Jup­pé en phase avec Ma­cron sur l’Eu­rope

Alain Jup­pé a as­su­ré avoir la même concep­tion de l’UE que le chef de l’Etat, au cours d’un dé­bat pu­blic à Bor­deaux.

Le Parisien (Oise) - - LA UNE - DE NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE, VA­LÉ­RIE HACOT, À BOR­DEAUX (GI­RONDE) ALAIN JUP­PÉ

COMME UN CLIN D’OEIL. C’est dans une salle à man­ger at­te­nante à la grande salle des ma­riages de la mai­rie de Bor­deaux qu’Alain Jup­pé et la mi­nistre aux Af­faires eu­ro­péennes, Na­tha­lie Loi­seau, ont pris place hier mi­di pour un dé­jeu­ner en tête à tête. Tout un sym­bole alors qu’en vue des élec­tions eu­ro­péennes de mai 2019 la Ré­pu­blique en marche (LREM) fait une cour as­si­due au maire de Bor­deaux. Et que ce der­nier vient de fran­chir un pas de plus en di­rec­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron en dé­cla­rant la veille, dans « le Point », que « son pro­jet est co­hé­rent et am­bi­tieux. Je le par­tage très lar­ge­ment ».

C’est donc dans ce contexte de qua­si-lune de miel que la mi­nistre est pas­sée hier à Bor­deaux pour une consul­ta­tion ci­toyenne sur l’Eu­rope au cô­té de son an­cien men­tor. Na­tha­lie Loi­seau est, en ef­fet, une jup­péiste « ca­nal his­to­rique » et… « avec des che­veux », tient-elle à pré­ci­ser. Elle était conseillère à son ca­bi­net au mi­nis­tère des Af­faires étran­gères, il y a plus de vingt-cinq ans. « Il m’ap­pelle en­core par mon nom de jeune fille, Du­cou­lom­bier », s’amuse-t-elle.

Une longue his­toire en com­mun qui ne peut que fa­ci­li­ter les trac­ta­tions. « La lo­gique se­rait qu’on avance en­semble. Nous avons les mêmes in­quié­tudes face aux dé­mo­lis­seurs de l’Union, la même vi­sion de l’Eu­rope qu’il faut ré­for­mer », as­sure Loi­seau. « Entre nos deux conceptions, il n’y a pas l’épais­seur d’une feuille de pa­pier à ci­ga­rette », ren­ché­rit Jup­pé, pa­ra­phra­sant la for­mule fé­tiche du Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, pour dé­crire ses re­la­tions avec le chef de l’Etat en ces temps de re­ma­nie­ment. Un re­ma­nie­ment — an­non­cé pour les pro­chaines heures — qui n’al­tère en rien, du moins of­fi­ciel­le­ment, l’at­mo­sphère : « Je suis ab­sor­bée par mon tra­vail, je le vis très bien », coupe court Na­tha­lie Loi­seau. « Sur le re­ma­nie­ment, je ne suis pas com­pé­tent », s’amuse Alain Jup­pé avant d’en­chaî­ner : « Edouard Phi­lippe est un ex­cellent Pre­mier mi­nistre et je lui sou­haite bonne chance. »

L’heure est donc à l’en­tente presque par­faite. Sauf que Jup­pé n’a pas en­core to­ta­le­ment suc­com­bé aux charmes de la Ré­pu­blique en marche et re­fuse tou­jours d’an­non­cer of­fi­ciel­le­ment son sou­tien pour les eu­ro­péennes. « Je vais m’en­ga­ger, car il faut se battre face aux cas­seurs d’Eu­rope — les Trump, Pou­tine et notre propre scep­ti­cisme. Mais avant, je vais re­gar­der les pro­jets. A ce mo­ment-là, je pren­drai po­si­tion », mar­tèle-t-il. Avant de pré­ci­ser qu’il ne fe­ra pas acte de can­di­da­ture sur la liste eu­ro­péenne LREM ni… au gou­ver­ne­ment.

« ENTRE NOS DEUX CONCEPTIONS, IL N’Y A PAS L’ÉPAIS­SEUR D’UNE FEUILLE DE PA­PIER À CI­GA­RETTE »

« J’en ai dé­jà goû­té les charmes », iro­nise-t-il. N’en pro­fi­te­rait-il pas tou­te­fois pour condi­tion­ner son ral­lie­ment eu­ro­péen — comme on le soup­çonne de le faire — à l’en­trée au gou­ver­ne­ment de cer­tains de ses fi­dèles, tel Maël de Ca­lan ? « En gé­né­ral, j’aime bien sou­te­nir mes amis », ré­pond-il, énig­ma­tique.

Reste qu’Alain Jup­pé en­tend aus­si faire mon­ter les en­chères sur le pro­jet en cours de ré­dac­tion de LREM. Hier, il a plai­dé en fa­veur d’une po­li­tique de quo­tas de l’im­mi­gra­tion. Pas vrai­ment la tasse de thé des ma­cro­nistes… Il y au­rait donc en­core des marges de né­go­cia­tion, la feuille de pa­pier à ci­ga­rette s’est un rien épais­sie. « Chouette, y a en­core un mil­li­mètre ! » s’amuse Jup­pé.

Bor­deaux, hier. Alain Jup­pé et Na­tha­lie Loi­seau, mi­nistre aux Af­faires eu­ro­péennes et jup­péiste his­to­rique, ont af­fi­ché leur en­tente.

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