«A ce rythme, l’école se­ra en faillite dans quatre ans»

Agnès Ver­dier-Mo­li­nié, di­rec­trice du think tank l’iFRAP

Le Parisien (Oise) - - DIMANCHE -

de la Fon­da­tion iFRAP, think tank li­bé­ral qui éva­lue les po­li­tiques pu­bliques, Agnès Ver­dier-Mo­li­nié, vient de pu­blier « En marche vers l’im­mo­bi­lisme » (Ed. Al­bin Mi­chel). Elle y passe au crible les grandes ré­formes du dé­but de quin­quen­nat.

Vous avez eu ac­cès aux comptes de l’ENA ? Quel constat gé­né­ral faites-vous ? A.V.-M.

Ce­lui d’une grosse fra­gi­li­té fi­nan­cière, ca­rac­té­ri­sée par un dé­fi­cit ré­cur­rent qui né­ces­site des ponc­tions ré­gu­lières dans la tré­so­re­rie de l’école. Ce dé­fi­cit culmine à près de 3 M€. Sur un bud­get glo­bal de 40 M€, ce n’est pas un dé­tail ! A ce rythme-là, si rien n’est fait, l’école se­ra en faillite dans quatre ans.

La mau­vaise si­tua­tion fi­nan­cière de l’école est connue de­puis 2012. Le phé­no­mène s’est-il am­pli­fié ? Il y a une ag­gra­va­tion du dé­fi­cit. Le se­cré­taire gé­né­ral en fait in­di­rec­te­ment l’aveu dans le cour­rier qu’il nous a adres­sé. Il dé­plore que l’école doive sup­por­ter de nou­velles mis­sions im­po­sées par l’Etat sans que ce­lui-ci n’ait aug­men­té sa sub­ven­tion par ailleurs.

Quels sont les postes qui plombent le bud­get ? Il y a un réel pro­blème de masse sa­la­riale pour les 195 per­son­nels de l’école (NDLR : ad­mi­nis­tra­tif, se­cré­ta­riat, in­for­ma­tique, res­sources do­cu­men­taires…)

Leur ré­mu­né­ra­tion at­teint près de 14 M€ en 2017 alors que les in­ter­ve­nants ex­té­rieurs, ceux qui font cours aux élèves, ne pèsent que pour 2,2 M€. Se­lon notre étude, l’ENA pour­rait faire l’éco­no­mie d’en­vi­ron 70 postes par­mi ses per­son­nels per­ma­nents. Peut-être pour une par­tie en sup­pri­mant le deuxième siège de Pa­ris.

La ré­mu­né­ra­tion des élèves coûte aus­si très cher. Beau­coup trop même ! Rien que pour les élèves du tronc com­mun, la fac­ture monte à 9 M€. A ce­la, il faut ajou­ter 5,6 M€ pour payer les sta­giaires et les bour­siers. Bref, c’est un gros poste de dé­penses qui mé­ri­te­rait d’être al­lé­gé. La Fon­da­tion iFRAP pro­pose d’ali­gner la ré­mu­né­ra­tion des élèves de l’ENA sur celle de Po­ly­tech­nique. Et donc de pas­ser de 1 682 € brut par mois en 2016 à en­vi­ron 1 000 € brut.

D’autres écoles sont en dif­fi­cul­té. Pour­quoi l’ENA re­tient-elle votre at­ten­tion ? Parce que l’école s’ap­puie es­sen­tiel­le­ment sur de l’ar­gent pu­blic. Mais sur­tout parce que l’ENA forme les fu­turs hauts fonc­tion­naires de la Cour des comptes, du Con­seil d’Etat ou de l’Ins­pec­tion gé­né­rale des fi­nances, ceux-là mêmes qui gé­re­ront de­main le bud­get de la France. C’est une ques­tion d’exem­pla­ri­té. Je crois que l’ENA de­vrait pro­po­ser à ses élèves un cas pra­tique pour ré­ta­blir ses fi­nances. Si les meilleurs cer­veaux de la Ré­pu­blique ne trouvent pas de so­lu­tion pour équi­li­brer les comptes, c’est in­quié­tant.

La ré­mu­né­ra­tion des élèves est un gros poste de dé­penses, qui mé­ri­te­rait d’être al­lé­gé

Pa­ris, le 9 oc­tobre. Agnès Ver­dier-Mo­li­nié a éplu­ché les comptes de l’Ecole na­tio­nale d’ad­mi­nis­tra­tion et étu­dié les rai­sons de son dé­fi­cit.

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