Dans­la­tê­te­de­san­ti- genre

Le Parisien (Paris) - - Le fait du jour - CH­RIS­TEL BRIGAUDEAU AVEC CA­ROLE STERLÉ

« In­si­dieux » . Le terme re­vient sou­vent dans la bouche des pa­rents réunis sous la nou­velle ban­nière de l’an­ti­genre. Joëlle, qui se­ra cet après- mi­di avec ma­ri et en­fants dans le cor­tège de la Ma­nif pour tous, se re­trouve vo­lon­tiers dans cette nou­velle croi­sade. Cette an­cienne as­sis­tante so­ciale de Com­piègne ( Oise), de­ve­nue mère au foyer de six en­fants et « fière de l’être » , a pris l’ha­bi­tude de mar­cher le di­manche. Contre le ma­riage gay. Contre l’avor­te­ment. Contre tout ce qui, à ses yeux, met en pé­ril la fa­mille, cette autre re­li­gion à la­quelle cette ca­tho­lique pra­ti­quante consacre sa vie.

« La prof de mon fils, en 5e, a de­man­dé en cours d’ins­truc­tion ci­vique s’il était pos­sible de chan­ger de sexe, et en­core, il est dans un col­lège pri­vé ca­tho­lique ! » , ra­conte- t- elle, ou­trée. A de­mi- mot, af­fleure dans son dis­cours la convic­tion que l’Edu­ca­tion na­tio­nale vou­drait in­fluen­cer la construc­tion iden­ti­taire et les pra­tiques sexuelles, sous cou­vert de lut­ter contre les in­éga­li­tés entre filles et gar­çons. Les ABCD de l’éga­li­té, ce pro­gramme ex­pé­ri­men­té dans 600 classes, sont pour Joëlle la brique de plus d’une nou­velle so­cié­té « dans la­quelle je ne se­rai rien, moi » .

théo­rie du com­plot s’épa­nouit par SMS

nLa Ces craintes ci­mentent la né­bu­leuse hé­té­ro­clite des « an­ti­genre » , de même qu’un sentiment re­li­gieux, ca­tho­lique ou mu­sul­man, très pré­sent. Les fermes dé­men­tis du mi­nistre Vincent Peillon, qui mar­tèle qu’il n’y a pas de « théo­rie du genre » à l’école, semblent moins por­ter que la théo­rie du com­plot qui s’épa­nouit sur les ré­seaux so­ciaux et dans les SMS re­layés de­puis dix jours en fran­çais, mais aus­si en arabe et en turc par­mi les pa­rents d’élèves.

Ra­chi­da, 42 ans, mère de quatre en­fants au Blanc- Mesnil ( Sei­neSaint- De­nis), en a re­çu un « di­sant qu’on ne naît pas gar­çon ou fille, mais qu’on le de­vient » . Ra­chi­da et son ma­ri ne sont pas d’ac­cord. Ils ont ré­pon­du pré­sent lun­di à la « jour­née de re­trait de l’école » ( JRE) lan­cée par Fa­ri­da Bel­ghoul, théo­ri­cienne qui s’est af­fi­chée avec l’es­sayiste an­ti­sé­mite Alain So­ral et, ré­cem­ment, avec l’ex- pré­si­dente du par­ti chré­tien- dé­mo­crate, Ch­ris­tine Bou­tin. Les di­rec­trices d’école des en­fants de Ra­chi­da lui ont as­su­ré que « c’était juste une pré­oc­cu­pa­tion éga­li­ta­riste, entre les sexes » . « L’éga­li­té ? ré­torque Ra­chi­da. Quand on re­fuse aux en­fants dont les ma­mans sont voi­lées d’ac­com­pa­gner les sor­ties sco­laires, on ne peut pas dire que les en­fants soient à éga­li­té. Pour faire confiance, main­te­nant, c’est com­pli­qué. »

Aki­la, co­or­di­na­trice en Ile- deF­rance des JRE, en ra­jou­tait une louche ven­dre­di, en en­voyant par SMS : « Te­nez bon face aux men­songes, l’idéo­lo­gie du genre est bien pré­sente dans les pro­grammes de vos en­fants, même si les di­rec­teurs de vos écoles vous disent le contraire, ils ont re­çu des ordres. » Aki­la, qui se pré­sente comme une mère de fa­mille de Saint- De­nis, ne sup­porte pas que l’école en­seigne « le res­pect et l’éga­li­té » à ses en­fants. « Mon ma­ri et moi, nous nous char­geons de ce­la, tranche- t- elle. Ce n’est pas le rôle de l’école d’édu­quer les en­fants, mais de les abreu­ver de connais­sances. » Pas ques­tion pour elle, en re­vanche, de dé­tailler à vi­sage dé­cou­vert ses convic­tions : les an­ti- genre, prompts à dé­non­cer des vo­lon­tés « ca­chées » du pou­voir, pré­fèrent pour beau­coup res­ter dans l’ombre.

Une at­ti­tude qui gêne Jes­si­ca*. Cette tren­te­naire com­mence à dou­ter du mou­ve­ment JRE. Mais elle conti­nue de pen­ser « qu’on crée de la confu­sion dans la tête des gosses en dif­fu­sant des idées sur les­quelles les pa­rents ne sont pas d’ac­cord » . Dans sa ligne de mire : le livre « Jean a deux ma­mans » , que l’une de ses amies, pro­fes­seur sta­giaire, a vu dans la bi­blio­thèque de son école. « On fait trop de cas de l’ho­mo­pho­bie, il y a d’autres sté­réo­types dans la vie » , es­time- t- elle, per­sua­dée que « des choses sous- jacentes sont dis­til­lées de­puis l’adop­tion de la loi sur le ma­riage pour tous » .

Cette convic­tion, Jes­si­ca non plus ne l’af­fiche pas à vi­sage dé­cou­vert. « J’au­rai des pro­blèmes si on ap­prend que je par­ti­cipe aux JRE » , ex­plique- t- elle. Avec qui ? Avec ses « co­lis­tiers aux élec­tions mu­ni­ci­pales » , dit- elle. Jes­si­ca, mu­sul­mane pra­ti­quante, pro­fes­seure dans un ly­cée pri­vé, est aus­si mi­li­tante… au Par­ti so­cia­liste !

* Le pré­nom a été chan­gé.

( LP/ Oli­vier Cor­san.)

Pa­ris, le 19 jan­vier. Joëlle et Phi­lippe, fer­vents ca­tho­liques, étaient ve­nus ma­ni­fes­ter contre l’avor­te­ment avec trois de leurs six en­fants.

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