Mar­tin­dans­le­grand­bain

Le lea­der syn­di­ca­liste, tê­tede liste PS­dans l’Est aux eu­ro­péennes, par­lait hier pour la pre­mière fois de­vant ses nou­veaux amis so­cia­listes. Avec for­cé­men­tun­peu de trac.

Le Parisien (Paris) - - Politique - ÉRIC HACQUEMAND

« Je suis ten­du, j’ai dû al­ler fu­mer une clope… » Hier à 14 h 30 à la Mai­son de la Mu­tua­li­té, à Pa­ris, Edouard Mar­tin n’en mène pas large. Pour la pre­mière fois, de­vant les cadres du PS, il s’ap­prête à mon­ter sur scène. Lui, l’ex- syn­di­ca­liste CFDT d’Ar­ce­lor­Mit­tal, « hé­ros » de Flo­range pour les uns, « traître » pour les autres après avoir ac­cep­té la tête de liste PS dans l’Est pour les élec­tions eu­ro­péennes de juin pro­chain, plonge dans le grand bain po­li­tique.

Hier, c’était « la star » . Mi­li­tants en quête de photo… Mé­dias aux aguets, qui n’ont pas ou­blié ses coups de gueule contre Mit­tal ou le Pre­mier mi­nistre… Ch­ris­tophe Bor­gel, le se­cré­taire na­tio­nal du PS char­gé des élec­tions, se frotte dé­jà les mains. « Il fau­dra élec­tri­ser la cam­pagne des eu­ro­péennes, Edouard, c’est notre meilleure re­crue de­puis un mo­ment » , se ré­jouit- il. Même si, d’em­blée, le nou­veau ve­nu tient à mettre les choses au point : « Je ne suis pas en­car­té au PS même si je me sens so­cia­liste ! » dit- il, flan­qué de sa co­lis­tière Ca­the­rine Traut­mann qui le suit comme son ombre.

Certes, il a tro­qué son casque de si­dé­rur­giste et sa cha­suble fluo pour un plus clas­sique jean- che­mise- ves- te. Mais au pre­mier rang de la Mu­tua­li­té, en­tou­ré des hié­rarques du PS, il est quand même le seul à ne pas por­ter de cra­vate. « Faut ar­rê­ter, Mar­tin, c’est aus­si un homme d’ap­pa­reil… syn­di­cal » , glisse un té­nor du PS. Na­tu­rel­le­ment, il cherche plu­tôt à se rap­pro­cher des « co­pains » , comme cet ex- sa­la­rié de Pe­tro­plus à qui il fait cette confi­dence sur la fermeture des hauts- four­neaux de Flo­range : « Jean- Marc Ay­rault est al­lé trop loin, il a quand même pris des en­ga­ge­ments, ça lui ser­vi­ra de le­çon… »

égra­tigne le pacte de res­pon­sa­bi­li­té de Hol­lande

nIl Edouard Mar­tin n’en­tend pas faire une croix sur sa li­ber­té de pa­role. Ni sur son style, concret et par­fois brut de dé­cof­frage. Quand un mi­li­tant so­cia­liste de Dun­kerque le presse de ve­nir dans le Nord, il se marre et pro­voque gen­ti­ment : « Je m’en fous de toi ! » Sa prio­ri­té, c’est le Grand Est. « Com­mence pas à faire ton vi­lain so­cia­liste… » lui ré­torque- t- on, mo­queur. Il n’hé­site pas non plus à égra­ti­gner le pacte de res­pon­sa­bi­li­té de Fran­çois Hol­lande. « Si j’avais été pré­sident, j’au­rais pas fait comme ça, j’au­rais ac­cen­tué sur la de­mande et pas sur l’offre » , dit- il. Avant de re­gret­ter que le gou­ver­ne­ment soit « tom­bé dans le piège du pa­tro­nat eu­ro­péen » . « Vous croyez qu’en Al­le­magne les sa­la­riés de BMW sont mal payés ? Ça n’em­pêche pas l’in­dus­trie al­le­mande de bien se por­ter. » De quoi faire sif­fler quelques oreilles… « Tout est une ques­tion de do­sage, re­con­naît le dé­pu­té Jean- Marc Ger­main. Il lui faut à la fois res­ter ce qu’il est et res­pec­ter le col­lec­tif. »

Un vé­ri­table exer­cice d’équi­li­briste, mais Mar­tin ap­prend vite. La preuve avec son pre­mier dis­cours. Dé­bit hé­si­tant, « la bouche pâ­teuse » au bout de quelques mi­nutes, son pas­sage à la tri­bune est cha­leu­reu­se­ment ap­plau­di. Une salve en­thou­siaste re­ten­tit lorsque, en vieux bris­card, il fait sif­fler sa ri­vale dans l’Est, l’UMP Na­dine Mo­ra­no. Le can­di­dat a dé­sor­mais hâte de la­bou­rer « les mar­chés, les boîtes, les mee­tings » . En pui­sant dans son compte épar­gne­temps du sa­la­rié d’Ar­ce­lor­Mit­tal qu’il de­meure à ce jour.

Son pro­jet de mis­sion hu­ma­ni­taire en Afrique at­ten­dra, lâche- t- il en sa­li­vant d’avance.

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