« Les in­ci­vi­li­tés ne sont pas une fa­ta­li­té »

DA­VID LISNARD, MAIRE DE CANNES, ET JEAN-MI­CHEL AR­NAUD, VICE-PRÉ­SIDENT DE PUBLICIS CONSUL­TANTS

Le Parisien (Oise) - - LA UNE - Jo­seph Di­chy, PRO­FES­SEUR DE LIN­GUIS­TIQUE ARABE ET SE­CRÉ­TAIRE GÉ­NÉ­RAL DU CO­MI­TÉ IN­TER­UNI­VER­SI­TAIRE D’ÉTUDES ARABES (CIDEA) Pierre-Louis Rey­mond, PRO­FES­SEUR DE CLASSES PRÉPARATOIRES AUX GRANDES ÉCOLES ET VICE-PRÉ­SIDENT DE L’AS­SO­CIA­TION FRAN­ÇAISE DES ARABI

Jean-Mi­chel Blan­quer, mi­nistre de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, dé­cla­rait le 11 sep­tembre der­nier :

« L’arabe est une très grande langue lit­té­raire qui doit être ap­prise ; pas seu­le­ment par les per­sonnes qui sont d’ori­gine magh­ré­bine ou de pays de langue arabe. » Il fait écho au rap­port de l’Ins­ti­tut Mon­taigne, dû à Ha­kim El Ka­roui. Nous sous­cri­vons plei­ne­ment au pro­jet de M. Blan­quer d’ou­vrir l’en­sei­gne­ment par le ser­vice pu­blic de cette grande langue d’échanges et de culture, gé­né­ra­trice d’em­ploi à des élèves et étu­diants de toutes les ori­gines.

L’en­sei­gne­ment de l’arabe en France est is­su d’une tra­di­tion sé­cu­laire et pres­ti­gieuse, de­puis la créa­tion de la pre­mière chaire d’arabe en 1530 par Fran­çois Ier. Cette langue-culture est au­jourd’hui en­sei­gnée dans le ser­vice pu­blic du pri­maire aux col­lèges et ly­cées, mais aus­si à l’uni­ver­si­té, dans les grandes écoles et les ins­ti­tuts d’études po­li­tiques, signe de son im­por­tance pour l’ave­nir. La France est le seul pays oc­ci­den­tal à en­sei­gner l’arabe à tous les ni­veaux avec des en­sei­gnants ti­tu­laires. Mais notre sys­tème édu­ca­tif n’adapte pas son offre à une de­mande en pleine crois­sance.

Tout doit pas­ser par la for­ma­tion d’en­sei­gnants bi­lingues de haut ni­veau, et en France, par les concours de l’agré­ga­tion (créée en 1905) et du Capes (1973), qui per­mettent à l’Edu­ca­tion na­tio­nale des re­cru­te­ments contrô­lés et d’un ni­veau d’exi­gence qui étonne sou­vent les in­ter­lo­cu­teurs eu­ro­péens ou du monde arabe. L’agré­ga­tion comme le Capes re­quièrent un ni­veau éle­vé de bi­lin­guisme et des connais­sances so­lides dans les trois grands do­maines de cette dis­ci­pline : ci­vi­li­sa­tion, langue et lit­té­ra­ture, res­pec­ti­ve­ment mé­dié­vales et mo­dernes. A ce­la s’ajoute la connais­sance de l’un des par­lers arabes ac­tuels.

Le rap­port de l’Ins­ti­tut Mon­taigne et les alertes suc­ces­sives du Co­mi­té in­ter­uni­ver­si­taire d’études arabes (Cidea) et de l’As­so­cia­tion fran­çaise des ara­bi­sants (AFDA) sou­lignent la par­ti­ci­pa­tion trop mi­no­ri­taire du ser­vice pu­blic aux en­sei­gne­ments de l’arabe.

L’en­sei­gne­ment pu­blic de l’arabe en 2017-2018 concerne 11 174 élèves dans l’Hexa­gone et 2 900 en­vi­ron dans les DOM-TOM. Il s’y ajoute un mil­lier d’élèves de l’en­sei­gne­ment à dis­tance qui pal­lie les ca­rences de la carte sco­laire des langues, et près de 700 élèves de classes préparatoires aux grandes écoles, ma­jo­ri­tai­re­ment ti­tu­laires d’un bac­ca­lau­réat en pays arabe.

NOTRE SYS­TÈME ÉDU­CA­TIF N’ADAPTE PAS SON OFFRE

À UNE DE­MANDE EN PLEINE CROIS­SANCE

Ces chiffres ne cor­res­pondent pas aux be­soins sco­laires du pays. Dans l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur 5 000 à 6 000 étu­diants sont ins­crits à des di­plômes d’arabe, alors que le nombre d’élèves qui pré­sentent l’arabe au bac­ca­lau­réat est net­te­ment in­fé­rieur.

Dans le se­con­daire, les langues vi­vantes dé­pendent de l’offre des aca­dé­mies. Des pa­rents dé­si­reux de voir leurs en­fants ap­prendre l’arabe se trouvent de fait dé­cou­ra­gés, et de portes fer­mées en re­buf­fades, sont ame­nés à s’adres­ser à des en­sei­gne­ments as­so­cia­tifs le plus sou­vent re­li­gieux, qui ac­cueillent, d’après le rap­port de H. El Ka­roui, dix fois plus d’élèves que le ser­vice pu­blic. De­puis trois dé­cen­nies au moins, le ser­vice pu­blic, qui an­nonce des en­sei­gne­ments de langues di­ver­si­fiés, con­traint en réa­li­té les pa­rents d’élèves in­té­res­sés par l’arabe à dé­pendre d’as­so­cia­tions com­mu­nau­taires. Est-ce là le rôle de l’école de la Ré­pu­blique ?

Des so­lu­tions existent. Ce­la passe no­tam­ment par une aug­men­ta­tion si­gni­fi­ca­tive des postes aux concours et un ren­for­ce­ment des for­ma­tions, ins­crites dans un plan tri­san­nuel. Le nombre d’en­sei­gnants d’arabe dans les col­lèges et ly­cées est tom­bé de 300 il y a une di­zaine d’an­nées, à 200 en­vi­ron au­jourd’hui. Il y avait en 2018, 3 postes à l’agré­ga­tion et 4 au Capes. Il fau­drait dans un tout pre­mier temps dou­bler ces chiffres.

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