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Le Parisien (Oise) - - ECO - PROPOS RE­CUEILLIS PAR M.P.

Cer­tains au­teurs de best­sel­lers mé­di­caux ont dé­ra­pé lorsque, usant (et abu­sant ?) de leur suc­cès, ils se sont crus au­to­ri­sés à trans­gres­ser les règles. « Le Code de la san­té pu­blique in­ter­dit au mé­de­cin de faire de la pu­bli­ci­té et du com­merce en de­hors de l’in­for­ma­tion du pu­blic », pré­cise Dr Jean-Ma­rie Fa­roud­ja, pré­sident de la sec­tion éthique du Conseil na­tio­nal de l’ordre des mé­de­cins.

Ce fut le cas du Pierre Du­kan, ra­dié en 2014 car il usait de son titre de doc­teur pour vendre à l’in­fi­ni son Re­gi­me­du­kan.com et même « la croi­sière Du­kan pour mai­grir en mer »… Le nu­tri­tion­niste Jean-Mi­chel Co­hen, connu pour ses best-sel­lers sur l’ali­men­ta­tion et très pré­sent à la télévision, a lui aus­si été in­ter­dit d’exer­cer la mé­de­cine de 2016 à 2017 par l’ordre, au mo­tif qu’il « avait mé­con­nu l’in­ter­dic­tion de pra­ti­quer la mé­de­cine comme un com­merce et l’obli­ga­tion de s’abs­te­nir de tout pro­cé­dé pu­bli­ci­taire » en étant très pré­sent sur le site Sa­voir mai­grir. Les ventes de livres sont pas­sées de 309 à 300 mil­lions entre 2015 et 2017.

guide mé­di­cal, « Dé­pres­sions, an­ti­dé­pres­seurs : ef­fi­ca­ci­té, dan­ger, contre-in­di­ca­tions » (Ed. du Cherche-Mi­di), qu’il co­signe avec Ber­nard De­bré, pro­met d’être en­core un best­sel­ler. Bien qu’il n’exerce plus de­puis dix-huit ans et a été ra­dié en 2016 de l’ordre des mé­de­cins pour « man­que­ment à ses de­voirs de confra­ter­ni­té », ce­la n’em­pêche pas Phi­lippe Even, 86 ans, de se li­vrer, comme à son ha­bi­tude, sans dé­tour sur la no­tion de suc­cès en li­brai­rie.

Com­ment ex­pli­quez-vous que cer­tains livres de san­té s’ar­rachent ?

Les gens sont plus cu­rieux qu’avant dans ce do­maine, ils veulent tout com­prendre con­cer­nant leur san­té. Cer­tains sont in­quiets, donc ils s’an­goissent et s’in­forment pour en sa­voir plus. Et puis, les mé­de­cins sont dé­bor­dés, et ils n’ont pas suf­fi­sam­ment de temps à consa­crer à leurs pa­tients et à leurs in­ter­ro­ga­tions. Cet ap­pé­tit nous vient des Etats-Unis, où de nom­breux ou­vrages de ré­fé­rence en san­té font des très gros scores de vente.

Vous-même, êtes-vous sa­tis­fait d’avoir ren­con­tré le suc­cès au­près du grand pu­blic ? Bien sûr, je suis heu­reux de ma no­to­rié­té. Mais ma pre­mière mo­ti­va­tion, c’est de com­battre les men­songes qui cir­culent sur la san­té, no­tam­ment les idées re­çues sur les mé­di­ca­ments. Le suc­cès fait du bien. Mais ça ne va pas de soi, j’aime bien ten­ter de convaincre mon pu­blic.

Com­bien le « Guide des 4 000 mé­di­ca­ments utiles, in­utiles ou dan­ge­reux », votre best-sel­ler, vous a-t-il rap­por­té ?

Au to­tal, 270 000 €. C’est ce qui m’est re­ve­nu. Nous sommes deux au­teurs. C’est une belle somme, mais ce ne sont pas des mil­lions non plus. Je m’en fiche, j’ai ma re­traite de prof de mé­de­cine à 6 000 € par mois. Je ne suis pas à plaindre.

Quel est votre avis sur Fré­dé­ric Sald­mann, Giu­lia En­ders et Mi­chel Cymes, les mé­de­cins qui vendent le plus ? Je trouve que Fré­dé­ric Sald­mann est in­tel­li­gent, il com­prend bien les rap­ports mé­de­cin-ma­lade et parle clair. Je n’ai pas lu le livre sur l’in­tes­tin de Giu­lia En­ders, mais on m’a dit que c’était une bonne ap­proche d’un su­jet peu trai­té. En re­vanche, je trouve que les propos de Mi­chel Cymes sont sou­vent très plats. Moins je l’en­tends, mieux c’est. « Dé­pres­sions, an­ti­dé­pres­seurs », de Phi­lippe Even et Ber­nard De­bré. Ed. du Cher­cheMi­di. 396 pages, 21 €.

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