pas en rade lorsque le « Charles-de-Gaulle » — il a fal­lu qua­torze ans pour le conce­voir ! — se­ra hors ser­vice. Après les cri­tiques d’Anne Hi­dal­go sur le plan d’amé­lio­ra­tion de la ligne 13 pro­po­sé par Va­lé­rie Pé­cresse, la pré­si­dente de la ré­gion Ile-de-France a ré­pli­qué en pe­tit co­mi­té avec un tacle glis­sé as­sas­sin sur la maire de Pa­ris : « Quand on ne sait pas gé­rer ses vé­los (NDLR : al­lu­sion aux pro­blèmes du Vé­lib’), on n’es­saie pas de gé­rer le mé­tro. »

Le porte-avions « Charles-de-Gaulle » au large de Tou­lon (Var), en 2015.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.