*Le contexte

Le Parisien (Oise) - - SOCIETE -

Eten­due de la ban­quise le 11 oc­tobre der­nier Eten­due moyenne de la ban­quise à la même pé­riode entre 1981 et 2010

des aven­tu­riers et des yeux bleus à tom­ber… mais quand on le ren­contre au so­leil du jar­din du Luxem­bourg (Pa­ris VIe), où il ex­pose ses pho­tos*, ce sont les doigts de Se­bas­tian Co­pe­land qu’on ne peut s’em­pê­cher de fixer, parce qu’on les avait vus gon­flés et noir­cis sur les ré­seaux so­ciaux après une hy­po­ther­mie sé­vère en 2017. « Les risques du mé­tier », ba­laie-t-il d’un re­vers d’une main re­de­ve­nue im­pec­cable. Le mé­tier de ce quin­qua est aty­pique : pho­to­graphe-gla­cio­logue-aven­tu­rier.

Ex-pu­bard à suc­cès à Hol­ly­wood, ex-ma­ri d’une star­lette, Bri­gitte Niel­sen (blonde fa­tale dans « Ro­cky IV »), le Fran­co-Amé­ri­ca­no-An­glais a aban­don­né cette vie gla­mour pour « ce qui compte », dit-il ÉTATS-UNIS (Alas­ka) DA­NE­MARK (Groen­land) Pôle Nord

IS­LANDE NOR­VÈGE au­jourd’hui : sen­si­bi­li­ser au ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique.

Sa der­nière ex­pé­di­tion au pôle Nord s’est sol­dée par un échec. Par - 63 °C, il s’est re­trou­vé sans moyen de se chauf­fer. « Une valve à 25 cents de mon ré­chaud a lâ­ché, et j’ai dû aban­don­ner une aven­ture à 500 000 $ », iro­nise-t-il. En 2020, il pré­voit de re­tour­ner sur le point le plus sep­ten­trio­nal de la pla­nète. « Ce se­ra sû­re­ment la der­nière ex­pé­di­tion de l’his­toire », pré­vient-il. Avec la suc­ces­sion d’an­nées à re­cords de cha­leur, la glace ne se­ra bien­tôt plus as­sez so­lide… Le dis­cours de l’ex­pert de­vient très tech­nique quand il dé­taille qu’il ne reste plus que 7 % de neiges trans­sai­son­nières, qui tiennent d’une an­née sur l’autre. Contre 80 % dans les an­nées 1980. « Ré­sul­tat, plus au­cun pi­lote RUS­SIE 12 8 6 4 2 ne pour­ra bien­tôt po­ser un avion sur ce ter­rain fra­gi­li­sé », conclut-il.

Plus ja­mais d’ex­plo­ra­teur au pôle Nord ! Dom­mage pour le « club des pôles », ces ha­bi­tués des grandes ran­don­nées sur les glaces, « peu­têtre une ving­taine de per­sonnes, re­cense Se­bas­tian. On se En 2018 Juillet Août Sept. Oct. Nov. connaît tous au moins de ré­pu­ta­tion. On par­tage des as­tuces ». Comme cette fois où, en route pour le pôle Sud, il avait ren­con­tré le Belge Dixie Dan­ser­coer. « Je m’étais dit : Quel fou ! quand il m’avait ra­con­té son ex­ploit de conti­nuer la tra­ver­sée avec une côte bri­sée ! » Mais, quelques jours plus tard, Se­bas­tian blo­quait son traî­neau dans un sas­tru­ga , une arête ge­lée, et se frac­tu­rait deux côtes. « Fort de l’ex­pé­rience de Dixie, je me suis bour­ré d’an­tal­giques et j’ai avan­cé cent jours. »

De­puis dix ans, Se­bas­tian Co­pe­land s’est pro­me­né huit fois dans le cercle Arc­tique. « Il s’agit sim­ple­ment d’en­ga­ge­ment, on ne peut pas y al­ler à moi­tié. » Chez ce confé­ren­cier lo­quace qui passe de l’ana­lyse cli­ma­tique à l’anec­dote « fun­ny », on ne sait plus très bien s’il parle de ses ex­pé­di­tions ou du dé­rè­gle­ment cli­ma­tique. « Des deux, évi­dem­ment », sou­rit-il.

Mais il s’en vou­drait d’être un oi­seau de mau­vais au­gure, l’homme d’ac­tion est en train de lan­cer un fonds fi­nan­cier pour sou­te­nir des start-up dans l’éner­gie re­nou­ve­lable. « Parce que nous avons les so­lu­tions pour li­mi­ter la hausse glo­bale des tem­pé­ra­tures, ceux qui es­saient de nous faire croire que l’éo­lien ou le so­laire sont trop chers, trop peu sûrs, sont des lob­byistes qui nous servent leur ba­ra­tin. »

Pour fi­nir, il nous ra­conte l’his­toire de l’af­fiche de l’ex­po­si­tion du Luxem­bourg. Le cli­ché a été pris à Qaa­naaq, une pe­tite com­mu­nau­té inuite au Groen­land, point fi­nal d’une tra­ver­sée de qua­rante jours, dont les vingt-huit der­nières heures sans dor­mir. « A mon ar­ri­vée, la lu­mière était idéale, il y avait suf­fi­sam­ment de pé­nombre pour voir le bleu des ice­bergs », dé­crit-il. Tant pis pour le re­pos, il part pour huit heures de marche le long de la baie et prend cinq ou six images. Avant que son avion ne vienne le ré­cu­pé­rer, huit jours plus tard, les nuages et les tem­pêtes de neige ne lui ont plus per­mis le moindre cli­ché. « Preuve qu’il ne faut ja­mais at­tendre. Le mo­ment d’agir ne se re­pro­duit ja­mais. » Là, c’est sûr, il parle aus­si de l’ur­gence cli­ma­tique.

* « De pôle en pôle : Un monde qui dis­pa­raît », sur les grilles du jar­din du Luxem­bourg (Pa­ris VIe). Jus­qu’au 23 jan­vier.

Pa­ris (VIe), le 17 sep­tembre. Se­bas­tian Co­pe­land de­vant ses cli­chés.

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