A l’ar­rache !

Me­nésde cinq points­par les An­glais, les Bleus de Saint- André ont ren­ver­sé la si­tua­tion dans les ul­times mi­nutes grâce àu­nes­sai pro­di­gieux ins­crit par Fi­ckou.

Le Parisien (Paris) - - La Une - OLI­VIER FRAN­ÇOIS

Un mo­ment de ma­gie. Ce­la ar­rive en­core de nos jours. Il n’a pas du­ré long­temps, une mi­nute tout au plus, mais à n’en pas dou­ter il res­te­ra gra­vé à ja­mais dans les mé­moires de ceux qui l’ont vé­cu. Les images, belles et émou­vantes, ont dé­fi­lé, dé­cri­vant une fresque fée­rique, née d’un rec­tangle de pe­louse et trans­por­tée, de tête en tête, jusque dans les rêves les plus doux d’en­fants qui gran­di­ront avec ces sou­ve­nirs- là.

Que s’est- il donc pas­sé en quelques se­condes pour que des maillots bleus se jettent les uns sur les autres, hur­lant leur joie à la face d’un monde qui leur sem­blait bien mo­rose avant ce­la ? Com­ment in­verse- t- on le cours des choses au point que des Tri­co­lores bla­fards sortent rou­gis et vic­to­rieux de leur duel ca­pi­tal face aux An­glais ( 26- 24).

L’an­née 2014 était par­tie pour res­sem­bler à 2013

Il a fal­lu une illu­mi­na­tion de Yan­nick Nyan­ga, à trois mi­nutes de la fin. Le troi­sième ligne tou­lou­sain s’est pris pour un ai­lier, fa­çon su­per­hé­ros. Sur le bord de la touche, il a per­cé, mys­ti­fiant quatre ad­ver­saires avant de li­bé­rer son bal­lon comme une ul­time of­frande. Le ren­ver­se­ment qui a sui­vi est un mo­dèle du genre. Di­mi­tri Szar­zews­ki, ta­lon­neur re­fu­sant de bais­ser les yeux, sprinte comme un centre, le re­gard droit, et sert d’une passe par­faite le ga­min de la bande, Gaël Fi­ckou, 19 ans à peine.

Un cro­chet et le Tou­lou­sain bon­dit dans l’en- but. Le Stade de France est en ébul­li­tion. Quelques se­condes plus tard, les Bleus ex­plosent et s’en­lacent, se jettent dans tous les sens comme s’ils avaient ga­gné la Coupe du monde. Un mo­ment de grâce. Cer­tains di­ront que le french flair n’existe plus, que le rug­by mo­derne a ba­layé ces bulles de cham­pagne, spé­cia­li­té ex­clu­si­ve­ment fran­çaise, que ce­la n’a ja­mais été que simple in­ven­tion, une exa­gé­ra­tion tout du moins. Lais­sons- les dire. Et goû­tons ce plai­sir sans ou­blier le reste néan­moins.

Car il faut être hon­nête. L’An­gle­terre était la plus belle des deux équipes hier à Saint- De­nis. Plus joueuse, plus am­bi­tieuse, plus au­da­cieuse, elle n’était sim­ple­ment pas im­mu­ni­sée contre les coups de fo­lie. Mal­gré un dé­but de match en fan­fare, les Bleus ont vite dé­cli­né, se conten­tant de dé­fendre. Pas­sifs, comme d’ha­bi­tude. L’enjeu était énorme, pour­tant.

Les joueurs de Phi­lippe Saint- André sa­vaient que l’is­sue de cette ren­contre condi­tion­ne­rait leur ave­nir, dans le tour­noi et au- de­là. Et ils ont long­temps pa­ru pe­tits, désem­pa­rés, sans autre res­sort qu’une vo­lon­té de dé­fendre déses­pé­ré­ment… L’an­née 2014 était par­tie pour res­sem­bler à 2013 ( 8 dé­faites en 11 matchs). Avant l’étin­celle et le feu d’ar­ti­fice… « Je suis heu­reux pour ce groupe, avoue Saint- André. S’il ne vi­vait pas bien en­semble, on n’au­rait pas eu ça. Il y avait du coeur, de l’en­thou­siasme dans le der­nier quart d’heure. » La ma­gie s’est gref­fée des­sus. Mais il fau­drait évi­ter de trop comp­ter sur elle. Car elle s’in­vite ra­re­ment, même chez les Bleus.

( LP/ Oli­vier Cor­san.)

Stade de France ( Saint- De­nis), hier. Yoann Hu­get ( à gauche), au­teur de deux es­sais, et Wes­ley Fo­fa­na peuvent avoir le sou­rire. Les Bleus ont cru­ci­fié les An­glais en fin de ren­contre et res­tent en course pour le Grand Che­lem.

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