Elles aus­si partent faire le ji­had

Le­phé­no­mè­ne­reste certes ul­tra­mi­no­ri­taire, mais il existe. Quelques jeunes filles aus­si prennent le che­min de la Sy­rie. Au­grand­damde leurs fa­milles, qui n’ont rien vu ve­nir.

Le Parisien (Paris) - - La Une - LOUISE COLCOMBET

Le phé­no­mène, en­core inconnu il y a quelques mois, semble prendre une am­pleur in­quié­tante. Le ré­cent ap­pel à l’aide dans les mé­dias du père de Y. — un des jeunes ji­ha­distes de Tou­louse ( lire ci- des­sous) —, s’adres­sant aux autres pa­rents dans son cas, a semble- t- il ouvert la voie à des fa­milles qui, ces jours der­niers, se sont ma­ni­fes­tées et laissent dé­sor­mais en­tre­voir un as­pect in­édit du ji­had : le re­cru­te­ment de jeunes femmes. Elles se­raient dé­jà une di­zaine à avoir re­joint les rangs de la ré­bel­lion sy­rienne. Qu’elles viennent des Mu­reaux ( Yve­lines), d’Avi­gnon ( Vau­cluse) ou de Gre­noble ( Isère), toutes semblent avoir comme point com­mun une ra­di­ca­li­sa­tion ra­pide et sou­daine, qui a to­ta­le­ment échap­pé à leurs proches ( lire page sui­vante).

« C’est ef­fec­ti­ve­ment très nou­veau pour des femmes oc­ci­den­tales de par­tir faire le ji­had, dé­crypte Sa­mir Am­ghar, so­cio­logue spé­cia­liste de l’is­lam ra­di­cal, au­teur du Sa­la­fisme d’au­jourd’hui ( Ed. Mi­cha­lon). L’ap­pa­ri­tion de femmes ka­mi­kazes dans le conflit tchét­chène a semble- t- il fait son che­min dans l’ima­gi­naire de ces jeunes femmes. Par ailleurs, l’in­dé­pen­dance fi­nan­cière et in­tel­lec­tuelle qu’elles ma­ni­festent en par­tant est aus­si le signe, certes pa­ra­doxal, d’une éman­ci­pa­tion de la femme » , sou­ligne éga­le­ment le cher­cheur.

Comme leurs co­re­li­gion­naires mas­cu­lins, ces jeunes filles au­raient le sentiment de par­tir pour une cause juste, celle d’al­lé­ger les souf­frances de la po­pu­la­tion sy­rienne et, in fine, d’ins­tau­rer là- bas un Etat is­la­miste. Un « ro­man­tisme du ji­had » , se­lon le cher­cheur qui, néan­moins,

Elles sont plu­tôt

at­ti­rées par la di­men­sion hu­ma­ni­taire que guer­rière du conflit”

Ma­thieu Gui­dère, pro­fes­seur d’is­la­mo­lo­gie

est à com­prendre dans une ac­cep­tion large du terme.

« Elles sont plu­tôt at­ti­rées par la di­men­sion hu­ma­ni­taire que guer­rière du conflit, sou­ligne de son cô­té Ma­thieu Gui­dère, cher­cheur et pro­fes­seur d’is­la­mo­lo­gie à l’uni­ver­si­té de Tou­louse. On les re­trouve dans des camps de ré­fu­giés à s’oc­cu­per d’or­phe­lins ou à ser­vir de cui­si­nières ou d’in­fir­mières au­près des sol­dats, en tout cas pas comme ka­mi­kaze ou avec un ka­lach­ni­kov à la main. »

Les proches de ces jeunes femmes ex­priment éga­le­ment, par­fois à de­mi- mot, une autre crainte : celle que leur fille, soeur ou nièce, ne serve de « fille à sol­dat » … « Le phé­no­mène dit du ji­had du sexe, s’il a bien exis­té dans d’autres conflits, ne semble pas être per­ti­nent en Sy­rie » , tem­père Sa­mir Am­ghar.

« Il s’agit d’une ru­meur lan­cée par le gou­ver­ne­ment de Ba­char al- As­sad pour dis­cré­di­ter ses op­po­sants » , pré­cise Ma­thieu Gui­dère, avant d’in­sis­ter sur le ca­rac­tère ul­tra­mi­no­ri­taire du phé­no­mène. Pour­rait- il faire tâche d’huile ? Les deux cher­cheurs n’y croient guère. « Les combattants sy­riens ont plus be­soin d’ar­me­ment so­phis­ti­qué que de chair à ca­non » , conclut Sa­mir Am­ghar.

Quoi qu’il en soit, près de 700 Fran­çais, une écra­sante ma­jo­ri­té de gar­çons, se trou­ve­raient ou au­raient l’in­ten­tion de se rendre en Sy­rie aux cô­tés des re­belles qui com­battent le ré­gime de Ba­char al- As­sad, se­lon les der­niers chiffres don­nés par le mi­nistre de l’In­té­rieur, Ma­nuel Valls. On sait aus­si que 19 d’entre eux y ont d’ores et dé­jà per­du la vie de­puis le dé­but de la guerre en 2011.

La jeu­nesse de cer­tains de ces can­di­dats au ji­had ne laisse pas d’in­ter­ro­ger, à l’image de Y. et A., âgés de seule­ment 15 et 16 ans. Ces deux ado­les­cents ori­gi­naires de la ré­gion tou­lou­saine ont été mis en exa­men hier après un pé­riple de plus de trois se­maines entre la Tur­quie et la Sy­rie. Les en­quê­teurs de­vront dé­sor­mais dé­ter­mi­ner exac­te­ment ce qui les a pous­sés à s’en­rô­ler.

( Ana­do­lu Agen­cy/ Onur Co­ban.)

Alep ( Sy­rie). Une di­zaine de jeunes femmes fran­çaises au­raient re­joint les rangs de la ré­bel­lion sy­rienne.

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