« MACBETH »

Le Parisien (Oise) - - CULTURE -

de Jo Nes­bo, Ed. Gal­li­mard, col­lec­tion Sé­rie noire, 624 p., 21 €. Il faut du cu­lot pour in­ti­tu­ler un ro­man « Macbeth » en 2018. Ça tombe bien : Jo Nes­bo n’en manque pas. Maître du po­lar nor­vé­gien, père du flic Har­ry Hole, dont les aven­tures ont été adap­tées plu­sieurs fois au ci­né­ma — no­tam­ment dans « le Bon­homme de neige », l’an der­nier —, l’écri­vain a re­le­vé un dé­fi ti­ta­nesque pour si­gner cet ou­vrage brillant. Ce­lui qui fut aus­si jour­na­liste éco­no­mique et chan­teur d’un groupe de pop n’a pas em­prun­té à Sha­kes­peare le titre de sa pièce par ha­sard : son « Macbeth » est une trans­po­si­tion de l’oeuvre du tra­gé­dien dans les an­nées 1970 et dans une ville écos­saise gan­gre­née par le chô­mage, la drogue, la pol­lu­tion et la cor­rup­tion.

Ici, il est tou­jours ques­tion de pou­voir, de meurtres, d’amour et de fo­lie. Les per­son­nages portent les mêmes noms que ceux in­ven­tés par Sha­kes­peare : Macbeth et La­dy Macbeth, mais aus­si Dun­can, Mal­colm, Fleance… Leurs re­la­tions sont cal­quées sur celles des pro­ta­go­nistes de la pièce ori­gi­nelle. Ce­pen­dant, le Macbeth de Nes­bo ne veut pas de­ve­nir roi mais pré­fet de po­lice. Les pro­phé­ties des sor­cières de Sha­kes­peare sont rem­pla­cées par les ra­gots de pros­ti­tuées. In­ver­ness n’est pas le châ­teau de Macbeth, mais le ca­si­no de La­dy, sa com­pagne. Et le per­son­nage prin­ci­pal ne souffre pas d’hal­lu­ci­na­tions, il est sous l’ef­fet d’une drogue.

Sombre, uni­ver­sel, pas­sion­nant dans son in­ter­ro­ga­tion sur la fron­tière entre le Bien et le Mal, ce « Macbeth » ver­sion 2018 té­moigne une fois de plus de la vir­tuo­si­té de Nes­bo pour ima­gi­ner des per­son­nages com­plexes et agen­cer les pièces d’une in­trigue sai­sis­sante pen­dant 624 pages. « D’ha­bi­tude, je tra­vaille sur un sy­nop­sis de 50 à 70 pages pen­dant un long mo­ment avant d’écrire, confie le Scan­di­nave de 58 ans. Là, quel­qu’un avait dé­jà fait le bou­lot pour moi. J’ai construit cette his­toire à par­tir de là, scène par scène, acte par acte, de la même fa­çon que je le fais avec mes sy­nop­sis. »

Ce n’est pas Nes­bo qui a eu l’idée d’adap­ter Sha­kes­peare. « Mon édi­teur an­glais m’a de­man­dé de par­ti­ci­per à un pro­jet réunis­sant des écri­vains s’ins­pi­rant de ses pièces, ra­conte l’au­teur. Nor­ma­le­ment, je n’aime pas les exer­cices im­po­sés, mais là, c’était l’oc­ca­sion d’écrire à propos de Macbeth. Je suis fas­ci­né par ce per­son­nage de­puis mon en­fance. »

« Le per­son­nage de Macbeth a été une source d’ins­pi­ra­tion pour créer Har­ry Hole », avoue même Jo Nes­bo. Et l’écri­vain de sou­li­gner les points com­muns entre le hé­ros sha­kes­pea­rien et son flic aux mé­thodes peu or­tho­doxes. « Les deux avancent vers leur cô­té obs­cur, sou­ligne-t-il. C’est d’ailleurs très per­tur­bant de réa­li­ser le de­gré de vio­lence, de pé­ché et de mal que vous êtes prêt à ex­cu­ser de la part du pro­ta­go­niste que vous avez choi­si. Bien sûr, Macbeth bas­cule vers le Mal dès le dé­but du ro­man alors qu’Har­ry reste plu­tôt du bon cô­té de la ligne entre hé­ros et mé­chant… »

De­puis « Macbeth », Nes­bo est re­pas­sé du « bon cô­té » : le Nor­vé­gien tra­vaille sur une nou­velle aven­ture de

Har­ry Hole, « Cou­teau », qui sor­ti­ra l’an pro­chain. 29 MARS 1960. Nais­sance à Os­lo, en Nor­vège. 1993-1998. Au­teur, com­po­si­teur et in­ter­prète du groupe de pop Di Derre. 1997. Après avoir quit­té son poste de jour­na­liste éco­no­mique, il pu­blie son pre­mier ro­man po­li­cier, « l’Homme chauve-sou­ris ». C’est la nais­sance de son flic de hé­ros, Har­ry Hole.

2011. Son ro­man « Chas­seurs de têtes » est adap­té au ci­né­ma et en sé­rie té­lé­vi­sée.

2015. Crée la sé­rie té­lé­vi­sée « Oc­cu­pied ».

2017. Pu­blie « la Soif », son on­zième po­lar met­tant en scène Har­ry Hole.

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