« L’in­dé­pen­dance a été mar­quée de vio­lences ré­ci­proques »

CENT VINGT ANS DE PRÉ­SENCE FRAN­ÇAISE ONT MÊLÉ INEXTRICABLEMENT LE NÉ­GA­TIF AU PO­SI­TIF

Le Parisien (Oise) - - OPINIONS - Jean-Fé­lix Val­lat, PRÉ­SIDENT DE LA MAI­SON DES AGRI­CUL­TEURS ET DES FRAN­ÇAIS D’AFRIQUE DU NORD, MEMBRE DU CO­MI­TÉ DE SOU­TIEN DU GROUPE DE RE­CHERCHE DES FRAN­ÇAIS DIS­PA­RUS EN AL­GÉ­RIE

La vo­lon­té du pré­sident de la Ré­pu­blique ex­pri­mée le 13 sep­tembre 2018 de re­con­naître les as­pects sombres de la guerre d’Al­gé­rie à tra­vers le cas tra­gique de Mau­rice Au­din ne se­ra sus­cep­tible de ré­duire les frac­tures tant fran­co-al­gé­riennes que fran­co-fran­çaises que si elle par­vient à être in­clu­sive. Au mo­ment même où dis­pa­rais­sait ce ma­thé­ma­ti­cien fran­çais en­sei­gnant à l’uni­ver­si­té d’Al­ger, Al­bert Ca­mus stig­ma­ti­sait le « ter­ro­risme cri­mi­nel du FLN » contre les ci­vils de toute confes­sion tout comme « les ex­cès de la ré­pres­sion », alors que Jean-Paul Sartre écri­vait :

« Dans un pre­mier temps il faut tuer. Tuer un Eu­ro­péen, c’est faire d’une pierre deux coups, vous sup­pri­mez un op­pres­seur et un op­pri­mé, restent un homme mort et un homme libre. »

Cent vingt ans de pré­sence fran­çaise en Al­gé­rie ont mêlé inextricablement le né­ga­tif au po­si­tif et la guerre d’in­dé­pen­dance a été mar­quée de vio­lences ré­ci­proques, de dis­pa­ri­tions comme celle de Mau­rice Au­din, mais aus­si de nom­breux Eu­ro­péens et mu­sul­mans loya­listes.

Entre le 1er no­vembre 1954 et jus­qu’en 1963, avec une vague mas­sive après le 18 mars 1962, date des ac­cords d’Evian, et se­lon des don­nées ap­por­tées par le gou­ver­ne­ment fran­çais, 3109 ci­vils eu­ro­péens ont été en­le­vés par le FLN, dont 1 700 ont dis­pa­ru avec une forte pré­somp­tion de dé­cès. Le seul 5 juillet 1962 à Oran a vu plus de 700 ci­vils eu­ro­péens mas­sa­crés sans au­cune in­ter­ven­tion de l’ar­mée fran­çaise, can­ton­née dans ses quar­tiers sur ordre du gou­ver­ne­ment fran­çais. Le Co­mi­té in­ter­na­tio­nal de la Croix-Rouge (CICR) a en­quê­té entre mars et sep­tembre 1963 sur 1200 dis­pa­ri­tions et conclut à 70 % de dé­cès, 20 % de pré­somp­tion de dé­cès, 10 % de re­trou­vés. Son rap­port trans­mis le 24 oc­tobre 1963 au gou­ver­ne­ment fran­çais énonce qu’il n’a pu ac­cé­der à 20 camps de dé­ten­tion de l’ALN. La dif­fu­sion du rap­port du CICR, au­to­ri­sée en 2003 par M. Raf­fa­rin, Pre­mier mi­nistre, a ou­vert un dos­sier trop long­temps oc­cul­té.

A juste titre, le pré­sident Ma­cron, dans ses dé­cla­ra­tions sur Mau­rice Au­din, a sou­hai­té l’ou­ver­ture des archives sur les dis­pa­rus ci­vils et mi­li­taires de la guerre d’Al­gé­rie des deux camps. Mau­rice Au­din n’était pas du cô­té de la France, mais de ce­lui du FLN. Membre du Par­ti com­mu­niste al­gé­rien, il mi­li­tait pour l’in­dé­pen­dance et hé­ber­geait des clan­des­tins. Le nou­vel Etat al­gé­rien a éle­vé une stèle à sa mé­moire dans sa ca­pi­tale. Là aus­si cette dé­marche sa­lu­taire doit être in­clu­sive. Il se­rait in­sup­por­table que les dis­pa­rus cap­tu­rés et exé­cu­tés en rai­son de leur en­ga­ge­ment pour la France soient trai­tés d’une fa­çon in­égale parce qu’ils se­raient les vic­times d’une cause per­due.

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