Un­coeur àgauche

Le Parisien (Paris) - - Le fait du jour - PIERRE VAVASSEUR AVEC ALAIN GRAS­SET ET THIER­RY DAGUE

Une jo­lie im­passe pa­vée, près du ci­me­tière du Père- La­chaise, dans une en­clave bo­bo du XIe ar­ron­dis­se­ment. Des stu­dios de tour­nage, trois res­tos bran­chés, quelques com­merces. Jus­qu’à ces der­niers jours, Ju­lie Gayet y vi­vait dans l’ano­ny­mat ab­so­lu. « Ah bon, elle ha­bite ici ? » s’étonne l’em­ployée d’un ca­bi­net d’in­fir­mières. « Je ne pense pas qu’elle soit dé­jà ve­nue chez moi, ré­flé­chit le pa­tron d’une épi­ce­rie ita­lienne. En même temps, je ne suis pas sûr que je l’au­rais re­con­nue… » Quant à ceux qui connaissent l’ac­trice, ils pré­fèrent res­pec­ter sa dis­cré­tion. Jus­qu’à dé­but jan­vier, et la ré­vé­la­tion de sa liai­son avec Fran­çois Hol­lande, Ju­lie Gayet ne fai­sait pas par­ler d’elle. Une pas­sion­née de ci­né­ma de 41 ans, ac­trice- pro­duc­trice qui a gran­di à Su­resnes dans un en­vi­ron­ne­ment douillet : mère an­ti­quaire, père spé­cia­li­sé dans la chi­rur­gie di­ges­tive, et un grand- père com­pa­gnon de la Li­bé­ra­tion.

nElle

pré­fère les che­mins de tra­verse

La ga­mine tra­vaille le chant ly­rique, puis étu­die la co­mé­die à Londres, passe par l’école du Cirque Fra­tel­li­ni de re­tour à Pa­ris. Elle flirte avec le suc­cès en 1996 dans « Del­phine 1 - Yvan 0 » , une co­mé­die ro­man­tique de Do­mi­nique Far­ru­gia. Mais la consé­cra­tion botte en touche.

Elle pré­fère les che­mins de tra­verse. Réa­li­sa­teur en herbe, Va­nya Pei­ra­ni- Vignes l’a re­pé­rée à l’époque. Ils se voient dans un res­tau­rant pour un long- mé­trage. Elle ac­com­pagne le pro­jet. « Ce n’était pas évident pour elle d’ac­cor­der du temps à un inconnu. Elle était simple, sym­pa­thique. » L’af­faire ca­pote. Aux yeux des pro­duc­teurs, Ju­lie n’est pas as­sez ban­kable. Elle ne s’en émeut pas. Pour­suit son pe­tit bon­homme de che­min. Joue une femme per­due pros­ti­tuée, dro­guée dans « Sé­lect Hô­tel » , de Laurent Bouh­nik, qui lui vaut le prix Ro­my Sch­nei­der en 1997. Mais le film in­ter­dit aux moins de 16 ans est un choc… Dans ce monde qui ne jure que par les feux de la rampe, Ju­lie choi­sit l’ombre. Tou­jours. Sur­tout quand vie pri­vée et vie ar­tis­tique risquent de s’en­tre­cho­quer.

Dé­but 2013, elle donne son ac­cord au Stu­dio des Champs- Ely­sées pour mon­ter sur scène, au mois de sep­tembre, en com­pa­gnie de l’ac­teur Pa­trick Braou­dé. Titre de la pièce, ti­rée d’un film de Berg­man : « Scènes de la vie conju­gale » . Mais au prin­temps, Ju­lie re­nonce. La ru­meur d’une liai­son pré­si­den­tielle cir­cule au même mo­ment dans Pa­ris et sur Internet : en mars, l’ac­trice porte plainte contre un blog re­layant l’in­for­ma­tion. Iro­nie du sort : le mois sui­vant, France 2 dif­fuse un té­lé­film sur la cam­pagne de 2012, où Fran­çois Hol­lande est in­car­né par… Pa­trick Braou­dé.

Cette élec­tion, Ju­lie Gayet l’a vrai­ment vé­cue. Elle sou­tient le fu­tur pré­sident de la Ré­pu­blique comme elle l’avait fait en 2007 avec son ex­com­pagne Sé­go­lène Royal. Un en­ga­ge­ment lo­gique, qua­si fa­mi­lial. Son père a tra­vaillé avec les an­ciens mi­nistres de la San­té so­cia­listes Ber­nard Kouch­ner et Claude Evin. Elle a fré­quen­té trois ans au­pa­ra­vant Em­ma­nuel Gi­li­bert, fils de Mi­chel Gi­li- bert, l’an­cien se­cré­taire d’Etat de Rocard, Cres­son et Bé­ré­go­voy.

En 2012, elle est en­core avec le co­mé­dien Bru­no Sa­lo­mone, qui la quitte quelques mois plus tard. Elle en­caisse. « Quand elle a ac­cep­té de faire mon pre­mier film, Nos plus belles va­cances, à ce mo­ment- là, elle s’était fait lar­guer, se sou­vient le réa­li­sa­teur Phi­lippe Lel­louche. Je l’ai ap­pris trois se­maines après et je lui ai de­man­dé pour­quoi elle ne m’en avait pas par­lé. Elle m’a ré­pon­du : Je ne vou­lais pas que tu me re­gardes au­tre­ment. » nA­ma­trice Dif­fi­cile dé­sor­mais de faire comme si de rien n’était, même quand on veut être une co­mé­dienne nor­male. Ex­femme de l’écri­vain et ci­néaste San­tia­go Ami­go­re­na, ma­man de leurs deux en­fants, Ta­déo et Eze­chiel, 16 et 13 ans, Ju­lie Gayet aime faire la cui­sine pour eux, re­ce­voir des amis, boire des bons vins. Ma­man, ac­trice et pro­duc­trice en­ga­gée, son prin­ci­pal bou­lot. « Elle est tou­jours dans les trucs du tiers- monde » , sou­rit un de ses proches. « Elle se ba­garre » , in­siste Thier­ry Fré­maux, dé­lé­gué gé­né­ral du Fes­ti­val de Cannes. « Elle n’a ja­mais été dans le po­gnon » , ré­sume le pro­duc­teur Do­mi­nique Bes­ne­hard. Elle se­ra la voix fran­çaise de Ni­cole Kidman dans « Grace de Mo­na­co » , qui fe­ra l’ou­ver­ture du Fes­ti­val de Cannes. Le rôle d’une prin­cesse, presque d’une pre­mière dame.

de bons vins

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